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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie mentale et boulimie
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Culpabilité : cause ou conséquence dans les TCA ?


Hélène PENNACCHIO - Secrétaire Générale

1. Culpabilité, anorexie mentale et boulimie

Lorsqu’on parle avec un malade souffrant d’un trouble du comportement alimentaire (TCA), on est frappé du fait qu’il évoque quasiment toujours la culpabilité qu’il a de manger : « je me sens coupable de manger », « le regard de l’autre quand je mange m’angoisse, j’ai honte ». Presque tous les malades disent ceci ! Comme si, et c’est vraiment étrange, on pouvait être coupable de manger, alors que c’est une fonction vitale : il est nécessaire de manger, comme de respirer ou d’uriner. Comment peut-on analyser cette culpabilité ?

En premier lieu, il faut avancer une hypothèse : s’il est vital de manger, il y a peu de probabilité que le cerveau développe une culpabilité de le faire. Donc, il s’agit d’une culpabilité d’autre origine.

Une première possibilité est qu’il s’agit d’une culpabilité que la personne ne peut nommer (« innommable »). La personne a tellement honte de ce qu’elle a pensé que son cerveau l’évite (verrouille). Le cerveau, en fait, tente d’éviter les émotions trop fortes, qui « dépensent son énergie » (au sens propre et figuré du terme). Une émotion, ça vous « pompe » de l’énergie. Et il s’agit bien de calories brûlées, puisque le corps chauffe (la température augmente) quand on est stressé. De quelle nature pourraient être ces pensées honteuses qui donnent de la culpabilité.

Les principales sont :

  1. La culpabilité sexuelle à l’adolescence : elle peut être liée à une pensée « honteuse » (la jeune fille se dit qu’elle n’a pas l’âge de penser des trucs comme ça, que ce sont des pensées d’adulte). La culpabilité est d’autant plus forte, dans ce domaine, que la jeune fille n’y était pas préparée, qu’elle est profondément religieuse et/ou que la sexualité est réprimée dans sa famille ou dans son groupe social. Des pensées ou rêveries sexuelles récurrentes chez une jeune fille de 12-13 ans qui n’ose pas en parler à ses parents et qui se renferme sur sa culpabilité parait être un facteur favorisant un trouble du comportement alimentaire.
     
  2. Une autre culpabilité d’ordre sexuel est paradoxale : celle de la jeune fille qui a été abusée sexuellement (un inceste, des attouchements voire un viol par une autre personne). Elle devrait se sentir victime, mais dans plus de 80 % des cas, elle se sent coupable : coupable d’avoir attiré le regard et provoqué le comportement déviant, coupable d’avoir séduit, coupable de n’avoir pas hurlé, coupable d’avoir tu ensuite.

    Il est possible que cette culpabilité vienne du fait que la personne se sente coupable de pensées de meurtre sur son bourreau ! Rappelons que une patiente anorexique-boulimique sur six et une patiente boulimique ou compulsive sur cinq ou six disent avoir subi un traumatisme sexuel.
     
  3. Les psychanalystes suggèrent que le conflit œdipien peut perturber une jeune fille, s’il dure au-delà de l’enfance. Aimer spn père et entrer en conflit avec la mère sans comprendre pourquoi peut être culpabilisant.
     
  4. La culpabilité de n’avoir pas pu ou de ne pas pouvoir rabibocher ses parents, au bord du divorce. La jeune fille se dit que c’est sa faute s’ils ne sont plus ensemble.
     
  5. La culpabilité d’avoir pensé quelque chose de terrible qui se réalise. Marie, une malade, est entrée dans l’anorexie à la suite de la mort de son grand père. Il était odieux avec son père. Or, Marie adorait son père. Elle se mit à souhaiter, et même à rêver éveillée de la mort du père de son père. Elle s’est donc immédiatement sentie coupable de l’avoir tué. Une autre malade a commencé son anorexie quand son frère déficient mental a du être hospitalisé pour défaillance respiratoire, alors qu’il lui « pompait l’air » avec ses colères et ses « caprices ». Une 3ème malade a rechuté dans les suites de la mort de son enfant en bas âge, enfant qui hurlait la nuit et contre lequel elle se mettait en colère parce qu’il l’empêchait de dormir.
     
  6. Il peut y avoir enfin la pensée récurrente qu’on est un poids pour sa famille, pour son père, pour sa mère. Parfois, c’est le parent qui l’a laissé entendre (« tu as toujours quelque chose, c’est fatiguant » ou « jamais tu auras de bonnes notes »), mais parfois non. La jeune fille, perfectionniste, se sent inutile et pesante. Elle croit qu’elle n’est pas à la hauteur, elle est un poids pour sa famille. Elle maigrit pour que ce poids ne lui pèse plus ( ?!). Bien sûr, ce ne sont que des hypothèses pour lesquelles nous manquons de preuves.

Mais, sans qu’on en sache la raison, l’anorexie peut déclencher de la culpabilité : celle de faire du mal à ses parents, peut-être celle, physiologique, de s’opposer à une fonction « naturelle » (manger). Il est possible que les carences génèrent de l’anxiété qui est vécue comme une faute. Chez la patiente boulimique, mais aussi chez la patiente anorexique, la culpabilité vient du fait qu’on fait des choses qu’on ne comprend pas, qu’on n’explique pas. On est en colère contre son corps, qu’on accuse d’être nul (déjà qu’il était moche) et, par le fait, contre soi, puisque c’est notre corps.

En quoi la restriction peut-elle être une punition méritée (puisqu’on est coupable) ? La restriction est une souffrance : on lutte contre sa faim et son appétit. La boulimie, avec le vomissement qui lui fait suite, est une souffrance aussi, qu’on s’inflige à soi-même : on se fait vomir pour se punir. Ici encore, nous n’avons pas de preuve scientifique de ceci.

Puis les TOC apparaissent (un tiers des cas), qui sont une autre punition : c’est un peu comme quand on vous dit « tu feras cent lignes », puisque les TOC sont un comportement très répétitif !

D’un point de vue thérapeutique, il faut libérer cette culpabilité, expliquer à la malade d’où elle vient en réalité et ce qu’elle est, en espérant que la malade s’appropriera l’explication.

Il faut parler avec la malade, lui témoigner notre soutien, lui indiquer par nos expressions que ce n’est pas grave, que c’est normal, que d’autres sont dans le même cas et ont les mêmes pensées de culpabilité.
Petit à petit, la personne malade fait son chemin et se rendra compte qu’elle n’a rien fait de mal.

Publié en 2011