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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie mentale et boulimie
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Anorexie mentale et boulimie : nos émotions


Hélène PENNACCHIO - Association Autrement

Nous baignons constamment dans nos émotions. Depuis notre premier souffle, les émotions font parties de nous, agissant comme le messager de notre âme. Il y a celles que nous pouvons clairement identifier : «seule chez moi, je m'ennuie et mes amis m'attendent pour sortir ». La décision est facile à prendre: je sors de chez moi et vais rejoindre mes amis. Voilà une décision prise à partir de l'information fournie par mes émotions. La plupart des émotions passent ainsi, quasi inaperçues, car elles ne nous posent pas de problème. C'est lorsqu'elles nous dérangent que nous essayons de les éviter, de les oublier ou de les transformer artificiellement. Pourtant, qu'elles nous dérangent ou non, elles jouent le même rôle.

Les émotions nous permettent de NOUS SENTIR vivant, unique, ce qui nous permet de nous confronter à l’autre.

Vivre ses émotions, c’est diriger sa vie de manière à en être satisfait. Pour vivre ses émotions, il faut apprendre à les identifier.

1. Classification

Il existe 5 grandes émotions
  1. la peur;
  2. la colère;
  3. la tristesse;
  4. le dégoût;
  5. la joie.

 

 

 

 

 

 

 



A ces 5 émotions de base, s’en ajoutent d’autres appelées « sous émotions ».

1.1. Les émotions comme nourriture de l'esprit et du corps

Les émotions sont aussi importantes pour diriger notre vie psychique que les sensations au plan physique. Elles nous informent du fait que nous sommes "atteints" par les choses et leur intensité nous indique leur degré d'importance pour nous.

Si un événement résonne en nous, c’est qu’il nous renvoie à un vécu qui a une signification : une colère inattendue, incongrue peut répondre par exemple à un besoin non satisfait en nous, et suffisamment important pour que nous en soyons remués.

Parfois, une sensation physique nous renvoie brutalement à nos émotions. Ainsi la sensation physique de « l'estomac qui gargouille », indique la faim, mais peut faire basculer une malade atteinte d’anorexie mentale dans la peur, alors qu’elle éveille chez les autres le plaisir qu’il y a à se mettre à table avec un proche. Les sensations nous renseignent ainsi sur différents aspects de la réalité (vue, ouïe, odorat, toucher, goût), alors que les émotions nous fournissent des informations sur ce que signifient pour nous, au plus profond de nous même, l’objet de ces sensations. Une malade atteinte de boulimie sentira (odorat) du pain comme une autre, mais ceci éveillera en elle pulsion et peur, envie et angoisse. De même, la tristesse révèle un manque, la joie informe du fait que ce que nous faisons nous plait, la colère surgit lorsque nous rencontrons un obstacle à notre satisfaction ...

Qu'elle provienne de nos pensées (ex : Un souvenir ravive ma nostalgie), de nos sensations (ex : ma douleur m'exaspère. Les symptômes de mon angoisse me font paniquer) ou d'un événement extérieur, l'émotion a toujours la même fonction: elle nous informe.
Ce n'est pas parce que nous n'aimons pas le message qu'elle nous transmet qu'il faut l'éliminer. Car la fonction informative de l'émotion fait d'elle, au contraire, un instrument très précieux pour nous orienter. Sentir ma tristesse me permet d'identifier ce qui me manque et de choisir ainsi les actions appropriées pour y remédier. Sentir à fond mon découragement m'amènera à des solutions que je n'avais jamais envisagées. La peine que j'ai à l'idée qu'il pourrait me rejeter me donne l'occasion de cerner l'importance de cette relation pour moi. Je peux ainsi en tenir compte en m'adressant à lui.

1.2. Les émotions comme système de communication

Sans émotion, nos échanges seraient moins nourrissants. Imaginons seulement que tous les gens avec lesquels nous vivons nous soient indifférents. Quel ennui ! Imaginons que les livres, les oeuvres d'art, les films, la musique ne déclenchent aucune émotion en nous. Quel vide ! Et que serait l’Amour
sans émotion !!

Ce sont les émotions qui font que nos relations avec les autres sont nourrissantes. Plus nous sommes capables de les ressentir, plus elles nourrissent nos actes. Plus nous sommes capables de les exprimer dans des actes, plus elles enrichissent les autres. Ceci est lié au fait qu’ainsi nous indiquons à l’autre les choses qui sont importantes pour nous. Et ce que nous vivons leur importe ou les concernent souvent.

1.3. Les émotions comme moyen de nous révéler

Au plan psychique, les besoins sont évidents. Ce sont nos émotions qui sont chargées de nous révéler si nos besoins sont satisfaits ou non et à quel point (ex : ma joie me révèle que je suis en phase avec mon besoin).

Les émotions ont par exemple comme fonction de nous rendre des comptes sur notre degré de satisfaction (émotion positive) ou d'insatisfaction (émotion négative). Pour marquer la satisfaction, nous disposons d'une variété de sentiments, du simple contentement à l'euphorie, en passant par le plaisir, la joie, le ravissement, la jouissance. Chaque sentiment traduit un vécu différent, tant en nature qu’en intensité.

Pour marquer l'insatisfaction, nous avons aussi une série d'émotions, du simple mécontentement jusqu'à la rage et la douleur, en passant par l'ennui, la tristesse, la déception, la mélancolie, la colère... qui chacune donne une « couleur » différente à notre rejet.

1.4. Le corps comme soupape à nos émotions

La tension musculaire sert à contenir l'expression émotionnelle. Je suis très en colère : je parle les dents serrées. Des maux de têtes, des nausées sont parfois la manifestation d'une angoisse ou d’une colère que je n’ose exprimer. Par exemple, une compulsion alimentaire née de la colère ou de l’angoisse peut répondre au fait que j'en ai assez de me « taper cette corvée », mais que je n'ai pas le courage de dire non. Ainsi encore la boule dans la gorge exprime-t-elle la peine qui a été refoulée, les tremblements ou les tics la rétention trop longue d’une émotion.

On le voit, il est nécessaire de décoder ces réactions, si on désire les dépasser pour reprendre contact avec les émotions elles-mêmes. Sinon, on risque de stagner dans divers symptômes, qui la plupart du temps créeront plus de malheur dans notre vie que le fait d’y faire face.

Enfin, il faut bien comprendre que notre langage ne peut pas toujours traduire la force de notre réalité intérieure. Trouver une solution, c’est à dire une porte de sortie à nos émotions, est donc essentiel. Il peut être beaucoup plus sain pour nous de pleurer pendant un film qui nous rappelle la perte de quelqu’un que de dire bouche serrée que le film est triste… mais nul ! Il est essentiel de bien formuler l’expérience vécue pour accéder à son contenu en nous. Ce n'est qu'en ressentant nos émotions que nous pouvons "avancer". Ce n'est qu'en vivant (exprimant) nos émotions que nous pouvons compléter les boucles de vécu. Sinon, nous sommes voués à accumuler des expériences incomplètes.

2. Conclusion

Vivre ses émotions nous permet de se rendre compte du sens de ce qu'on vit, surtout lorsqu’on "s'écoute de l'intérieur". Taire ses émotions dans un trouble du comportement alimentaire qui ne nous ressemble pas paraît facile. Pour autant, c’est néfaste à terme. En effet, ce qui donne un air effrayant à ce qui se passe en nous, c'est le fait de le regarder de l'extérieur, sans émotion, de tenter de l'interpréter « froidement ». Car alors on demeure un étranger pour soi-même.

 

Publié en 2007