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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie mentale et boulimie
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Anorexie mentale et boulimie : une quête d'identité


Hélène PENNACCHIO - Autrement

L’anorexie et/ou la boulimie n’en sont plus à un paradoxe prêt !

Elles seraient une béquille qui permettrait aux jeunes filles qui en souffrent d’accéder à leur « indépendance » ! Il n’en est malheureusement rien ; c’est plutôt tout le contraire et nous allons le démontrer.

1. Pourquoi donc la patiente anorexique et/ou boulimique s’inscrit-elle dans un schéma de dépendance à l’autre ?

Jeune fille sensible et intuitive, décrite par ses parents comme une « enfant sans problème », elle souffre pourtant du sentiment qu’elle ne serait pas aimée, préférée de tous.

Pour se sentir aimée, pour avoir une place, sans cesse elle reste à l’écoute de l’autre : il lui faut pouvoir répondre à ses attentes, ses désirs.

Pour se rassurer face à son besoin d’exister, la jeune fille anorexique et/ou boulimique s’inscrit dans le désir de l’autre.

Dans ce mode fonctionnement, elle va coller au désir de l’autre afin que son image devienne celle de l’autre, qu’elle lui renvoie l’illusion de la perfection, de l’amour absolu. Elle n’est plus elle ; elle est l’autre devenue parfaite !

C’est bien dans ce schéma de dépendance à l’autre, qu’elle ressent un vide intérieur. N’étant pas capable de le verbaliser, ce vide intérieur s’exprime en terme d’émotions, de ressenti et va répondre à la question de la problématique identitaire. A la question « qui suis-je ? », elle ne peut qu’y répondre : je ne suis rien. Je me sens vide ! Lacan dira de l’anorexique : « elle mange le rien ! ».

Ce vide intérieur qui la fait énormément souffrir induit le sentiment de n’être rien, de ne pas savoir « qui suis-je », trop habituée à être « tout le désir de l’autre ». Et c’est bien dans ce désir de devenir un sujet autonome et à part entière qui va la pousser à perdre du poids, pour faire disparaître son corps. C’est sa solution pour prendre de la distance avec le corps de l’autre, avec la peau du désir de l’autre. C’est sa solution pour se séparer, se séparer de ce qui a fini par l’étouffer.

En perdant du poids, elle peut enfin exister par et pour elle-même. Plus elle maigrit, plus elle a la sensation de se révéler, de naître à elle-même et c’est ce sentiment de « se donner vie » qui lui prête l’illusion d’être toute puissante.

En perdant du poids, elle se débarrasse « de la peau de l’autre », avec la volonté d’apparaître, d’être vue, reconnue et aimée pour ce qu’elle est. Alors reprendre du poids traduit sa peur de ne plus être soi-même et de redevenir dépendante de l’autre et de ses désirs.

La patiente anorexique ne comprend pas que ce qui lui pèse, c’est ce vide intérieur qui grossit en elle au fur et à mesure qu’elle maigrit. Plus elle maigrit, plus elle s’affaiblit et plus elle augmente ce vide intérieur qui finit par peser très lourd (« je me sens grosse ! »).

Dans la boulimie, les crises de boulimie sont là pour tenter de remplir ce vide intérieur. Malheureusement, la nourriture ne peut se substituer à sa demande intérieure qui est au fond une demande d’amour de l’autre, d’amour de soi. Les crises sont la solution que la patiente boulimique a trouvée pour se séparer de l’autre.

Mais aucune perte de poids ne résout la problématique de l’identité, le manque de confiance en soi et l’hyper sensibilité. Aucune perte de poids ne résout le manque d’amour de soi.

Non, l’amour de soi est une construction de l’extérieur vers l’intérieur. Comme la nourriture ! Il faut chercher en soi cette soif, cette faim de vivre. Il faut prendre de l’autre ce qui vous va bien, se nourrir de lui, à sa source. Faire sien ce qui vous vient de l’autre, comme on le fait avec nos aliments : alimenter l’âme, afin de ne pas perdre la balance entre soi et les autres !

 

Publié en 2009