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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie mentale et boulimie
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Activité Physique Adaptée


Article réalisé dans le cadre du Master2 "Activité physique pour la santé"
Par Aurore Bolcato, Mathilde Borel, Cindy Combier
Enseignantes en Activité Physique Adaptée

1. Activité physique Adaptée : les bienfaits chez la personne souffrant de boulimie

Chiffres clés
 
1% de la population féminine générale concernée par la boulimie.

200 000
femmes à travers la France.
La survenue de la boulimie est souvent observée entre 18 et 25 ans.

2%
des personnes boulimiques sont des hommes.

60%
des personnes boulimiques présentent une hyperactivité physique.

63%
d’entre elles ont un poids normal, 22% sont en déficit pondéral et 15% en surpoids.

L'Activité Physique Adaptée (APA)

Ce concept regroupe les champs des Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS), de la santé et du handicap.
C’est un projet qui s’inscrit dans la prise en charge de personnes présentant des troubles et maladies chroniques, à des fins de réinsertion sociale, de réhabilitation et de prévention.
Les activités physiques adaptées sont utilisées comme un moyen de parvenir à des objectifs fixés préalablement avec la personne et l’équipe pluridisciplinaire. Les règles, le matériel, l’espace et la pédagogie sont aménagés pour être accessibles et répondre aux besoins bio-psycho-sociaux des personnes à qui elles s’adressent.

L’importance de l’enseignant en Activité Physique Adaptée

L’enseignant en Activité Physique Adaptée (E-APA) est issu d’une formation universitaire STAPS APA, de niveau Bac +3. Il dispose de connaissances approfondies en anatomie, physiologie, psychologie, sociologie et pédagogie, appliquées à la pratique de l’activité physique, à la pathologie et au handicap.
Il a pour vocation d’effectuer des actes d’évaluation, d’enseignement, et de planification des activités physiques adaptées.
L’enseignant en APA ne recherche pas la performance sportive ni la comparaison normée, mais il accompagne la personne et l’amène à exploiter son potentiel, à des fins de bien-être psychique et physique et de participation sociale.

 

Vous avez dit Boulimie ?

 La boulimie est un trouble du comportement alimentaire qui se définit comme une pulsion irrésistible et impérieuse de manger en excès, sans contrôle, au-delà de la satiété, se traduisant ensuite par un sentiment extrême de culpabilité.

Selon l’axe I du DSM-IV, il existe 2 types de boulimie : Celui avec vomissements ou prise de purgatifs. Et l’autre faisant appel à d’autres comportements compensatoires tels que le jeûne ou l’hyperactivité physique.

2. Activité Physique Adaptée (APA) et problématiques de santé liées à la boulimie

2.1. Versant psychologie

L’APA facilite la réappropriation de l’image corporelle, remise en question par la boulimie. Les diverses sensations que font émaner le mouvement et le contrôle exercé sur le corps, permettent de le reconsidérer de manière valorisante et d’en reprendre conscience. D’un corps « subi », la personne découvre un corps « capable » de répondre aux sollicitations, de se mouvoir et de procurer du plaisir.

La perception corporelle est altérée. Les contraintes affligées au corps afin d’éliminer toujours plus de calories, entraînent sa souffrance, qui engendre alors un processus de rejet et de déni des sensations. L’APA place la personne à l’écoute de son corps, pour qu’elle retrouve progressivement les sensations corporelles inhibées et oubliées. Elle réapprend à différencier l’agréable du désagréable, voire du douloureux, pour identifier la gestuelle et les mouvements qui procurent ces sensations. L’objectif est de la guider dans la gestion de son corps et de son effort.

Le rapport au corps est bouleversé : corps et esprit sont vécus comme deux entités différentes. La réactivation des fonctions musculaires, cardiovasculaire et respiratoire peut être source de bien-être, réveiller des émotions et des sentiments. L’APA joue sur ces paramètres pour réunifier le corps et l’esprit en engendrant des interactions entre ces deux entités qui recréent le lien souvent rompu.

L’activité physique est utilisée comme comportement compensatoire chez les personnes boulimiques hyperactives. Le regard porté sur l’activité physique doit être complètement repensé. C’est pour cette raison qu’elle doit être adaptée et encadrée par un professionnel apte à déterminer les modalités de pratique, ainsi qu’à accompagner la personne vers un changement de regard vis-à-vis de l’activité physique.

L’APA libère et apaise les tensions accumulées, améliore la gestion du stresset des émotions. Elle lutte ainsi contre la dépression et l’anxiété, à l’impact déterminant dans l’induction des crises.

2.2. Versant social

La personne boulimique vit au rythme de ses crises. Sa participation à un programme d’APA régulier, restructure son rythme de vie, et la rend plus apte à participer à la vie de la société.

Des séances collectives favorisent les interactions avec les autres, indispensables pour lutter contre l’isolement social. Elles aident la personne à retrouver une place au sein d’un groupe comme en société.

Le groupe crée un climat sécurisant, permettant de s’exprimer librement. Partageant des difficultés et questionnements similaires, les personnes se sentent moins « hors normes » face à leur pathologie.

La dynamique de groupe est source de stimulation et de soutien. Se sachant attendue par ses pairs, la personne est davantage motivée à venir en séance. Le soutien qu’apporte l’unité du groupe à travers des échanges verbaux ou non, aide la personne à surmonter les moments difficiles.

L’APA permet au corps de s’exprimer. Elle offre la possibilité de présenter aux autres ses émotions, ses sentiments et son histoire autrement que par des mots. Ceci permet à chacun d’extérioriser ses tensions sans pudeur, tout en préservant son jardin secret.

2.3. Versant physiologique

Prise de diurétiques et vomissements à répétition peuvent causer une hypokaliémie. Ces trois éléments favorisent la survenue d’une alcalose métabolique, à laquelle le corps répond par une hypoventilation alvéolaire. L’alcalose métabolique et l’hypoventilation diminuent la perfusion de nombreux organes. La baisse du débit sanguin coronaire cause des troubles du rythme et de la conduction. La diminution de l’irrigation des muscles périphériques explique l’asthénie, les crampes et la tétanie, ainsi que les troubles vasomoteurs au niveau des extrémités. L’entraînement en endurance permet de réguler l’activité électrique du cœur, d’augmenter la ventilation alvéolaire à l’effort et la perfusion des muscles. Ainsi, l’APA permet de limiter les conséquences néfastes de l’alcalose métabolique fréquente.

La sensation de faim est inductrice de crise boulimique chez 24% des malades. Les activités physiques pratiquées à intensité soutenue ont des effets anorexigènes. Inclure ce type de pratique peut, chez certaines personnes, réguler la faim et limiter la survenue de la crise. Il ne s’agit pas de supprimer constamment la sensation de faim, et il faut en parallèle, réapprendre à s’alimenter. Ce type de pratique doit être inscrite dans une prise en charge globale et encadrée de manière très prudente afin de ne pas basculer dans l’hyperactivité, ou encore de déclencher des malaises hypoglycémiques. L’individualisation est ici nécessaire, d’où l’intérêt d’encadrer cette pratique par un E- APA qualifié.

 

APA et Boulimie

 

« Je pense que l’Activité Physique Adaptée a un grand rôle à jouer dans le traitement des TCA. Si cette pratique est bien encadrée, elle doit pouvoir permettre aux patients de retrouver un regard positif sur leur corps, de se reconnecter avec ce corps qu'ils voudraient voir disparaître ».

 

L’avis de Léa Mauclère, auteure de « quand je me suis arrêtée de manger »
 

Quelles activités pratiquer ?

Les pratiques à privilégier sont celles mettant en avant les notions de bien-être et de plaisir pour la personne.

Grâce à leurs bienfaits sur le bien-être corporel et psychique, les activités telles que la gymnastique douce, le yoga ou l’aquagym, pourront représenter la majeure partie des activités proposées pour les personnes boulimiques. Elles permettent de se recentrer sur son corps, d’effectuer un travail de posture, d’assouplissement et de renforcement musculaire.

L’aquagym aide à fixer les limites du corps et permet de se sentir léger dans l’eau, se relaxer. La température élevée de l’eau constitue d’ailleurs un élément favorisant la relaxation. Cependant, il convient d’être extrêmement vigilant et rigoureux dans l’encadrement de cette pratique. L’eau présente des effets anorexigènes, du fait de l’hypothermie qu’elle engendre et contre laquelle le corps lutte et dépense beaucoup d’énergie. Par ailleurs, l’effort étant ressenti moins intensément dans l’eau, la personne peut avoir tendance à en faire plus que de raison, surtout si elle est hyperactive.

La danse-thérapie permet d’améliorer l’estime de soi, d’explorer ses émotions, de réduire les tensions ainsi que le niveau de stress ou encore les syndromes dépressifs.
A l’inverse, sont à éviter les pratiques trop intenses engendrant une dépense énergétique trop importante (par exemple, des activités de sprint et d’endurance prolongée).
L’aspect sécuritaire sera un point prépondérant à prendre en compte en adaptant chaque situation et environnement aux différents contextes de pratique.

Les objectifs visés sont d’apprendre à travailler avec son corps sans le traumatiser ni lui faire mal. Trouver plaisir et envie de pratiquer et mettre fin à une nécessité absolue de s’épuiser chaque jour.

2. Bibliographie

André, P., (1997). Psychiatrie de l’adulte. Edition heure de France. Paris.
Cancy, S., (2008). Espace de sensations dans le désert du corps. inThierry Vincent , La boulimie, une indication pour se perdre. ERES « Hypothèses » p. 119-134.
Liberelle, B.,(2008). « Conséquences médicales des pratiques boulimiques », in Thierry Ninot G, Partyka M (2007). 50 bonnes pratiques pour enseigner les APA. Paris: Revue EPS.
Vincent , La boulimie, une indication pour se perdre. ERES « Hypothèses », p. 35-42.
Rigaud, D., Jiang, T., Pennacchio, H., Brémont, M., & Perrin, D. (2014). Les inducteurs des crises dans la boulimieet la compulsion : validation du questionnaire “Start.” L’encéphale, 40, 323 – 329.