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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie mentale et boulimie
Définition, symptômes et maladies associées
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Causes et mécanismes Descriptions et complications Etudes scientifiques Traitement Autour des TCA
Obésité et compulsions alimentaires Diététique & Nutrition

Boulimie en trois mots


Pr Daniel RIGAUD, Nutrition (Dijon)

1. Introduction

La boulimie est un trouble du comportement alimentaire (TCA) grave.

La boulimie est assez proche de l'anorexie mentale et pourtant très différente :

  • Elle en est proche parce qu'un tiers des malades souffrant de boulimie disent avoir fait, avant, de l'anorexie mentale.
  • Elle en est proche aussi parce qu'il existe une forme d'anorexie mentale appelée anorexie-boulimie, qui touche au final (après trois ans de maladie) la moitié des malades souffrant d'anorexie mentale.
  • Elle en est proche parce que la pensée qui est derrière, appelée "pensée anorexique", est exactement la même dans l'anorexie mentale et la boulimie.
  • Mais elle en est très éloignée aussi, car une crise alimentaire, c'est très exactement ce que la malade qui souffre d'anorexie mentale déteste le plus au monde !

 

La boulimie est un TCA trop souvent grave et mal pris en charge.

La même pensée que celle des malades qui souffrent d'anorexie mentale l'anime en arrière plan.

La boulimie, c'est la sœur ennemie de l'anorexie mentale

 

2. Définition

La boulimie est la succession, au moins deux fois par semaine (mais souvent beaucoup plus souvent), de crises compulsives alimentaires ponctuées de vomissements.

La boulimie est donc faite d'une succession de compulsions alimentaires associées à des vomissements provoqués.

Il y a et crise alimentaire et besoin très fort de s'en débarrasser pour ne pas grossir.

Le plus souvent, la personne s'en débarrasse par le vomissement, mais parfois elle ne le peut pas. Elle trouve alors un ou plusieurs autres moyens.

La pensée anorexique est très forte, toute aussi forte que celle des malades qui souffrent d'anorexie mentale :

  • La pensée de "maigrir à tout prix" est très présente,
  • La peur de grossir "malgré tout" est au premier plan : elle est puissante et anxiogène,
  • Le rejet de sa propre silhouette atteint un maximum : on se dégoûte, on se trouve "énorme",
  • Et surtout, surtout, le besoin de se débarrasser de cette crise qu'on vient de faire est au plus haut.

La personne qui souffre de boulimie voit avec horreur se succéder jour après jour d'intenses crises alimentaires ponctuées de vomissements provoqués.

La malade est coincée entre ces crises épouvantables et son besoin énorme de maigrir.    Elle vit l'enfer.

 3. Comme une évidence

Pour une patiente qui souffre de boulimie, il est hors de question de ne pas se débarrasser de cette crise insupportable. Il est donc impératif de provoquer le vomissement par tous les moyens, fussent-ils pénibles voire douloureux.

Et le piège se referme.

Si on peut vomir  ►  on peut bouffer

Si on doit vomir   ►  il faut bouffer beaucoup (c'est plus facile de vomir après avoir mangé deux tablettes de chocolat qu'après avoir mangé un carré).

Et ça devient rapidement "sans limite".

Une crise en appelle une autre, et au fil du temps, les crises deviennent de plus en plus violentes, de plus en plus fréquentes et de plus en plus longues.

Il n'est pas rare qu'une personne qui souffre de boulimie fasse une crise par jour, voire trois ou quatre.

Il n'est pas rare que les crises en elles-mêmes lui prennent une heure ou deux chaque jour.

Il n'est pas rare qu'elle "y pense tout le temps", dès le matin, qu'elle ne pense plus qu'à ça !!

 

4. Le vomissement est la clé

Le vomissement est responsable, en cascade, de bien des désagréments et soucis qui caractérisent la boulimie :

Si on peut vomir, on peut criser.

Si on vomit, le cerveau ne comprend plus rien (la nourriture était en train d'entrer, puis ça ressort !), d'où angoisses, stress et état dépressif.

Comme on est le plus souvent à jeun et angoissée, on peine à s'endormir et à dormir profondément.

On pense à la crise sans arrêt, d'autant plus et d'autant plus fort qu'on est à jeun tout le temps, puisqu'on s'est débarrassé de la crise par le vomissement.

Vomir est, selon les personnes qui souffrent de boulimie, "dégoutant". D'où culpabilité et honte.

Si "on" est cette personne qui vomit après avoir "bouffé", alors « Je suis vraiment nulle ».

Le vomissement est à la fois la solution et le pire.

C'est le soulagement et le prix à payer de la crise.

Il donne à la crise la raison d'être répétée.

Le vomissement va générer la répétition de plus en plus insensée des crises (« si je peux vomir, je peux criser »).

Il va être responsable d'une dénutrition à poids normal et de complications médicales parfois sérieuses.

C'est lui qui engendre le dégoût de soi, la culpabilité et la honte que ressentent les personnes frappées par la boulimie.

 










5. Mécanismes

La boulimie est la conséquence et d'un mal-être et d'un régime pour maigrir (plus de 90 % des cas).

La boulimie succède à une dépression dans 15-20 % des cas. La personne déprimée perd l'appétit, ne mange plus, puis développe une pensée anorexique liée à un "mieux-être" provoqué par le jeûne chez ces personnes (« En maigrissant, je me suis sentie mieux »). Cette phase d'anorexie mentale plus ou moins forte et plus ou moins longue est, pour le cerveau, "la solution". Mais elle va déclencher le réflexe de manger. Comme la personne s'interdit de manger, son cerveau va la forcer : elle va faire une crise !

Dans 15-20 % des cas, la personne qui souffre de boulimie est en "état de stress post-traumatique". La boulimie (et l'anorexie mentale derrière) est une solution pour oublier, zapper, le traumatisme.

Derrière chaque comportement anorexique, il y a une boulimie prête à éclater.

Derrière chaque cas de boulimie, il y a une pensée anorexique.

La boulimie est sous-tendue par la même pensée que celle des personnes qui souffrent d'anorexie mentale.

C'est un mal-être couplé à un régime pour maigrir qui déclenchent la boulimie.

C'est un cercle vicieux qui a tout d'une conduite addictive (c'est comme une drogue, disent les personnes qui en souffrent).

 On peut schématiser ceci de la façon suivante (Figure) :

6. Conséquences

Dans la boulimie, il y a une double compulsion : celle de "bouffer" et celle de vomir la crise.

Provoquer chaque jour un vomissement, voire même trois à six vomissements est épuisant : cette fatigue génère une réactivité excessive au stress. "On" devient fragile (et la personne en souffre).

Si "on" fait de telles crises, si énormes, et si on vomit ensuite, alors on est une "mauvaise personne" et on ne mérite pas qu'on s'occupe de vous.

Puisqu'on fait de telles crises, alors le cerveau décrète qu'il faut sauter un repas, puis deux repas, puis trois repas. Donc, souvent (un tiers des cas) on ne fait plus de repas du tout. C'est "La crise sinon RIEN !!".

Donc on manque d'éléments nutritifs essentiels. D'autant plus qu'on vomit. Donc le cerveau est "perpétuellement à jeun". Donc il appelle à "bouffer". Donc on a encore plus peur de "craquer" et donc de grossir.

 

Pour une personne gentille, humaine, respectueuse, comme sont beaucoup de ces malades, ce comportement frise la folie : « Mais comment je fais pour faire des crises aussi énormes et les vomir derrière ! Je dois être folle ! ».

C'est un peu comme si "on prenait des billets de vingt euros et qu'on les jetait dans la cuvette des chiottes". C'est du gaspillage et c'est honteux.

On sait que les gens comprennent (un peu) les personnes qui mangent un peu trop de chocolat et qu'elles ne comprennent mais alors pas du tout les "malades qui bouffent des tonnes et qui vomissent" !!

"On" se voit vomissant dans la cuvette des toilettes, ce qui n'est pas terrible pour l'image de soi, l'estime de soi.

Déjà qu'on en avait une qui n'était pas terrible !

Les vomissements font perdre de l'eau. Donc on a soif. Donc le cerveau appelle à manger et boire. Donc on panique.

En vomissant, on perd non seulement du potassium et de l'eau, mais aussi du calcium, du chlore et des ions acides. Ceci provoque un "besoin de bouffer" pour compenser.

Si "on" fait un truc aussi nul que le vomissement, alors il faut se punir. Le vomissement est, en soi, une punition. Mais il en est d'autres : scarifications, brûlures, pincements, épluchage de peau…

Si "on" fait un truc aussi nul que le vomissement, alors il faut "être en contrôle sans arrêt", hors crise. Ce contrôle permanent continue d'épuiser les malades.

La boulimie est une vraie maladie, avec des complications médicales et un retentissement psychique qui impactent lourdement la qualité de vie des personnes malades.

On voudrait bien "vider ce trop-plein" et On se sent "pleine de vide".

On se sent mauvaise et nulle : pourquoi les gens vous aideraient-ils ?

7. Fréquence de la boulimie

En France, on admet que 2 à 3 % des jeunes filles et jeunes femmes de 15 à 35 ans font des crises de boulimie.

La boulimie touche tous les milieux sociaux.

La boulimie ne touche quasiment que le sexe féminin (95 % de femmes).

Dans 15-20 % des cas, la personne qui souffre de boulimie est ou a été en "état de stress post-traumatique". Elle a subi un ou des traumatismes physiques, psychiques (harcèlement, dénigrement) ou sexuels.

Dans 15 % des cas, il n'y a "rien d'autre que le régime et un certain mal-être".

La boulimie touche environ 200.000 personnes en France.

Ce sont des jeunes filles et des jeunes femmes dans 95 % des cas.

Dans un cas sur six, il y a eu un traumatisme passé.

Mais dans 15% des cas, on ne retrouve rien dans le passé ancien et récent des personnes malades.

 

8. La boulimie est une maladie grave

Elle est responsable d'un certain nombre de complications médicales : perte de potassium (hypokaliémie), déshydratation, alcalose métabolique, pertes dentaires, troubles digestifs, brûlures gastriques ou œsophagiennes, constipation/diarrhée, ballonnements, troubles cardiaques, malaises…

Les deux causes en sont la dénutrition et les vomissements.

Mais il y a aussi des complications psychiques : anxiété aggravée (40-60 % des cas), troubles du sommeil (50 % des cas) , état dépressif, troubles obsessionnels compulsifs (TOC), irritabilité et sautes d'humeur incompréhensibles et difficiles à gérer, troubles relationnels (on a honte et on croit que les gens "voient" qu'on fait des crises), humeur très changeante au point qu'on peut poser parfois le diagnostic de "syndrome bipolaire".

Les personnes qui souffrent de boulimie en ont parfois tellement assez qu'elles tentent de mettre fin à leur jour. Heureusement, souvent, l'instinct de vie est le plus fort.

Pour des raisons complexes, il existe un lien entre boulimie et autres addictions : ceci concerne avant tout l'alcool, le tabac et le cannabis (rarement la cocaïne ou l'héroïne). Les personnes qui souffrent de boulimie ont deux fois plus de risque d'être "accro" à autre chose que des jeunes filles ou femmes sans TCA.

La boulimie elle-même est une addiction comportementale.

9. La boulimie est un TCA qui se soigne

On a actuellement des traitements médico-psychologiques efficaces contre la boulimie.

On a même des preuves scientifiques qu'ils sont efficaces contre les crises.

La clé nutritionnelle du traitement est de casser le cercle vicieux "restriction-compulsion-vomissement-mal-être-restriction anti-stress-nouvelle crise-nouveau vomissement-dénutrition-nouvelle crise…

1- Côté psy, la thérapie cognitive comportementale (TCC), la thérapie humaniste et la PNL ("programmation neuro-linguistique"), la thérapie de pleine conscience (et relaxation/hypnose) et les entretiens motivationnels ont fait la preuve de leur efficacité (études scientifiques contre un groupe "contrôle", les malades étant tirées au sort pour être soit dans le groupe "traitement testé" soit dans le groupe "traitement classique" ou "liste d'attente").

2- Côté médicaments, trois ont prouvé leur efficacité contre les crises : les antidépresseurs sérotoninergiques, un antiépileptique (le topiramate), un myorelaxant (le baclofène). Il faut les prescrire à la bonne dose et suffisamment longtemps pour assurer le sevrage (6-12 mois ?). Se référer au médecin traitant ou au spécialiste.

3- Côté technique médicale, la sonde nasogastrique et la nutrition entérale, à domicile, a fait la preuve de son efficacité contre les crises, l'anxiété et la dépression. Ceci prouve le rôle de la dénutrition dans la perpétuation de la boulimie.

Si un traitement, quel qu'il soit (y compris la sonde), est efficace contre les crises de boulimie, il sera efficace contre l'anxiété, les troubles du sommeil et l'état dépressif et donc, il améliorera la qualité de vie et l'insertion socio-professionnelle.

Pour faire simple, pour arrêter de "criser", il faut manger au repas et le aire sans (trop) se restreindre.

Il faut aussi combler le vide et/ou "vider le trop-plein".

10. La boulimie est un TCA qui guérit, si on se soigne

Au total, près des deux tiers des malades guériront. Totalement !

Il faut cependant du temps pour obtenir cette guérison.

La guérison est rarement obtenue sans traitement.

Il faut différencier guérison et rémission : la rémission est l'arrêt total ou presque total des crises de boulimie, sans que la pensée dysfonctionnelle (la pensée anorexique) soit disparue. Une rémission est obtenue chez les deux tiers des malades par les traitements vus ci-dessus.

Comme pour toutes les addictions, il faut plusieurs rémissions (rechutes) avant la guérison : le cerveau met du temps avant de "penser qu'il peut s'en passer".

Mais une rechute est possible. Je dirais même "la rechute est la règle" : la plupart des patientes rechutent après une rémission. Il faut ça pour atteindre un jour la guérison. Il y a souvent deux ou trois rechute avant la guérison définitive.

Il est donc essentiel de se soigner, voire même, dans les cas sévères, de se faire hospitaliser en milieu spécialisé pour lutter contre la boulimie.

La boulimie est un TCA sérieux, grave, qui se soigne et qu'il faut traiter.

Grâce au traitement (psychothérapie, médicamenteux, sonde gastrique), la personne va entrer en rémission : elle diminuera fortement ou arrêtera de faire des crises.

Du coup, elle ira beaucoup mieux psychologiquement.

Trois ou quatre types de psychothérapie, trois médicaments et une technique médicale sont efficaces contre la boulimie : réduction des crises, amélioration de l'humeur.

Après plusieurs rechutes, elle guérira.

 


Publié en 2017.12