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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie mentale et boulimie
Définition, symptômes et maladies associées
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Obésité et compulsions alimentaires Diététique & Nutrition

Cette douleur-ci contre cette douleur-là


Pr Daniel RIGAUD, Nutrition

RÉSUMÉ : La douleur est une sensation/émotion désagréable, en rapport avec une lésion ou le sentiment d'une lésion.

Physiquement, la douleur est liée à une sensation de pression, tension, déchirement (une coupure) ou brûlure.

Psychologiquement, les mêmes mots s'appliquent ("j'ai un tel état de tension en moi, il me met une telle pression...).

Qu'il s'agisse d'une douleur physique ou psychique ("morale"), la personne cherche le plus souvent à la localiser. S'il n'y arrive pas, la douleur s'accroit.

En cas de trouble du comportement alimentaire (TCA : anorexie mentale, boulimie, compulsion…), la souffrance est la règle. Ces malades, avant toute chose, souffrent. Au bout d'un certain temps, beaucoup souffrent.

La souffrance est à la fois niée (certaines ne la ressentent qu'à peine) et mise en avant par d'autres. Cette souffrance, physique, en cache une autre, morale.

Le TCA, en lui-même, génère de la souffrance doont une partie est "niée" (la personne malade ne la "sent pas").

Pour faire simple, la malade préfère souvent une douleur "localisable qu'elle se fait elle-même", à une douleur incertaine qu'elle ne peut pas localiser (une douleur morale).

La douleur peut être aussi le moyen que le cerveau à trouver pour que la personne "existe à ses yeux".

1. La douleur, c'est quoi ? Pour qui ?

La douleur est une sensation couplée à une émotion désagréables, en rapport avec une lésion ou le sentiment d'une lésion.

Cette lésion est de l'ordre d'une pression, d'une tension, d'un déchirement (une coupure) ou une brûlure.

Il peut s'agir d'une lésion tissulaire réelle (somatique) ou potentielle (mentale).

La pression douloureuse peut par exemple être générée par un ballon qu'on gonfle dans l'estomac.

La tension douloureuse peut être, par exemple, générée par un étirement violent d'un muscle.

Un déchirement peut être provoqué par un coup de couteau.

Une brûlure est en rapport avec un degré élevé de différence de température entre le corps et la température extérieure, tant dans le chaud que le froid (la glace brûle).

2. La douleur pose à l'individu divers problèmes à résoudre

  •  Peut-on l'éviter ? Peut-on l'atténuer ? Peut-on la calmer ? Peut-on vivre avec ?

Qu'il s'agisse d'une douleur physique ou psychique ("morale"), la personne cherche le plus souvent à la localiser. S'il n'y arrive pas, la douleur s'accroit et décuple. Ainsi une douleur psychique sans cause apparente est bien plus forte qu'une douleur physique qu'on situe dans le temps et dans l'espace.

► Un autre problème est lié à la douleur : la douleur est "indicible" ! On ne peut pas la dire ! On peut essayer, mais jamais les mots ne remplaceront la sensation désagréable.

► La douleur est incommunicable, pour cette même raison : elle ne se voit pas. Ainsi voit-on la brûlure sur la peau, mais pas la douleur.

► La douleur est subjective. On dit en neurophysiologie qu'elle "n'existe pas dans le monde réel". Pourtant, elle est bien réelle !! Elle repose sur le ressenti de la personne, ce qui, a priori, la rend difficile à quantifier et à qualifier.

En fait, on sait maintenant qu'elle est qualifiable et quantifiable de façon "assez objective pour une personne donnée".

3. Quelques autres aspects déterminent l'essentiel du vécu d'une douleur

  • Son intensité,
  • Sa durée dans le temps immédiat (combien de minutes ou d'heures dure-t-elle ?),
  • Son caractère aigu ou chronique, dans le temps long (jours, mois, années),
  • Les capacités de localisation de la douleur par la personne qui en souffre,
  • L'état émotionnel préalable (et intercurrent) : état de fatigue et sommeil, état nutritionnel et image de soi, état dépressif ou anxieux…
  • L'état de peur dans lequel se trouve la personne, peur en général et peur de la douleur,
  • Le but poursuivi,
  • Les capacités de résilience de la personne (capacité à "passer à autre chose").

On peut donc affirmer que le niveau de la douleur ressenti est variable dans le temps et suivant les conditions extérieures et intérieurs et variable aussi d'un individu à l'autre.

4. Les centres de la douleur

Le premier relai de la douleur "somatique" (physique) est situé dans la nuque, à la base du cerveau (une région appelée tronc cérébral) où la douleur est traitée dans l'aire réticulée.

Le 2ème relai est situé dans l'hypothalamus, au sein même du cerveau.

Ensuite, la douleur est "traitée" par de nombreux centres. Il est inutile de les connaître, car ceci dépend de nombreux facteurs. Mais il est utile de savoir qu'une information est demandée au cortex "sensitif", à savoir "où se passe cette douleur?". Vous direz "mon orteil me fait souffrir", alors que c'est en fait le cerveau qui a localisé le lieu où a été générée la douleur (l'orteil n'a pas mal).

Un paradoxe amusant et peu connu : le cerveau lui-même n'est pas sensible à la douleur "somatique" : on peut découper le cerveau avec un scalpel, aucune douleur ne s'en dégage. Ceci est important : en effet, comme le cerveau "n'a pas mal", le cerveau ne sait pas où ça se passe quand ça fait mal (je parle de la douleur psychique, morale) !?!

5. Les neuromédiateurs de la douleur

D'un côté, on a ceux qui accentuent la sensation de douleur, comme les kinines et cytokines, la neurotensine, les neurotrophines, l'histamine et la noradrénaline.

De l'autre, atténuent la douleur les opioïdes (d'où le caractère antalgique de la morphine et dérivés), les cannabinoïdes (d'où les effets antalgiques du cannabis) et les enképhalines.

La sérotonine a des effets variables, plutôt antalgique chez les dépressifs et algique chez les anxieux.

6. Douleurs et TCA

En cas de trouble du comportement alimentaire (TCA), la souffrance est la règle, passé un certain temps. Il convient que les thérapeutes en soient conscients et qu'ils la prennent en charge. Ces malades, chacun doit le savoir, souffrent. Mais cette souffrance n'est pas une destinée. On peut, en se battant contre la maladie, la réduire puis la faire disparaitre.

En cas de TCA, la souffrance est à la fois physique et mentale, à la fois niée (certaines malades ne la sentent qu'à peine, d'autres disent que "ce n'est rien", qu'ils ne souffrent pas). Elle peut être aussi, d'une certaine façon, mise en avant par d'autres malaes, pour exprimer quelque chose qu'ils n'arrivent pas à dire.

Le TCA, en lui-même, génère de la souffrance (assez souvent, la personne malade ne la "sent pas") :

  • Douleurs liées au froid,
  • Douleurs liées à l'hyperactivité physique,
  • Douleur liée au jeûne,
  • Douleurs liées aux compulsions alimentaires,
  • Douleurs liées aux vomissements,
  • Douleurs digestives liées au stress et à la dénutrition,
  • Douleurs musculaires et osseuses,
  • Douleur liée à l'éloignement des autres,
  • Douleur de faire souffrir les autres,
  • Douleur de ne pas pouvoir guérir...

Pour faire simple, assez souvent, la personne malade "choisit sa douleur", préférant souvent une douleur localisable (la douleur liée à la course dans le froid qu'elle s'impose, la douleur liée à la coupure qu'elle se fait au cutter) à une douleur "incertaine" que génère son mal-être (j'ai mal à mon être, mais c'est où, ça ?!).

Il est possible (mais non démontré) que la douleur "provoquée" issue de la maladie soit un moyen d'éviter la douleur liée au mal-être (stress, antécédent d'agression, abandon parental…).

Il est possible (mais non démontré) que la douleur "provoquée" issue de la maladie soit un moyen d'exister quand "tout vous échappe".

Cette douleur, il est utile d'en prendre conscience, de la nommer, de voir toutes ses ramifications, d'en parler et de chercher des moyens de l'alléger : relaxation, thérapie de pleine conscience, thérapie cognitive et comportementale, pour certains l'hypnose aide aussi.

petit à petit, la douleur s'allège puis disparait.

Une fois guérie, la malade en général ne la ressent plus.

 

Publié en 2019.02