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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie mentale et boulimie
Définition, symptômes et maladies associées
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Anorexie mentale et dépression


Pr Daniel RIGAUD, Nutrition

 

1. Anorexie mentale

L'anorexie mentale est caractérisée par les peurs qui s'y associent : peur de grossir, peur de manger trop gras, peur de ne pas perdre du poids assez vite, peur de manger trop gras ou de manger tout court, peur de ne rien faire (rester assise), peur des autres et de leur jugement, peur de l'avenir.

Dès le début de l'anorexie mentale, la personne, en règle une jeune fille ou une jeune femme de 15 à 25 ans, restreint son alimentation, saute éventuellement un ou deux repas et maigrit.

Puis tout s'accélère : la perte de poids s'accentue, la restriction alimentaire s'intensifie, de plus en plus de repas sautent, tous les aliments sucrés et/ou gras partent à la poubelle et les viandes sont rejetées.

On le voit, ce qui caractérise l'anorexie mentale, c'est la forte restriction alimentaire.

Cette restriction va entraîner des carences en protéines (et en acides aminés essentiels), en matières grasses (acides gras essentiels) et en micronutriments.

Les acides aminés essentiels comme la tyrosine et le tryptophane sont les précurseurs respectivement de la dopamine (qui, comme son nom l'indique, "dope" le cerveau) et de la sérotonine, qui optimise l'humeur et permet la fabrication de la mélatonine (qui permet le sommeil).

Ces carences, parfois majeures, vont avoir un impact direct et concret sur l'humeur et le sommeil.

Les troubles du sommeil vont avoir un impact sur l'humeur.

Lorsqu'on soumet des animaux ou des humains à des régimes très hypocaloriques, on observe des troubles du sommeil et une tendance dépressive. Dans une étude faite chez 36 hommes jeunes volontaires sains sans aucune pathologie, Ancel KEYS (USA, 1946) a noté un état dépressif chez un tiers d'entre eux.

Par ailleurs, les malades qui souffrent d'anorexie mentale se plaignent souvent d'un manque de confiance en elles (eux), d'un manque d'estime de soi et de difficultés à s'affirmer face à l'autre (sauf justement dans la maladie !).

Cet aspect de leur fonctionnement mental ne les aide pas à garder une humeur sereine : elles sont donc souvent plus anxieuses et plus dépressives que la moyenne.

Enfin, fait important, on distingue deux types d'anorexie mentale :

  1. la forme restrictive stricte où les malades ne sont que dans la restriction alimentaire et l'hyperactivité physique
  2. la forme boulimique où les malades engagent des vomissements, suite en règle (mais pas toujours) à des crises alimentaires appelées crises boulimiques.

De façon assez logique, il y a plus souvent de tendance dépressive dans le second cas, l'anorexie-boulimie, là où les malades font exactement ce qu'elles (ils) détestent le plus : bouffer et vomir, perdre le contrôle et faire, au fond, quelque chose d'honteux pour tout le monde !

2. Que disent les statistiques médicales ?

Une étude italienne comportant plus de 838 malades souffrant d'anorexie mentale, toutes formes confondues (Abbate-Daga G. Depress Res Treat 2011; 2011: 194732 ; published online 2011 Oct 2) a montré que 19 % des patients (sexe féminin = 96 %) souffraient également ou avaient souffert d'une dépression nette (score de Beck > 13 chez tous ; score moyen : 33 ± 4 contre 10 ± 3 ; P<0,01). Parmi ces malades, la dépression touchait seulement 15 % des patientes ayant une anorexie mentale restrictive, contre 25 % de celles ayant une anorexie mentale boulimique (la différence était significative).

Une étude venant des USA a permis de suivre 246 patientes atteintes d'anorexie mentale. Un diagnostic de dépression passée ou présente fut fait chez 58 % d'entre elles.

Dans une étude que nous avions faite chez 80 malades souffrant d'anorexie-boulimie hospitalisées, nous avions trouvé 35 % d'états dépressifs présents ou passés (score de Beck > 14). Chez 74 malades souffrant d'anorexie mentale restrictive hospitalisées, c'était 21 % (différence significative entre anorexie-boulimie et anorexie restrictive). Si nous considérions comme dépressives toutes les malades ayant un score de Beck > 12, c'était plus de 50 % qui étaient dépressives.

Chez des enfants atteints d'anorexie mentale (ayant moins de 14 ans au début) chronique (plus de 5 ans de maladie), le taux d'état dépressif était de 54 % (Bryant-Waugh R et al. Archives of Disease in Childhood 1988; 63 : 5-9).

On peut donc retenir les chiffres suivants, en cas de TCA chronique et assez sévère. La dépression touche :

  • une malade sur 5 à 7 souffrant d'anorexie mentale restrictive,
  • une malade sur 3 à 4 en cas d'anorexie-boulimie.

3. L'état dépressif dépend-il du moment, dans l'anorexie mentale ?

Environ 15 % des patients nous disent que l'anorexie mentale avait commencé suite à de la dépression.

En cas d'anorexie mentale restrictive, rares sont les malades qui commencent une dépression pendant la phase initiale du TCA.

La fréquence de la dépression s'accroit avec la durée d'évolution du TCA : 15 % au début de l'anorexie mentale, 20 % après 2 ans, 40 % après 3-5 ans et plus de 50 % après 8-10 ans d'évolution de l'anorexie mentale.

Quand la patiente (le patient) passe de la forme restrictive à la forme boulimique, la fréquence et l'intensité de la dépression augmentent, de18-23 % dans l'anorexie restrictive à 35-45 % dans la forme boulimique (P<0,01).

Pendant la phase de reprise de poids, à cette période où le cerveau de la patiente est encore plein d'idées anorexiques, l'accentuation de l'état dépressif est fréquente. Le "score de dépression" augmente. Le nombre de patientes déprimée augmente aussi, passant de 20-35 % à 40-45 %.

La guérison de l'anorexie mentale s'accompagne constamment d'une régression et souvent d'une guérison de la dépression : les deux tiers des malades voient s'améliorer leur humeur et un tiers n'a plus d'état dépressif du tout.

Rappelons que la dépression touche environ 10-15 % de la population d'âge équivalent à celui des malades qui souffrent d'anorexie mentale (15-25 ans).

4. Conclusion

Le risque de dépression est un peu plus élevé en cas d'anorexie mentale restrictive que dans la population générale de sexe féminin : plutôt 15-20 % comparé à 10-15 %.

Il est, en revanche trois plus fort en cas d'anorexie-boulimie que dans la population : ce sont 40 à 60 % des malades qui souffrent de dépression nette.


La tendance dépressive s'accroit avec la reprise de poids : ceci s'explique par la peur des malades de grossir et leur sentiment de "honte" de n'être pas capable de continuer à maigrir.


En revanche, le traitement médicamenteux ou/et psychothérapeutique est très efficace contre la dépression. Compte tenue de l'hyperactivité, il vaut mieux recourir aux anciens anti-dépresseurs qu'aux sérotoninergiques, qui excitent trop un cerveau déjà épuisé par l'hyperactivité psychique.


La guérison s'accompagne très régulièrement d'une franche amélioration de l'état dépressif, voire de sa disparition.


La plupart des malades guérissent de l'anorexie et, 3 ans plus tard, ne sont plus du tout dépressifs.

 

 

Publié en 2019.12