Association Autrement / Côte d'Or / Dijon / Troubles du comportement alimentaire, anorexie mentale, boulimie

Espace e-Learning / TCare
bas de page

Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie mentale et boulimie
Définition, symptômes et maladies associées
Anorexie mentale en trois maux Boulimie en trois mots Anorexie mentale et boulimie chez l'adolescent Anorexie mentale et effets métaboliques de la restriction alimentaire Anorexie mentale : entre appétit et peur Addictions et anorexie mentale Anxiété dans l'anorexie mentale et la boulimie Besoins caloriques et dépenses énergétiques Émotions et TCA Environnement, anorexie mentale, boulimie et obésité État dépressif en cas d'anorexie mentale et de boulimie Hyperactivité physique en cas d'anorexie mentale et de boulimie Le mérycisme : un comportement de dépendance fréquent dans l'anorexie et la boulimie Les troubles du comportement alimentaire chez les 6-12 ans Peut-on déceler tôt l'anorexie mentale et la boulimie ? Peut-on parler de drogue en cas d'anorexie mentale, de boulimie et de compulsions alimentaires ? Tabagisme et troubles du comportement alimentaire : un lien ? Troubles du comportement alimentaire et conduites addictives
Causes et mécanismes Descriptions et complications Etudes scientifiques Traitement Autour des TCA
Obésité et compulsions alimentaires Diététique & Nutrition

Émotions et TCA


Les émotions, quand elles nous rongent

Pr Daniel RIGAUD (Nutrition) - Dijon

Prendre en charge un malade qui souffre d'anorexie mentale, de boulimie ou d'un autre TCA amène à travailler avec elle (lui) sur ses émotions. Car ces malades ont, souvent, d'assez grosses difficultés à "lire" leurs émotions" et à les gérer. Ces malades disent souvent ne pas savoir comment se comporter face à une émotion "qui les déborde".

De façon générale, les émotions "négatives" sont renforcées en cas de TCA : que ce soit l'anorexie mentale, la boulimie, la compulsion ou bien l'orthorexie ou l'émétophobie et des autres TCA, dits atypiques.

A l'inverse, les émotions "positives" sont mal prises en compte en cas de TCA avéré par le patient (il ne s'y arrête pas !)…

En bref : En cas de TCA, les émotions désagréables (dites "négatives") ont plus de "poids" que les émotions agréables.

1. Petites définitions des émotions

Émotion vient de "ex" et "movere" : c'est quelque chose qui "va depuis soi vers l'extérieur".

Les émotions sont des "pensées soudaines, nées hors de la conscience : elles nous "arrivent", sans que nous n'y puissions rien. Elles naissent dans notre cerveau avant même que nous le sachions. Puis elles deviennent conscientes : c'est alors qu'on sait qu'on les ressent.

On peut définir aussi l'émotion comme une réaction affective transitoire en réponse à un stimulus extérieur (une parole, un acte, un accident).

Elles sont l'aboutissement de l'activité de multiples centres (zones) cérébraux. Ce sont leurs effets qui font qu'on sait qu'on est en colère par l'analyse de sensations à la fois mentales (excitation par exemple) et périphériques (rougeur cutanée, chaleur, tremblements…).

Il existe dans notre cerveau un centre d'intégration de nos émotions. C'est l'amygdale. C'est un petit noyau situé sous le lobe temporal. L'amygdale donne la "valeur" à nos émotions (faible, forte ; agréable, désagréable).

Les émotions entrainent des réactions, des effets : les réactions corporelles et le comportement induit. C'est à ce niveau que nous pouvons agir.

L'émotion est un état mental soudain (moins d'un dixième de seconde) qui n'est en aucun cas réfléchi.

L'émotion est involontaire. Nous ne pouvons pas contrôler son apparition. Nous ne pouvons que limiter ses effets.

Nous ne sommes donc ni responsables, ni coupables de nos émotions. Cependant, nous pouvons devenir responsables de leur (leurs) formulation(s).

L'émotion ne nous appartient pas. Elle se transmet hors de nous grâce aux neurones-miroirs. Ainsi, notre peur génère-t-elle de la peur chez autrui : ma peur fait peur.

Un malade qui souffre d'anorexie mentale, de boulimie ou de compulsion a, comme tout le monde, des émotions. mais il a (elle a) plus de mal qu'un autre à bien les lire et à les accepter comme telles, à admettre que les émotions sont involontaires et inconscientes.

2. Les émotions de base

On parle d'émotions "agréables" et désagréables".

Tableau 1 : Les huit émotions

agréables

désagréables

  Joie

 Tristesse

  Gratitude

 Colère / dégoût

  Fierté

 Culpabilité

  Attirance

 Peur

De loin, c'est la peur qui excite le plus l'amygdale (on le voit en IRM fonctionnelle) : la peur est puissante. Or, en cas d'anorexie mentale et de boulimie (mais aussi de compulsion), c'est la peur qui est aux commandes.

Les 4 émotions agréables donnent au cerveau l'envie "d'aller vers la source de l'émotion", tandis que les 4 émotions désagréables lui donnent l'envie de s'éloigner (de fuir).

2.1. Les émotions désagréables

► La peur : C'est une réaction violente et désagréable en réponse à un danger. Elle est liée à un sentiment d’insécurité vis-à-vis de l'intégrité (physique ou psychique).

On parle aussi d'effroi, de panique, de frayeur, d'angoisse, d'anxiété ou de phobie (peur excessive et invalidante d’un objet particulier : « phobie des araignées »)… mais aussi de dégoût.

Parmi les peurs, on parle aussi d'anxiété et d'angoisse. Ce sont des émotions a priori « sans objet immédiat décelable » : l'objet existe, mais il est "ressenti" ("je suis angoissée à l'idée de grossir"). Le pire est qu'on finit par avoir peur d’avoir peur !

Une peur très forte touche la quasi-totalité des malades TCA : peur de grossir, peur de manger, peur de ne rien faire, peur d’être jugée, peur de ne pas y arriver, peur d’être seule ou abandonnée...

► La colère : C'est une réaction violente et agressive face à un dommage ressenti, passé ou supposé. La blessure peut être physique et/ou psychique, le dommage réel ou supposé, présent ou passé. La colère peut, si elle est négligée, devenir une peur sans objet.

La rage, la haine et la fureur, l'aigreur, l'exaspération, l'irritation, le dépit et le ressentiment, l'indignation, le courroux et l'emportement sont des formes de colère. Notons que la peur nous met parfois en colère ! Parfois, "notre colère peut nous faire peur".

► La honte et la culpabilité : ce sont des pensées négatives contre soi-même, soit qu’on pense qu’on a commis une faute (culpabilité), soit qu’on pense qu’on a commis tant de fautes qu'on EST mauvais. La culpabilité et la honte sont des "colères contre soi". Les personnes qui souffrent de TCA ont très souvent des pensées négatives contre elles-mêmes : "j'ai honte de ce que je fais", "je me sens nulle de ne pas y arriver", "je ne vaux pas la peine d'être aimée"...

La culpabilité se décline sémantiquement : infamie, déshonneur, faute, abjection (fort), scandale. Pour la honte, on parle aussi de bassesse, ignominie, déchéance, dégoût de soi, indignité.

► La tristesse : C’est une pensée négative face à la perte d’un objet d’affection (mort, séparation, disparition). Le mot-clé est abandon.

La tristesse est un relâchement désagréable de tension des neurones. La tristesse est volontiers associée à des mots comme mou, sans force, impuissant, déprimé. On parle aussi d'amertume, désabusement, nostalgie, abattement, douleur morale, mélancolie, morosité, accablement (fort), désespérance, lassitude…

Mélange des émotions : Une émotion, à un moment donné, peut être en fait un mélange d'émotions. Une émotion peut être une solution à une autre émotion : ainsi la colère est-elle une solution à la peur ; la peur une solution à la tristesse ; à force de colère ou de peur, je peux être épuisé et triste.

2.2. Les émotions agréables

Joie, gratitude, fierté et attirance sont des émotions qui poussent le cerveau à aller vers l'objet qui les a déclenchées.

► Joie : C'est un sentiment de satisfaction de ses besoins métaboliques, affectifs ou cognitifs. C'est un sentiment de plénitude dans l'excitation.

On parle aussi de gaité, ravissement, extase et délice (forts), jouissance, entrain, bonheur, allégresse, contentement…

► Gratitude : c'est un sentiment de joie en réponse à une reconnaissance par l'autre de nos propres besoins.

On parle de : bénédiction, gré, remerciements.

► Fierté : C'est un sentiment de "satisfaction légitime" envers soi. On a fait quelque chose de bien, on est quelqu'un de bien.

On dit aussi : dignité, hauteur, estime, honneur, contentement

► Attirance : C'est le sentiment qu'il faut s'approcher de quelqu'un (quelque chose) pour en avoir plus. C'est une force magnétique qui tend vers le contact. Elle se décline sémantiquement : amour, affection, affinité, attrait, goût, charme, désir, soif, fascination (fort)…

"Les émotions sont un problème"

Les émotions sont ce qu'elles sont, ni plus ni moins. C'est "la pensée de mes émotions" qui me les rend positives ou négatives.

Plus une émotion est vécue comme négative, plus… on en a peur et plus on la refoule. Or beaucoup de gens pensent que les émotions désagréables sont mauvaises, inappropriées et à éviter ("la colère est un péché", "ce n'est pas bien d'être triste").

Mais, qu'on le veuille ou non, ces émotions existent. Et elles ne sont pas mauvaises en soi.

3. Naissance et mort d'une émotion

Comme toute chose en physiologie, une émotion nait et meurt. A chaque étape, on peut l'accepter ou la refouler (tableau 2).

Tableau 2 : Naissance et développement des émotions

Accueil

Refoulement

 Naissance (hors du conscient)

 Avortement

 Perception (on la sent)

 Refoulement

 Identification (on la nomme)

 Méconnaissance

 Compréhension (on fait des lens)

 Interrogation

 Acceptation (on la modifie)

 Refus

 Expression (corporelle, verbale)

 Inhibition

 Disparition

 Solidification

4. Force d'une émotion

La force d'une émotion dépend de facteurs inducteurs et de facteurs inhibiteurs.

Les facteurs qui amplifient les émotions sont la puissance du stimulus (les frites font plus peur à une personne souffrant d'anorexique mentale ou de boulimie que 3 haricots verts), sa valeur en nous ("j'ai peur de grossir, car mon père ne supporte pas les grosses"), la probabilité de ce stimulus à arriver (j'ai peur qu'un météorite ne me tombe sur la tête, mais je sais que c'est peu probable) et le temps (écoulé ou à venir) entre le stimulus et le moment présent.

Les facteurs qui diminuent nos émotions sont la force personnelle de l'individu ("je me sens fort"), les recours possibles ("je connais des moyens de ne plus ressentir ce danger), l'autre (nos proches) et l'atténuation temporelle.

La peur de grossir se multiplie en fonction du risque (les aliments gras "font grossir"), de sa valeur ("mon père n'aime pas les grosses"), de la probabilité ("il y a sur la table de la viande en sauce et des frites" ou "à 15 ans, je pesais 70 kg") et du temps écoulé (tout de suite après avoir mangé, je suis effectivement plus grosse [ça se voit à mon ventre, je pèse plus sur la balance]).

Ma peur de grossir, ma peur du gras diminuent avec ma confiance en moi, mes expériences présentes, mon thérapeute (ou ma copine, ou mon chien) et le temps qui passe (sans que je grossisse).

Ma colère est d'autant plus forte contre ce thérapeute qui m'a fait prendre du poids que j'en ai pris beaucoup, que le préjudice ressenti est grand, que ça peut se reproduire demain et que ça vient de se produire (ou même reproduire) ce matin (je viens de me peser).

5. Pour conclure

Il est des émotions agréables et désagréables.

Les deux sont utiles.

Une émotion nait, se développe et meurt. Il est utile de la sentir évoluer pour s'accepter et l'accepter.

L'émotion nait avant que nous le sachions, avant d'avoir même le moindre effet en nous.

Une émotion existe, c'est comme ça. Il convient de la regarder avec intérêt et empathie.

Il est contre-productif (et inutile) de nier une émotion. Décortiquer une émotion comme on décortique une noix est fort utile : c'est en effet la noix qui est bonne, pas la coque.

 

Publié en 2017