Association Autrement / Côte d'Or / Dijon / Troubles du comportement alimentaire, anorexie mentale, boulimie

Espace e-Learning / TCare
bas de page

Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie mentale et boulimie
Définition, symptômes et maladies associées Causes et mécanismes Descriptions et complications Etudes scientifiques Traitement
Anorexie, boulimie et affirmation de soi Anorexie et boulimie : approche nutritionnelle Anorexie et boulimie : préparer sa sortie d'hospitalisation Anorexie mentale et boulimie : que peut faire la famille ? Anorexie mentale et stimulation cérébrale profonde Boulimie : la traiter par les médicaments en 2018 La danse thérapie au secours des troubles alimentaires Guérir, c'est prendre un risque ! Guérir, c'est oublier ! Il paraît que je suis presque guéri(e) ! Importance de l'entourage familial Contre l'isolement des malades souffrant d'anorexie et/ou de boulimie La guérison des troubles alimentaires La psychothérapie, comment, pourquoi ? Le traitement : comment l'accepter ? Intérêt de la sonde nasogastrique dans l'anorexie et la boulimie Oser dans les troubles du comportement alimentaires ! Prévention de l'anorexie et de la boulimie : conseils pratiques Rôle des parents dans la guérison d'un trouble alimentaire Sevrage des crises de boulimie par sonde gastrique Thérapie comportementale et cognitive Thérapie familiale dans les troubles du comportement alimentaire Traitement des troubles alimentaires : quelle thérapie choisir ?
Autour des TCA
Obésité et compulsions alimentaires Diététique & Nutrition

Il paraît que je suis presque guéri(e) !


Hélène PENNACCHIO - Association AUTREMENT

1. S'arracher l'anorexie ou la boulimie, c'est comme déraciner un grand arbre !

Une angoisse. La peur du vide, sans doute. Julie ne comprenait pas. Le Docteur lui avait dit : « Julie, tu es bientôt guérie ; tous tes efforts ont payé ; ta maladie est entrain de te quitter, j’en suis content pour toi ».

Pourquoi ressentait-elle cette vacuité, ce sentiment de se perdre ? Elle n’arrivait pas à trouver la réponse. Et puis un matin, tout fut clair. Il faut dire qu’il y avait eu ce rêve …

« Elle l’avait lu dans les journaux : planter un arbre, c’était bien ! C’était un acte écologique ; tout le monde aurait du faire ça. Elle avait alors acheté un arbre. Un arbrisseau en fait, tout petit et tout mignon. Elle l’avait planté dans son jardin, elle l’avait arrosé, nourri, regardé grossir. Chaque jour un peu plus. Un peu plus de place dans le jardin, un peu plus de place dans son cœur… Des mois ont passé, bientôt des années. L’arbrisseau est devenu adulte, l’arbre est devenu gros et gras : son tronc est immense, ses branches maîtresses tentaculaires et son feuillage foisonne. Il n’y a plus de place pour rien dans le jardin. Les fleurs ont péri les unes après les autres, même l’herbe ne pousse plus guère. Les racines de l’arbre plongent maintenant profondément sous la terre et menacent les fondations de la maison. Les branches maîtresses avancent si fortement qu’on ne peut plus même fermer les fenêtres … Elles ont envahi la chambre ; avec elle tout un tas d’insectes sont apparus. S’en est trop, il faut vraiment arracher l’arbre. Julie y est prête. Julie y est presque. Les experts qu’elle a convoqués sont, comme elle, formels : il faut déraciner. Ils repartent contents, laissant Julie désemparée, angoissée… » Fin du rêve.

Quand elle y repense, avec cette douleur au ventre qui ne passe pas, Julie comprend enfin ce dont il est question : s’arracher l’anorexie c’est comme déraciner un grand arbre qu’on aurait laissé pousser dans son jardin, au point qu’il aurait fait tant d’ombre qu’il serait devenu impossible de vivre en ce lieu. Mais l’arracher laisse sans aucun doute, comme dans le jardin, un immense trou qu’on a peur de ne pas savoir combler. Mais l’arracher ne signifie t’il pas également qu’en tirant sur les racines, on menace aussi les fondations de son être (la maison du rêve) ?

Et l’arracher enfin va laisser un jardin bien triste, bien aride, dépourvu de tout brin d’herbe et de toute fleur. Va t’on savoir en faire quelque chose de beau ?

C’est souvent dans cet état d’esprit que sortent les patients après une hospitalisation de longue durée – plusieurs mois parfois – même si ils attendaient cette sortie comme une délivrance. Au fond, ce qui angoisse surtout les patients, ne tient pas tant au fait qu’ils doivent abandonner ce cocon protecteur que représente l’hôpital, mais vient du sentiment qu’ils ont de ne plus se reconnaître, voire de s’être perdu(es).

2. Anorexie, boulimie : je me sens vide ! … et bien fragile

Je suis ravi(e) de sortir de l’hôpital, et pourtant ce sentiment d’être vide m’angoisse. C’est comme si on m’avait arraché un membre. Je n’ai plus de carapace !
Et ce poids qui a beaucoup monté : ça me terrorise. Mais, c’est vrai que je suis fièr(e) aussi !

Et dehors, personne ne sait que j’angoisse terriblement avec ce nouveau corps. Je ne sais même pas si je l’accepte au fond, alors comment savoir si je vais m’y habituer ? En combien de temps ? Et puis, qui suis-je maintenant avec ce nouveau corps ?

3. Ce nouveau corps m’a fait perdre mes repères

Je ne suis pas du tout en phase avec mon entourage, famille en tête. Tous, ils vont me dire « C’est fou ce que tu as bonne mine », « tu es beaucoup mieux maintenant que tu as repris du poids », « On est tellement content que tu puisses remanger de tout !». Moi qui ne supporte pas mon corps, ses rondeurs, ses replis, comment vais-je pouvoir supporter ces propos lénifiants !!

Car au fond, mon apparence physique rassure les autres, moi, je me sens si fragile au dedans. Si fragile, de si peu de poids ! Je ne suis plus rien maintenant qu’ils m’ont arraché l’anorexie. Je me sens vide. Où est ma bulle protectrice, celle qui me permettait de ne pas penser aux vrais problèmes, de fuir les réalités qui me dérangeaient ? Que vais-je faire de ma vie ?

4. guérir de l'anorexie et de la boulimie : un tel changement !

Je peux être fière de moi. Je ne m’en serais pas cru capable. Tous ces kilos pris pour l’équipe thérapeutique qui m’encourageait. Ils m’ont donné la satisfaction de faire une bonne action, de leur faire plaisir. Ils m’ont tellement valorisée. J’en suis heureuse.

C’est fou ce que j’ai pu changer. La vie est plus simple, je suis plus ouverte. Il fait beau dans mon âme et tout chante un peu plus. Je me sens plus sereine, d’humeur plus égale.
Je n’ai plus froid, je dors mieux, j’ai plus confiance dans les autres et vais plus vers eux.

J’ai de nouveau des tas de projets en tête. Je vais m’inscrire à un club de sport ( !), de danse ( !), je vais reprendre mes études, je vais changer ma garde-robe, me faire plaisir…

4.1. J’ai tellement changé et pourtant je ne peux pas encore vivre comme tout le monde

Je ne peux pas faire comme les autres, «m’alléger » d’une rigueur certaine vis à vis des repas. Non, je ne dois pas sauter de repas
Non, je ne peux pas moins manger « parce que je n’ai pas faim », « parce que je n’ai n’a pas le temps », « parce que ceci… ou cela… ». VIGILANCE oblige.
Je ne peux pas non plus me disperser dans la vingtaine de projets qui me sont venus pendant la 2ème partie de l’hospitalisation. Mon seul projet, c’est LA GUÉRISON.

5. En pratique, comment faire ?

En fait, j’ai appris la théorie, mais pas vraiment la pratique.
Il va falloir supporter ce dur passage où l’on a le sentiment de s’être perdu(e), mais tout ça pour une bonne cause : celle de VOUS RETROUVER.

Alors :

Ayez confiance en vous,
Vous avez fait le plus dur,
Avoir l’impression de ne pas être capable ne signifie pas que vous ne pouvez pas le faire.
Travaillez sur vos émotions
Construisez-vous de nouveaux repères ; En allant vers les autres. Et même s’il faudra certainement donner au début plus que vous ne recevrez, au fil du temps vous renverserez cette tendance et les autres viendront vers vous.
Vivez chaque instant de joie et la vie se chargera de remplir le trou pour vous !

Et n’oubliez jamais : « Ce n’est parce que les choses sont difficiles que nous en avons peur. C’est parce que NOUS EN AVONS PEUR qu’elles deviennent difficiles.
(Sénèque, 26 avant JC)

A Benjamin, à Perrine, à Fanny, à Célia, et à bien d’autres encore, je ne peux que dire : « affronte tes peurs et elles deviendront inoffensives ». Tout ce chemin que vous avez parcouru vous a permis d’avoir les armes nécessaires pour maintenant vous faire une place, votre place.

Publié en 2007