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Déterminants de nos choix alimentaires


L'alimentation est un acte fondateur de notre identité. C'est une forme de langage.

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Comme pour le langage, l’homme est programmé pour savoir manger, pas pour une alimentation donnée : l’enfant peut donc apprendre à aimer la cuisine italienne en Italie et les sushi au Japon.

Pour beaucoup de gens, manger est « naturel ». Mais rien n’est moins sûr. Combler sa faim ou sa soif est un acte instinctif. Mais manger s’apprend.

C’est pour chacun de nous une activité centrale,

  • conditionnée par des facteurs génétiques et métaboliques,
  • modulée par des facteurs affectifs et culturels
  • et façonnée par des éléments en rapport avec l’image que nous voulons nous donner, et notamment celle de notre corps.

L’enfant petit par exemple regarde et copie ses parents. Ce faisant, il espère être reconnu et accepté (aimé), comme lorsqu’il s’essaie à parler leur langue. Les sensations de l’enfant, dès le plus jeune âge, se plient aux horaires et habitudes familiales. Il aura faim aux mêmes heures que ses parents. Il va apprendre ce qui « se mange ».

1. Mais pourquoi donc mange-t-on ?

Si l’on voulait simplifier, on pourrait dire que :

  1. Manger est un acte métabolique
  2. Mettre en bouche est un acte sensoriel
  3. Déglutir est un acte émotionnel, lié au sucré-gras
  4. S’alimenter est un acte d’amour  
  5. Prendre un repas est un acte social  

Pour chacun de ces aspects, nos choix alimentaires sont influencés par le jugement que nous portons sur nos aliments, selon notre culture, le contexte médiatique et nos affects.

Tout au long de la vie, nous allons infléchir notre alimentation en fonction de changements qui n’ont rien de métabolique.

2. Manger est un acte métabolique

On mange pour combler des besoins nutritifs. On dit : « j’ai faim » ; « Ce qui me rassasie ».

Mais il n’y a que très peu de perceptions « nutritionnelles » : nous percevons, et ce dès le plus jeune âge, le manque de calories, d’eau et de sel... Et c’est tout !

Aucun autre déficit n’est perçu : ni en acides gras, ni en acides aminés essentiels, ni en fer ou en calcium, ni en vitamines ou en oligo-éléments...

L’homme est un omnivore qui doit diversifier son alimentation. C’est une obligation. Il doit choisir, parmi mille aliments, lesquels sont « pour lui ». Or s’il y a une trentaine de nutriments, il y a deux à trois mille aliments et quarante mille façons de les préparer.
 
L’homme fait donc des choix métaboliques, mais il les fait en fonction de l’âge qu’il a, selon des aspects spécifiques de sa tranche d’âge : quelques exemples : 

L’enfant : il est dans une stratégie de croissance. Il cherche donc ce qui peut le rassasier le plus, car ses besoins sont importants et il le sait : il peut établir ainsi un lien fort entre l’ingestion de féculents ou de frites et sa propre sensation de rassasiement… mais pas entre  les haricots verts et le rassasiement !
L’enfant qui bouge, s’agite sans cesse et fait sa croissance a des besoins énergétiques élevés : rien d’étonnant à ce qu’il mange plus que sa mère. Mais ceci peut inquiéter celle-ci, si elle est grosse et à peur qu’il ne le soit, lui, un jour ! S’il est très soucieux, par manque de confiance, de ce que pense sa mère, il en sera influencé.
 
A la puberté : il y a, chez la fille, un paradoxe : c’est une période de croissance accrue et d’installation des cycles hormonaux et des règles menstruelles. Il faudrait donc que les apports en énergie et en matières grasses, en protéines et en calcium, en viande rouge et en fer augmentent. Or ils diminuent. C’est matières grasses contre matière grise. La peur de changer, de grossir, de développer des « formes » (formes rejetées et forme valorisée) dominent. Mais la restriction qu’on s’impose ouvre le champ aux troubles du comportement alimentaire.

A l’âge mûr : on commence à avoir peur de la mort et on se préoccupe plus de sa santé. Les choix alimentaires, de façon rationnelle ou magique, s’en ressentent : il y a les peurs contre toute raison : il n’y a pas que la vache qui est folle ! Il est des peurs orchestrées, contre le cholestérol qui tue ou le sucre qui est mauvais pour la santé... Mais ces assertions en fait n’ont de sens que chez certaines personnes prédisposées au risque.

Le sujet très âgé : il adapte moins bien ses apports à ses besoins énergétiques, d’où la fréquente dénutrition. Mais dans le même temps, il a besoin de s’inscrire dans son passé culturel (le « bon vieux temps »), par peur de la mort et limite de perspectives d’avenir.

3. Mettre en bouche est un acte sensoriel

On mange pour combler le besoin de nos sens.

Mais on fait des choix différents selon la période de la vie. Pour se faire plaisir facilement, l’enfant a besoin d’aliments sucrés-gras aux saveurs primaires, qui le renvoient aux sensations qu’il ressentait avec le lait de la mère. Il en est de même avec le « blanc velouté » des laitages, dont la douceur évoque l’onctuosité du lait.

Plus tard, l’adolescent, qui veut sortir de l’enfance et s’affirmer, rejette ces sensations pour en chercher d’autres, plus violentes et plus interdites (alcool par exemple).

L’adulte, selon son odorat et son goût, va trouver des saveurs plus subtiles, élargir sa palette.

4. « Mettre en bouche » est au carrefour de nos sens

Mettre un aliment à sa bouche le rapproche de tous nos organes sensoriels. Les sensations qui « émergent » de l’acte de manger sont en fait toutes entremêlées : l’aspect de l’aliment, le son qu’il émet (friture, craquant des noisettes), sa texture (onctueux, râpeux, gras), ses différentes saveurs, toutes ces sensations se complètent.

Mais les choix sensoriels sont aussi une forme de culture : on peut opposer le sucré-gras et le raffinement culinaire des saveurs. Le sucré-gras est un plaisir simple, archaïque, immédiat et efficace aussi bien quand tout l’appareil sensoriel n’est pas en place (enfant) que lorsqu’on le perd (grand âge).  La cuisine élaborée tente de stimuler simultanément toute une gamme de sensations qui se renforcent et s’opposent.

5. S'alimenter est un acte d'amour

On mange pour combler des besoins affectifs.... Et notre besoin d’amour est infini.

Le nourrisson qui a faim et fait venir le nourrisseur, perçoit tout ce qu’il lui doit (il se sentait mal et c’est fini) et se sent « soulagé ».

Entre nourrir, sourire et désir, il va apprendre que le manque (j’ai faim et maman va venir) peut devenir du désir, si le plaisir - la récompense d’avoir attendu -, est au rendez-vous.

Si je mange comme elle (lui), elle (il) m’aime : c’est ce que dit l’expression « une bouchée pour maman... ».

L’âge du non : Lorsque l’on « veut » rejeter symboliquement cet amour (à 3 ans ; ou à l’adolescence), on refuse de se nourrir « dans le désir de papa-maman ». Pour développer sa propre personnalité.

Les choix au féminin : c’est viande rouge contre légumes verts et blanc des laitages contre féculents « costaux ». Tout ceci à cause du regard de l’autre, qui pèse lourd et vous déshabille parfois. Et la peur des petits kilos !

6. Prendre son repas est un acte social

C’est un comportement de lien avec les autres. C’est pourquoi il est si important de manger comme eux (les parents, les pairs). Voici quelques exemples :

  • L’anorexique qui n’entend parler que de régimes restrictifs depuis son enfance acquiert une peur de manger ;
  • L’obèse d’un milieu peu favorisé auquel les parents ont toujours dit que manger était vital a le sentiment, en suivant un régime restrictif, de perdre « son identité » ;
  • L’enfant gros à qui sa mère n’arrêtait pas de dire que « manger de la viande, ça rend fort » se sent faible quand on lui propose des haricots verts et du poisson maigre ;
  • L’adolescent qui est capable de vous dire que la cuisine de maman est un plaisir des sens, préfère le « fast-food » aux saveurs médiocres, parce qu’il est avec (ou comme) les copains !
  • « S’intégrer », pour une minorité, c’est manger comme les autres. Refuser cette intégration, c’est affirmer sa différence.

Car « si je mange comme toi, tu me reconnais ». Si je suis comme toi, tu peux m’accepter.
Nous partageons cette « langue ».
Je ne crois pas qu’en revendiquant l’alimentation comme un acte individuel, les gens se rendent service : car à quoi sert de manger, si on le fait seul ?

7. Quand le système alimentaire défaille

Mais parfois, ce système extraordinaire et si banal dérape :

7.1. L'apprentissage émotionnel

Car parfois manger devient une drogue !
Et la compulsion alimentaire éclate alors, entre raison et émotion, entre émotion et excitation, entre plaisir, désir et manque.

7.2. La dialectique de l'anorexique

Chez la malade atteinte d’anorexie mentale, ne pas manger devient une drogue ! « Et pourtant je mange » disent-elles !
Dans la pérennité du désir et la peur de grossir ; parce qu’elle ne pèse pas lourd (dans sa tête) face au regard de l’autre, elle tente de garder la maîtrise du désir en rejetant le plaisir.

7.3. La dialectique de la boulimique

Chez elle, faire une crise devient une drogue ! Cette crise alimentaire ne rime pas avec plaisir, mais avec remplissage. Annulée dès qu’ingérée par le vomissement (libérateur ... et punitif), la crise jette la malade dans un sentiment de honte qui l’absout.

7.4. La dialectique de l'obèse

Manger devient un non sens affectif et culturel pour lui, quand il est au régime ! « et pourtant je ne mange rien » dit-il ! Et il a raison, puisqu’en plein régime restrictif, il ne mange pas.... Il se prive. Puisque ce qui est « bon pour lui » (le chocolat, le canard laqué) est mauvais pour le médecin.

8. En pratique, que faire ?

Si l’on souhaite modifier les choix alimentaires des gens, il faut tenir compte de ses valeurs sociales, culturelles et hédoniques qui changent avec le temps et évoluent avec l’âge.
Il faut prendre en compte l’identité et sa valeur ajoutée chez un individu donné.

Il faut considérer les sentiments qui sont attachés, et parfois très fortement, à l’alimentation, chez certaines personnes.

On ne peut pas parler alimentation de la même manière avec un enfant qui cherche à apprendre, un adolescent qui cherche à s’identifier tout en se détachant de ses parents et avec un sujet âgé… Avec une malade anorexique qui lutte pour ne pas manger et une boulimique terrifiée à l'idée de (trop) manger une crise incontrôlable.

Publié en 2007