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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie Boulimie Compulsions
Définitions, physiopathologie, épidémiologie et maladies associées
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Obésité Nutrition Alimentation

Anorexie mentale : en pratique


Pr D. RIGAUD - CHU Dijon

1. Anorexie mentale : définition

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L’anorexie mentale correspond à la volonté de maigrir alors même que le poids est normal ou déjà bas. Ce besoin est en rapport avec la peur de grossir et de devenir obèse. Peur de manger et amaigrissement massif en découlent.

La dénutrition va conduire à l’aménorrhée, à la bradycardie, à l’hypothermie, mais favorisera aussi les troubles digestifs (reflux gastro-oesophagien, ralentissement de la vidange gastrique, ballonnements abdominaux, constipation).

La peur pousse à l’hyperactivité physique, au trouble de l’image corporelle et au vomissement (par peur de regrossir) ou aux conduites obsessionnelles.

La restriction alimentaire favorise chez ces malades l’aménorrhée, les troubles digestifs (vidange gastrique ralentie, constipation), les troubles du caractère (angoisse, irritabilité), les troubles du sommeil, la sensation de puissance et les crises de compulsion alimentaire. Mais aussi le sentiment de maîtrise sans lequel l’anorexie mentale n’existe pas.

2. Fréquence de l'anorexie mentale

Il s’agit d’une maladie de la femme jeune en règle générale. Sa fréquence augmente : 1 à 1,5 % des femmes de 15 à 25 ans. La femme est touchée dans 95 % des cas. Elle touche actuellement toutes les classes sociales et tous les milieux.

3. Diagnostic de l'anorexie mentale

Le diagnostic est facile : il ne requiert aucun examen complémentaire. Calculez l’indice de masse corporelle minimal (IMC = 18,5 ) ; proposez-le à la malade comme objectif ; elle est terrifiée et elle refuse : elle a une anorexie mentale !

Formes cliniques

Il est essentiel de reconnaître 2 formes cliniques :

  1. L’anorexie mentale restrictive pure, où l’amaigrissement n’est obtenu que par la restriction alimentaire et l’hyperactivité physique,
  2. L’anorexie mentale de forme boulimique, où face à ses difficultés (et pas seulement de maigrir) l’anorexique s’aide de vomissements. Dès lors, elle peut devenir la proie de crise de boulimie.

Comment reconnaître la forme boulimique. Les malades, qui en ont honte, cachent leurs vomissements et leurs crises de boulimie. Le diagnostic est facile : gonflement des glandes salivaires (parotides en tête), bouffissure relative du visage, oedèmes plus fréquents. Biologiquement : hypokaliémie, hémoconcentration (protides et hémoglobine élevés), hypochlorémie, augmentation de la créatininémie, parfois hyponatrémie (potomanie pour vomir plus facilement).

Ces 2 formes cliniques ne partagent ni les mêmes signes ni le même pronostic.                          Le traitement doit en être différent.

Tableau comparatif des formes restrictive et boulimique

Signes
Forme restrictive
Forme boulimique
Visage et membres inférieurs oedématiés       
Peu ou pas
Oui
Hypokaliémie
Peu ou pas
Oui
Sentiment dominant
Toute puissance
Honte et dégoût
Etat dépressif
Latent
Souvent présent
Sexualité
Absente
Normale, perturbée ou absente
Hyperactivité physique
Fréquente
Plus rare
Restriction alimentaire
Féroce
Plus variable
Repas vrais
Rares
Variables
Evolution
Vers l’amaigrissement
Vers la prise de poids, les crises de boulimie et la boulimie à poids normal
Complications
Celles de la dénutrition
Hypokaliémie et suicide (rare)
Pronostic
Meilleur
Moins bon
Décès
Rare : 1 % :
(si dénutrition traitée)
Moins rare : 2 à 4 %

 

4. Les bases du traitement de l'anorexie mentale

Les différentes approches, nutritionnelles, comportementales et psychanalytiques ne s’excluent pas, elles se complètent.

Quatre objectifs doivent être fixés :

  1. Un poids minimal normal,
  2. Des apports énergétiques et nutritifs normaux pour le sexe, la taille, l'âge, le poids objectif et l'activité physique,
  3. Un travail sur le comportement alimentaire,
  4. Un travail sur les facteurs qui ont favorisé l'émergence de l'anorexie mentale et ceux qui ont favorisé son entretien.

Le traitement est long et difficile. La rechute n'est pas rare, mais elle permet au malade de progresser.

fle64.gifAttention: Dix points doivent être pris en compte, lorsqu’on prend en charge une anorexique.

  1. Le manque de confiance, le repli sur soi
  2. L’excès de perfectionnisme
  3. Le besoin de tout maîtriser et la peur de « lâcher prise »
  4. La perte de l’image de soi difficulté à s’affirmer autrement que dans le refus)
  5. Le rejet du désir
  6. Le rejet de l’image de la femme séduction, sexualité)
  7. La difficulté d’expression verbale et émotionnelle (la difficulté d’introspection)
  8. La tendance à la dissimulation et la méfiance vis-à-vis de l’autre
  9. L’attachement excessif à l’un des parents
  10. La peur de ne pas y arriver (à guérir, à vivre…)

Médicaments : aucun traitement médicamenteux n’est efficace contre le refus de manger. Antidépresseur et anxiolytiques peuvent aider la malade à lutter. Il vaut mieux utiliser un antidépresseur de type tricyclique, non anorexigène.

Publié en 2006