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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie Boulimie Compulsions
Définitions, physiopathologie, épidémiologie et maladies associées
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Caractéristiques psychopathologiques des malades atteints de TCA


Pr Daniel RIGAUD, Nutrition, Dijon

Les malades qui souffrent d'un trouble du comportement alimentaire (TCA), comme l'anorexie mentale, la boulimie ou la compulsion, mais aussi l'orthorexie et le mérycisme ont des caractéristiques mentales communes. Ces caractéristiques ne sont pas spécifiques des troubles du comportement alimentaire : on les retrouve dans d'autres états et affections psychiques. En revanche, ces caractéristiques mentales sont très fréquentes chez les malades souffrant de troubles alimentaires. On en note avant tout douze :

  1. le mal-être : c'est un sentiment vague que « ça ne va pas »,
  2. la culpabilité : c'est la pensée qu’on a commis une faute, une erreur et qu’il faut en être puni,
  3. le manque de confiance en soi : il se définit comme la pensée qu’on ne va pas y arriver,
  4. le manque d’estime de soi : la personne pense qu’elle n’est pas une bonne personne,
  5. le manque d’affirmation de soi : c'est l’incapacité ou la difficulté à dire ce que l’on veut ou ne veut pas,
  6. la honte : c'est le sentiment que l’on n’est pas digne d’exister, qu’on n’est pas légitime à être aimé,
  7. le besoin de contrôle : excessif, il pousse à vouloir tout maitriser et amène au perfectionnisme,
  8. le perfectionnisme : c'est la pensée qu’il faut que tout soit parfait et idéal dans sa propre vie,
  9. la psychorigidité : c'est la pensée qu'il faut que les choses soient exactement comme on le veut,
  10. la peur ou le rejet de son propre plaisir : elle est liée à l'idée qu'on ne mérite pas, qu'on n'a pas droit au plaisir,
  11. le sentiment d’impuissance,
  12. l’attachement excessif à un ou plusieurs proches.

Selon les études publiées, on observe que ces traits sont à la fois assez intenses et souvent présents en cas de troubles alimentaires. On admet que les deux tiers des malades souffrent d'au moins la moitié de ces troubles à un niveau d'intensité d'au moins six sur dix.

Beaucoup de ces troubles sont intriqués les uns aux autres, parce qu'ils sont liés : ainsi un manque de confiance est souvent associé à un manque d'estime de soi. Ceci entraîne dans la vie de tous les jours un mal-être souvent notable. Par manque de confiance en soi, on rate souvent et on en éprouve un sentiment de cupabilité…

Ces troubles sont à la fois la cause du TCA, dans certains cas et assez souvent la conséquence du TCA dans d'autres cas. Par exemple, le manque de confiance et d’estime de soi sont trois fois moins fréquents après la guérison que pendant l’anorexie mentale, la boulimie ou la compulsion. Un malade sur deux dit qu’il n’était pas comme ça avant !

Dans les TCA, le drame vient du fait que les causes et les effets s’entretiennent. C’est une pathologie autogénératrice !

1. Le mal-être

Ce sentiment que « ça ne va pas », qu’on est mal dans sa peau est fréquent en cas de TCA : d'après les études publiées, plus des deux tiers des malades s’en plaignent. Ce sentiment est surtout fréquent en cas de boulimie (85 % des malades) et de compulsion (70 % des malades). Environ une malade sur deux ou trois (selon les séries publiées) dit que son mal-être a précédé le TCA. Dans ce as, la pensée anorexique (maigrir toujours plus, se restreindre) a été une forme de solution au mal-être, une thérapie en quelque sorte ! Ceci explique que le traitement proposé par les thérapeutes leur fasse peur : pour ces personnes, le TCA est "protecteur" : c'est la solution que le cerveau a trouvé pour « gérer le mal-être ».

Le mal-être s’accentue au fil du TCA, du fait de la dénutrition et de ses troubles : fatigue, fatigabilité, crampes, douleurs, constipation, troubles de concentration… Le mal-être physique accentue le mal-être mental. La guérison fait régresser ces troubles, en partie ou totalement.

Dans la boulimie, le mal-être est alimenté par les vomissements et la peur de grossir liée aux crises alimentaires.

Dans la compulsion, le fait de grossir du fait des crises accentue le mal-être.

2. La culpabilité

Pour beaucoup de patients, le TCA a été au début une forme de gratification. Puis vient la culpabilité : on se sent en faute de ne pas assez maigrir, d’avoir repris un kilo, de ne pas assez suivre son régime, de se laisser aller ou de faire des crises… mais aussi de mentir, de dissimuler et de "tricher".

Ce sentiment d’être en faute peut même conduire à des comportements d'auto-mutilation ou d’un besoin de se faire du mal. Le TCA devient alors une solution, en ce sens qu’il serait "la punition nécessaire". Certains malades avouent qu'elles cherchent à se punir, à se faire du mal avec l'hyperactivité physique, les privations, les sorties dans le froid, les crises de boulimie, les vomissements… »

Au fil du temps, le TCA génère aussi de la culpabilité, chez beaucoup de patients, de faire du mal à leurs proches : ils se sentent coupables de faire subir leur anorexie ou leur boulimie à leurs parents.

Les patients se sentent également coupables de ne pas arriver à guérir.

Surtout et toujours, elles se sentent coupables… de manger et/ou de grossir.

Une partie de la culpabilité étant liée au TCA lui-même, on comprend mieux pourquoi la guérison apporte une diminution de la culpabilité.

3. La honte

C’est un sentiment négatif extrêmement fort et violent. La honte est le stade ultime du manque d’estime de soi ! La honte est une atteinte à sa propre valeur. C'est pire que la culpabilité. En effet, on peut expier une faute. Mais on ne peut rien faire contre la honte. La personne qui en souffre pense qu’elle est « peu ou pas digne d’exister ». Elle pense qu’elle n’a pas de légitimité à être là, sur cette terre, dans cette famille. Ce sentiment n’aide pas à se battre : « En quoi une personne aussi peu utile que moi mériterait-elle de se battre ? » disait Delphine. On entre « dans la honte » soit parce qu’un tiers nous « reproche » d’être soi, soit parce qu’on est mis à l’écart, à cause d’une différence (discrimination). Il est évident que le TCA produit de la honte puisqu’il écarte la personne malade des autres, "par sa faute". Cette personne qui fait souffrir ses parents du fait de sa maigreur (anorexie mentale) ou de ses crises (boulimie, compulsion) ne mérite pas de vivre.

4. Le besoin de contrôle

Ce qui le pilote ce besoin, c’est la peur. Plus on a peur, plus on se sent en insécurité (que cette peur soit réelle ou imaginaire). Or l'insécurité pousse à chercher le contrôle. Plus on est sûr de soi, plus on sait qu’on pourra s’adapter au changement. Plus on est angoissé, plus on pense qu'on ne le pourra pas.

La difficulté, concernant un trop fort besoin de contrôle, c'est que, dans la vie, on a plutôt peu de contrôle sur les gens, les choses et l’avenir ! On ne maitrise ni sa vie, ni les autres, encore moins les éléments (catastrophes) et les évènements indésirables (attentats).

La bonne attitude est de se dire qu’on peut avoir un certain contrôle, mais qu'il est limité. La maitrise totale est inaccessible. En bref, tout ira de travers si la personne pense que l’absence de contrôle des choses et des gens conduit forcément à la catastrophe. Cette personne se sentira en insécurité. Elle sera angoissée et aura le sentiment que les choses et les gens se retournent contre elle. L’idéal, en fait, est d’anticiper au mieux les difficultés, de développer des « plans B » et de se réadapter en fonction des situations en ayant un œil ouvert sur son environnement. À titre d’exemple, on ne peut pas contrôler le risque d’inondation, mais on peut l’anticiper de telle sorte que l’inondation fasse moins de dégâts.

Les malades qui souffrent de TCA ont un fort besoin de contrôle. Bien sûr, ce besoin est évident pour tout ce qui concerne l’alimentation et le poids, mais ce n'est pas le seul lieu de contrôle. Souvent, les patients cherchent inconsciemment à contrôler leurs proches, la cuisine, les vacances, le menu au restaurant… Ce besoin de contrôle est souvent vécu comme « épuisant » par les proches et par les malades eux-mêmes (elles-mêmes).

Il s’atténue fortement à la guérison.

5. Le perfectionnisme

Il pousse la personne à pesner que si tout n’est pas parfait, rien ne va plus : si elle n’atteint pas à l’excellence, si elle n’est pas première de la classe, elle ne mérite pas son succès. Il est vraisemblable que ce sentiment vient de la peur de ne pas être aimée et du sentiment qu’on est illégitime. Le problème est que ce perfectionnisme dysfonctionnel pousse la personne à se perdre dans les détails. Elle manque de profondeur de vue, son regard ne porte pas assez loin. Elle ne se sent plus à la hauteur ! Un excès de perfectionnisme est contre-productif

Le besoin d’être parfait nuit à l’action. Pendant la maladie, les patients ne sont pas vraiment perfectionnistes. Ils veulent l’être, pour pouvoir contrôler (les choses, leur avenir), mais ce faisant, ils oublient l’essentiel. C’est donc contre-productif.

6. La psychorigidité

Cette forme de rigidité est handicapante. La personne pense en permanence que si les gens et les choses ne sont pas exactement comme elle pense "qu'il faut qu'ils soient", ça n’ira pas. Cette pensée conduit au besoin de contrôle. La personne imagine des scénarii concernant des situations, des personnes ou son travail. Si les choses ne sont pas conformes à sa pensée, elle est déstabilisée, angoissée. Pour elle, « les choses doivent être ainsi et pas autrement ». Le « cerveau psychorigide » n’admet pas la contradiction, comme si la nuance ou l’adaptation le mettaient en danger. Ces personnes manquent de souplesse, que ce soit en groupe, en famille, entre ami(e)s ou au bureau. Elles sont peu capables de prendre en compte l’opinion des autres et peinent à évoluer. Derrière la psychorigidité, il s’agit de se rassurer en contrôlant son territoire et en imposant sa marque. Cette psychorigidité induit aussi un besoin de stabilité et de répétition immuable des choses et des situations. Elle pourrait expliquer, par exemple, la fréquence des troubles obsessionnels et compulsifs (TOC) dans les TCA (15-25 % des cas). Cette psychorigidité est également responsable d’une angoisse face au changement, voire d’une peur panique de l’avenir.

Elle nuit au traitement… mais est nettement réduite par la guérison.

 

Publié en 2017