Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie Boulimie Compulsions
Définitions, physiopathologie, épidémiologie et maladies associées
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Boulimie en trois mots


Pr Rigaud, Nutrition (Dijon)

1. La boulimie, c'est quoi ?

La boulimie se définit comme le besoin compulsif de manger puis de s'en débarrasser. Il y a donc une crise alimentaire et, dans le même temps, un vomissement provoqué, car il est tout à fait impossible de garder ce qui vient d'être "ingéré".

On parle de boulimie quand le trouble du comportement alimentaire (TCA) dure depuis plus de 3 mois et s'accompagne de comportements dits "compensatoires", mis en place dans le but de se débarrasser des aliments qui sont consommés ou viennent de l'être. Il y a des malades qui font des crises bien séparées des repas et d'autres dont les crises suivent les repas.

 

 

1.2. Se débarrasser

Dans 9 cas sur 10, la crise de boulimie s'accompagne de plusieurs vomissements provoqués et d'un fort sentiment de perte de contrôle. Les malades peuvent vomir 3 à 4 fois pendant chaque crise. 

Dans la boulimie, il y a donc une double compulsion (besoin incoercible) : celle de "bouffer" et celle de vomir. C'est une véritable addiction comportementale : on veut ne pas le faire, y échapper et on le fait quand même. Au fil de la journée (souvent les crises sont le soir), on se met à y penser, puis on ne pense plus qu'à ça, puis on fait la crise, puis on cherche à la cacher…

La boulimie demande donc une grande organisation : tout est sous contrôle, sauf la crise !

1.3. Pensée anorexique

Dans plus de 9 cas sur 10, la personne qui souffre de boulimie a la même pensée que la malade qui souffre d'anorexie mentale. Comme dans l'anorexie mentale, et de façon aussi intense que dans l'anorexie mentale, il y a une forte peur de grossir, un fort besoin de maigrir, une importante restriction aux repas, des sauts de repas, une énorme peur de manger au repas, de manger "trop" ou de manger "trop gras" et, pour finir, un besoin compulsif d'hyperactivité physique (30 % des cas).

La personne qui souffre de boulimie se "voit anorexique", "se pense anorexique" et "se vit boulimique". Elle pense exactement comme une personne qui souffre d'anorexie mentale et fait, chaque jour, exactement le contraire de ce qu'elle pense… c'est à dire exactement ce qu'elle déteste le plus. Elle a chaque jour, le comportement le plus horible, le plus honteux, le plus terrible, le plus angoissant : la crise de boulimie.

Donc, la personne qui souffre de boulimie vit un enfer. Souvent, elle banalise. Donc, il faut être capabe de lui dire qu'on sait qu'elle souffre !

Les patientes ont le sentiment d'avoir perdu tout contrôle et, donc, elles cherchent absolument à avoir le contrôle : plus elles "crisent", plus elles ont peur de manger et de grossir, plus elles se restreignent aux repas… plus elles crisent !!.

1.4. Origine

Le plus souvent, le starter de la boulimie, c'est le régime :

  • Soit le régime qu'on s'est imposé en tant que personne souffrant d'anorexie mentale
  • Soit le régime hypocalorique qu'on a suivi pour perdre quelques kilos.

On se restreint, on crève de faim, on fait une crise, on ne se supporte pas, on la vomit !

Mais si le régime est le starter de la boulimie, il n'en est pas la cause pour autant ou plutôt pas l'unique cause :

Avant le régime, il y avait ce mal-être (ce malaise psychique) qui explique en partie pourquoi la personne s'est mise au régime.

Il a pu s'agir de dépression, de stress ou d'un traumatisme passé qu'on ne "digère pas".

La future malade ne se sent pas bien. Elle peine à en parler. C'est la boulimie qui va parler à sa place.

1.5. Métaphores

Il y a cette idée, en tout cas chez certaines, de "se remplir" et de "se vomir".

« Rien ne me remplit vraiment », « je suis pleine de vide », « je me vide de ce trop plein que j'ai en moi », telles sont les phrases employées le plus souvent par les personnes qui souffrent de boulimie.

« Comment en effet évacuer cette souffrance, ce trop plein de souffrance qui me gonfle ».

Il y a aussi parfois la culpabilité et la honte : c'est un peu ça qu'on vomit (certaines patientes, pas toutes).

1.6. Complications

La boulimie est un trouble sévère :

Complications somatiques : hypokaliémie, déshydratation, alcalose métabolique, troubles du rythme cardiaque, troubles digestifs (reflux gastro-oesophagien, constipation, ballonnements), pertes dentaires et altérations gingivo-dentaires en rapport avec les vomissements sont les plus fréquentes.

La dénutrition est la règle : c'est une dénutrition à poids normal, mais qu'il est utile de prendre en compte et de traiter.

Co-morbidités psychiatriques : troubles du sommeil, troubles de l'humeur (bipolarité a minima, état dépressif, irritabilité), anxiété, dépression, troubles obsessionnels compulsifs, addictions associées (alcool, cannabis, tabac avant tout) et tentatives de suicide ne sont pas rares. Certaines sont même fréquentes : troubles du sommeil, anxiété, état dépressif, pensées suicidaires.

2. Le traitement

Le traitement est multidisciplinaire :

Approche nutritionnelle :

  • L'approche diététique comportementale a fait la preuve de son efficacité : ré-introduction des repas et des aliments protéiques, travail sur la variété et la sensorialité (études cas-témoins),
  • La prescription de compléments nutritionnels non énergétique est souhaitable (vitamines liposolubles [A, D, E], calcium, fer, tryptophane, tyrosine, oméga-trois…) (pas d'étude),
  • La nutrition entérale exclusive par sonde nasogastrique a fait la preuve de son efficacité dans les cas de boulimie sévère (avec plus d'une crise/jour) (études randomisées),

Côté "Psy" :

  • La thérapie cognitive comportementale a fait la preuve de son efficacité (études randomisées), la PNL et la thérapie en pleine conscience aussi (études sans groupes contrôles),
  • Trois types de médicaments ont prouvé leur efficacité contre les crises de boulimie : les antidépresseurs sérotoninergiques, deux anti-épileptiques, un myorelaxant (études randomisées).

3. L'évolution

Il faut distinguer rémission complète (plus de crises depuis une semaine), rémission partielle (diminution d'au moins 50 % des crises) et guérison (plus du tout de crise depuis plus de 6 mois, plus de pensée de type anorexie mentale, alimentation aux repas équilibrée, variée et non restreinte).

La rechute (réapparition des crises) s'observe chez les trois quarts des malades : donc, la rechute est la règle. Il ne faut ni s'en inquiéter, ni culpabiliser.

La guérison s'obtient dans 60-65 % des cas. Mais il faut du temps.

4. La boulimie en quelques chiffres

  • 95 % de femmes : La boulimie vraie (crise compulsive alimentaire + vomissements) touche quasi exclusivement le sexe féminin : plus de 95 % des malades sont des jeunes filles ou des jeunes femmes.
  • Début à l'âge de 15-25 ans : La boulimie commence entre 15 et 30 ans dans 75 % des cas.
  • Régime avant : 60 % des cas : La boulimie suit de près un régime pour maigrir dans deux tiers des cas.
  • Anorexie mentale avant : 60 % des cas : 15-20 % des malades sont passées par l'anorexie mentale vraie avant.
  • Pensée anorexique : 80 % des cas : 80 % des malades souffrant de boulimie parlent de pensée anorexique avant le début de la boulimie (peur de grossir, besoin de maigrir, rejet du gras et des calories…).
  • Souffrance psychique : 2/3 des malades : 30 % des malades se disaient dépressives avant la boulimie, 35-40 % se disent dépressives pendant et prennent un médicament antidépresseur, 40 à 60 % sont hyper-anxieuses.
  • ATCD de traumatisme : 10-20 % des cas : Des ATCD de traumatisme mental (harcèlement), physique ou sexuel sont 3 fois plus fréquents dans le passé des personnes qui souffrent de boulimie.
  • Guérison : 60-70 % des cas : Une rémission est obtenue chez 80 % des malades. A terme, la guérison est le fait de deux tiers des malades environ.

 

Publié en 2020