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Lettre à une petite anorexique

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Si je devais t’écrire, ma grande, voici les mots que je t’écrirais...

Avant tout, je dois te dire deux choses. Voici la première : tu n’es pas responsable de ta maladie, tu en es encore moins coupable. Est-on responsable d’avoir une angine ? Ou bien d’avoir la grippe ? Non, n’est-ce pas ? Eh bien, voilà, c’est dit, tu n’es pas responsable de ton anorexie. Cette maladie t’est tombée dessus comme une pluie soudaine. Bon, tu devais la couver depuis un peu, ou même beaucoup de temps, tu avais vu les nuages arriver. Tu t’en étais certainement aperçue depuis un petit moment, pas vrai ? Mais, peu importe, pour l’instant, elle t’est familière, elle t’accompagne jour après jour, comme un vêtement que l’on porte et que l’on ne sait pas enlever. Ce vêtement, tu ne sais plus vraiment quand tu l’as mis, il te semblait joli au début. « Ah, voilà la vraie moi », as-tu peut-être pensé ? Puis le regard de tes amis, de ta famille, de tes parents, des autres a changé ; on a commencé à te regarder fixement, on ne lâchait pas du regard ce vêtement. Voilà qu’il est trop étroit, cet habit, tu t’es sentie différente dedans, on t’a regardée comme différente. Tiens, c’est un peu chouette d’être différent dans le regard des autres. Au début, tu as résisté un tout petit peu, tu t’es accrochée à cette différence, tu en as même été un peu fière ; être différente, ce n’est pas être transparente ; oh, tiens, on me voit différemment ! Mais ce regard est devenu un peu trop insistant, non ? Mais laissez-moi tranquille, je suis comme ça, voilà. Puis, tu as vu de l’inquiétude dans le regard de tes parents, de tes amis et cette fierté s’est défaite, étrangement. Qu’est-ce qu’il a donc, ce fichu vêtement ? Il me fait du mal ? Ah bon ? Mais je croyais que c’était moi... Comment je peux l’enlever maintenant ? Il faut vraiment que je l’enlève ?

La deuxième chose, c’est que tu ne pourras réellement guérir que si toi et toi seule le décides. Oh, pas seulement, si tu le sens, si tu le désires au plus profond de toi même comme la bouffée d’air que l’on inspire après une longue apnée. Décider est un bien grand mot ; on peut vouloir décider et rien ne change. Tu le sentiras : tout à coup, quelque chose en toi, une étincelle, un appel, un éblouissement, quelque chose de lointain qui remonte vite à la surface, comme un cri caché depuis des années. Là, tu sauras que ça y est, tout ton corps et tout ton esprit sont enfin en harmonie et veulent guérir. Tout ton corps, c’est important. Pour l’instant, tu ne sais pas quand ni comment. C’est normal, tu es au début d’un long chemin, chaque chose en son temps. Tu sais juste que tu as une maladie et qu’elle fait partie de toi. On ne lui dit pas « Ouste ! » à cette grande dame squelettique : elle est délicate ; il faut l’apprivoiser et la comprendre.
Tu es donc seule pour guérir, mais cela ne veut pas dire que tu es seule. On est là. Oui. Tes amis. Ta famille. Tu sais ce que cela signifie d’être seule, tu l’es terriblement, non ? On est là. Comme l’orchestre autour du violoniste qui se lève pour faire un solo.

À présent, écoute, voici les cinq pistes que je souhaite te donner.

Pour guérir, tu ne dois pas être forte. Non. Tu es déjà très forte, non ? Forte pour porter cette maladie, forte pour continuer à sourire, forte pour te montrer si pleine de vie alors que tu te sens si vide. Pour guérir, tu dois accepter d’être fragile. Toi, la lame inflexible, pure et fine, quelle est ta fragilité ? Sais-tu qu’en la trouvant, tu trouveras aussi ta plus jolie force ?

Pour guérir, tu ne dois pas contrôler, peser, décider, calculer, gérer, ordonner, trancher. Non, tu dois laisser aller, librement, laisser couler. Laisser tomber, laisser vivre. Dénouer petit à petit les nœuds de ton corps et de ton esprit, les laisser s’étirer dans tous les sens, défaire mentalement tous ces cadres rigides, tous ces pliages étriqués qui te rassuraient dans ce monde logique et droit qui était le tien. Laisse-toi vivre, abandonne-toi aux mains de la vie.

Pour guérir, il va falloir accepter de te regarder, là, bien droit dans les yeux. Au plus profond de toi. Tu n’es pas transparente. Tu es jolie, vraiment. Il va falloir que tu apprennes à être en paix avec toi même, que tu apprennes à t’aimer. Tu es précieuse, comme l’air qu’on respire.

Pour guérir, tu vas devoir réaliser que tu es utile. Tu es présente sur cette Terre, tu as reçu le cadeau de vie et tu l’honores tous les jours lorsque tu souris. Dans le grand puzzle du monde, tu as ta place. Toi, la petite pièce cachée. Mais, sans toi, sais-tu que le dessin du puzzle ne serait pas complet ?

Pour guérir, il va falloir redécouvrir le plaisir. C’est un grand mot, n’est-ce pas ? Le plaisir de vivre, de manger. Parce qu’on parle bien de manger, pas vrai ? Le plaisir de croquer, d’avaler un gâteau sucré sans penser à le vomir, à moins manger ensuite, sans se sentir coupable et honteuse. Il va falloir devenir légère. Véritablement légère. Ton corps est léger comme une plume, mais la maladie est très lourde. C’est étrange d’être si léger et si lourd à la fois, de se vouloir si léger et de se sentir si lourd. Voilà qu’il n’est plus seulement étroit, ce vêtement que tu portes, il pèse terriblement.

Voilà, ce sont les cinq pistes que je voulais t’offrir.
Ah, un dernier truc, mais il est important. Grossir, prendre du poids n’est pas une défaite, une humiliation. Une sale chose qui te fait pleurer, qui te fait enrager. Au début, le poids que tu vas reprendre va faire plaisir à ton entourage, mais toi, tu vas le détester. « Je n’en veux pas, je ne veux pas de ces grammes. Moi qui suis tranchante comme une lame, pure et claire comme l’air, je ne veux pas de ces rondeurs ». Tu en pleures parfois de voir que ton corps se modifie - en réalité, si peu, mais c’est déjà beaucoup - tu en pleures de dépit, de rage. Si tu ressens cela, c’est que tu commences tout juste le chemin de ta guérison. Pour l’instant, tu es seulement colère. Tout ton esprit refuse ce poids. Puis, un jour, tu vas comprendre que ton corps s’épuise, tu vas le ressentir. Oh, tu ne vas pas le comprendre dans ton esprit, mais dans ton corps. C’est lui qui va te parler et te le faire comprendre. Ton esprit est très fort, mais ton corps aussi ; il ne t’en a rien dit avant, il ne le pouvait pas, tu le contrôlais bien trop. Mais il arrive un jour où il prend enfin le dessus, il ne peut plus se taire. Il se manifeste, fortement. Tu es têtue, tu vas réagir comme d’habitude, en contrôlant, en maîtrisant. Mais ce contrôle n’est plus efficace. Cela ne marche pas. Te voilà désemparée. Alors, tu écoutes. Tu ressens, enfin, ton corps. Ouille, il a faim ce corps, il a une soif plus forte que celle de tous les déserts du monde. Tout à coup, les choses s’éclairent. Manger, mais pas pour grossir. Manger, pour vivre. Manger pour prendre soin de ton corps. Peut-être ressentiras-tu peu à peu la sensation de faim, mais non plus comme une sensation gênante que tu savais vaincre par la force de ton esprit, le sourire aux lèvres, mais comme une douce envie, comme une légère gourmandise qui se réveille. Ton esprit va se révolter un peu, bien sûr, mais ton corps sera bien là : « Laisse-toi vivre » va-t-il souffler doucement et tu vas sentir que tu as envie de l’écouter. Tu vas réapprendre à dire que tu as envie, que tu aimerais bien, que cela te ferait plaisir... tout doucement, avec un peu de gêne au début - cela fait si longtemps ! - avec plus d’aisance ensuite, avec un peu de fierté enfin.

Voilà ce que je voulais te dire...
 

Publié en 2014