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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

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Un papillon né pour la vie

papillon.gif Un papillon est né, pour la vie

L'anorexie fut ma plus grande ennemie. Bien avant, elle fut pendant longtemps ma seule amie. Cette intruse m'a envahie à peine entrée dans l'adolescence. Je me sentais bien seule dans mon petit coin, quand soudain, une petite voix m'a parlée. Elle m'a d'abord abordée, apaisée, attendrie pour mieux m'apprivoiser et me dominer par la suite.

Au départ, je me sentais libre. Maigrir me faisait le plus grand plaisir, je me sentais devenir plus forte face au monde hostile que j'affrontais tous les jours. Mais ces kilos que je perdais ne me permettaient que de mieux m'effacer de ce monde que je n'osais en fait affronter. Je me suis faite de plus en plus petite au point de ne plus me voir exister. J'ai attiré les regards, tous les regards, sauf les vôtres, vous qui viviez avec moi, vous mes proches pour qui je voulais tous ces regards, les vôtres, les miens, à l’infini. A vous s'adressaient mes appels muets, mes souffrances sous-marines. Et pourtant, j’ai cru les crier si haut et si fort durant tant d’années ! Tant d’années à attendre un peu d'attention, de reconnaissance, d'amour et d'aide.

Mon hospitalisation ne vous a pas aidé à comprendre, elle nous a encore plus éloignés. Cette hospitalisation faite de tant de contraintes et de frustrations. Pour essayer de sortir de cette période douloureuse, je me suis inventée une nouvelle personne, souriante et dynamique mais pleine de larmes à l'intérieur.

Cette image, j'ai pu la tenir pendant des années. Les études, le travail, le sport et tout ce qui pouvait m'occuper, pour ne jamais m'arrêter, m'ont fait tenir.

Vous, mes parents, mes proches, ne vous êtes-vous jamais rendu compte à quel point j'étais prête à aller loin pour obtenir autre chose ! De l’amour je crois « Pourtant je n’ai manqué de rien, disiez-vous ! » La communication ne passait jamais que par la nourriture ou par la boisson : quand on a la bouche pleine, on ne parle pas. Moi, je ne mange plus et je n'arrive plus à parler, à vous parler, il ne me reste que le vide, la solitude, la destruction. Me rassurer, c'était m'effacer de ce monde où plus rien ne me retenait. Seul, mon compagnon aura réussi à vous obliger un peu à vous intéresser à mes « petites » souffrances et non à les juger. Non, ce n'était pas un petit caprice, j'avais besoin d'amour et d'attention : je voulais du jaune et du bleu, de l’orangé rouge et du violet pourpre. Mais toi, mon Papa sénégalais, tu me voulais noire et toi, ma mère normande, tu m’espère toujours plus blanche. Cette fille couleur café, vous ne l’avez parée d’aucune couleur, jamais vous ne l’avez faite scintiller au soleil de votre tendresse.

Lorsque j'ai rencontré mon ami, Jacques, à 23 ans, la façade de 10 ans, que je croyais pourtant bien solide, s'est effondrée. Les briques sont tombées une à une, laissant à nu mon corps de « grande bringue ». Les douleurs physiques et morales sont arrivées, ne laissant qu'un petit tas de poussières qu'une rafale de vent a emporté.

Là, il ne restait plus rien que mes pensées négatives et l'envie d'en finir de tout ce mal. J'ai eu l'impression de mourir. Je ne pouvais plus vivre, je n'en étais pas capable, je ne l'avais jamais été. Je me blâmais sans cesse pour tous mes actes. M'autoriser de manger, c'était m'autoriser à vivre, à aimer, à être aimée. Chaque bouchée que j'avalais me dégoûtait, je n'y avais pas droit, rien de ce monde je ne méritais. Je pensais avoir fait tant de mal à mon entourage, je me sentais coupable de tout ce qui était arrivé. J'ai perdu tout respect pour mon corps : noir de saleté, jamais blanc de pureté.

Heureusement, il y eut Jacques. Et encore Jacques. Sous la tendre détermination de son amour, particulièrement attentif à mes moindres faiblesses, j'ai commencé à effacer petit à petit, une à une, ces pensées destructrices. Il a suffi d’un mot. Un jour, je me souviens, il pleuvait. J’avais froid (comme toujours). Il a dit « Papillon, viens contre moi ». Une flamme s’est éveillée en moi. Elle n’est jamais morte depuis. Elle veille sur moi.

Au nom de l'amour, j'ai décidé de ne plus me mentir, de ne plus lui mentir, de ne plus vous mentir, de ne plus chercher ailleurs le nom d'une maladie du corps. Elle s’appelait anorexie. Elle avait trouvé une compagne de lutte : elle s’appelait boulimie. J'avais peur. Je le lui ai dit. De sa voix un peu rauque, il m’a dit « Peur, c’est raisonnable. Moi aussi, j’ai peur. Pour toi, pour nous… Pour moi. Alors, c’est pour ça que NOUS allons nous battre. Tu veux ? ». J’ai voulu. Très fort. Lui est resté, il est toujours à mes côtés.

La deuxième étape était d'obtenir un soutien médical. Je suis donc allée trouver mon médecin pour lui dire "je suis anorexique, je ne sais pas comment je vais m'en sortir, j'ai besoin d'aide".

La troisième étape était de faire la même chose vis-à-vis de la psychologue. Ainsi une petite structure d'aide s'est mise en place. Nous l'avons complétée par des séances de kiné-massages, de réflexologie, et aussi des conseils d'un nutritionniste.

Mais une des choses qui m'a le plus aidée durant toute cette période de reconstruction, c'est d'écrire. Écrire tous les jours mes sentiments, mes mauvaises pensées, toutes ces petites choses qui me trottent sans cesse dans la tête et qu'il faut que j'arrive à exprimer pour me libérer un peu. Au départ, je ne suis pas arrivée à me remettre à manger, à accepter la nourriture qui doit me faire vivre, quelque chose m'empêchait encore de ne plus me blâmer pour avoir pris soin de moi.

C'est alors que j'ai décidé de parler à ceux qui m'avaient fait du mal, à prendre mes distances avec eux. C'est alors que j'ai enfin réussi à mettre une cuiller en plus de ceci, quelques grammes en plus de cela. J'avais un poids en moins sur la conscience, et cette légèreté retrouvée m'a permis d'avancer.

Maintenant, petit à petit, j'arrive à franchir toutes ces petites frontières qui me séparent encore de moi-même, de ce que je suis et non ce que je dois être, de ce que je fais et non que je dois faire, de mes projets et non ceux des autres. Aujourd'hui, je ne me sens pas encore guérie, mais sur la voie de la guérison. Peu importe que cela prenne encore quelques mois ou quelques années, la lutte va continuer jusqu'à ce qu'enfin, je me sente à nouveau en totale liberté, en confiance et en harmonie avec mon corps.

Que je me suis détestée durant ces dix dernières années ! Aujourd'hui, j'essaie de m'aimer jour après jour un peu plus. Ce n'est pas évident, mais ça aussi ça s'apprend, pas à pas.

Mon plus grand souhait serait de pouvoir transmettre cette petite flamme d'amour à d'autres bougies qui à leur tour en allumeront d'autres.

Papillon

 

fleur4.gif Quel bonheur, ça pétille : je sors de ma bulle

Ce soir, pleine d'espoir, je me suis mise à ma fenêtre, histoire de regarder la vie des autres sur le macadam. Il y avait un petit garçon qui a fait une bulle de savon qui s'est mise à monter, à monter. Elle était énorme. Irisée. Lisse et pleine de vide mais le vide, ce n'est pas du vide, c'est aussi de l'air, de l'oxygène. Sa "peau" se faisait de plus en plus fine... elle est restée un bon moment...et puis, elle a explosé. Et là (ici), dans le premier matin du monde, j’ai réalisé : la bulle, c'était la maladie, elle avait grossi jour après jour jusqu'à ce qu'on ne voit plus qu'elle, emprisonnant tout mon oxygène et puis, au fil du temps (surtout ces deux dernières années!), elle était devenue de plus en plus fine...et l'espoir, maintenant, c'est qu'elle ne va pas tarder à exploser, laissant derrière elle des particules si fines qu'on n'en parle déjà plus. Juste le souvenir reste, et moi, je respirerais à nouveau tout ce qu'elle avait emprisonné. Ma bulle est encore soupçonnable, sa peau (de chagrin?) s'étiole de plus en plus. Ce soir, j'ai envie de croire que tout est possible. Et au fond de moi, je le sais; la bulle-imie s'envole,...jusqu'à, lentement mais sûrement, disparaître.

A bientôt, Céline-sourire !

Un soir de mai (et en mai, on fait ce qui nous plaît...)

Céline

 

fleur5.gif L’œil du cyclone

Manger n’a rien d’exceptionnel. Les gens heureux non plus parfois ! Dans l'anorexie, on se fabrique ce manque de manger. On mange ce rien et ainsi on se crée notre exceptionnel : manger devient un acte exceptionnel!! Qu’il est difficile de sortir de cette logique : plus on attend le repas avec untel, plus on en attend et plus on le redoute. Peut-être faut-il se dire que ce n'est qu'un repas parmi d’autres ! Car, à force d’attendre l’exceptionnel, on finit par se réfugier dans le fantasme du manque qui, moins on lui donne du corps, plus il nous nourrit.

Il y a une autre comparaison qui me vient à l'idée pour expliquer ce "refuge dans la souffrance" dans les troubles du comportement alimentaire, c'est celle du cyclone : paradoxalement, c'est au cœur du cyclone que les vents sont quasi inexistants, alors qu’en périphérie, ils tourbillonnent avec la plus grande violence, et de plus en plus fort.

C’est là la source : j'ai l'impression que lorsque j'étais au cœur de la maladie je ne sentais pas la souffrance, sa violence. Mais, lorsqu’on essaie de sortir, les vents redoublent. C’est pourquoi ça fait le plus mal. On se rend compte des ravages pour soi et pour nos proches. Quand j'étais au cœur de "l’œil" du cyclone, c'est là que je me suis sentie le plus aveugle !

Il faut sortir, je n’ai plus le choix, trouver l’armure et sortir.

Claire-Estelle