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Systèmes de récompense

Pr D. RIGAUD - Président d'Autrement

Tous les humains savent ce qu’est une récompense. Pour beaucoup de gens, la récompense est une chose qui va de soi. Les adultes par exemple basent tout le temps l’éducation des enfants sur des systèmes de récompense. Les enfants comprennent cette idée très bien et adhèrent en règle à un tel système. On peut dès lors se poser la question de savoir pourquoi la récompense est un concept évident pour tout le monde ?

La réponse est en fait assez simple : la récompense est aisément compréhensible, parce que le cerveau fonctionne de cette manière depuis des temps immémoriaux. Le système est en place chez l’animal depuis bien longtemps. Il est facile à mettre en évidence chez des mammifères comme le singe, le rat, la souris, mais aussi le cheval, le chien, le chat : lorsqu’on veut leur faire faire un tour, un exercice, on leur propose ensuite un cadeau, à savoir une carotte et un mot gentil. La répétition de la séquence « action-gratification » donne la notion de récompense : je fais quelque chose qui ne me fait pas plaisir et je reçois en échange quelque chose qui, elle, me fait plaisir. Cette connaissance de ce qu’est la récompense existe aussi chez les oiseaux. L’organisme, même sans l’intelligence attribuée à l’homme, sait ce qu’est une récompense. Son cerveau l’a appris bien avant l’homme. Le nouveau-né le sait déjà, bien avant que les choses ne soient claires pout lui. Pour mieux comprendre ce qui se passe, il faut faire un peu de physiologie.

Un enfant nouveau-né est totalement dépendant de celle ou celui qui le nourrit : il doit donc être attentif à exprimer un sentiment qui favorise l’allaitement par le nourrisseur. Il doit s’arranger pour être accepté par le nourrisseur. Il doit donc être aimable : s’il donne à voir de l’amour, de la joie, il a plus de chance d’être nourri que s’il boude ou est en colère. L’enfant apprend donc à être « gentil pour être nourri ». Etre nourri est sa récompense, la récompense primordiale, suprême, répétée. Certains chercheurs pensent d’ailleurs que l’enfant très petit (quelques semaines) possède déjà le reflexe de « sourire » pour être récompensé par du lait. Il ne s’agirait pas de l’expression d’une émotion, mais d’une physionomie stéréotypée déclenchée quand quelqu’un qui le nourrit s’approche.

On estime actuellement de plus que le nourrisson perçoit le lait comme étant légèrement sucré. Même si c’est inexact, il faut savoir que le lait contient du lactose et que ce lactose est très rapidement découpé en glucose dans l’estomac et le début de l’intestin, notamment chez le nouveau-né. Or le glucose est l’aliment qui apporte le plus de « soulagement » à la détresse physiologique qu’est le manque d’énergie, détresse que le cerveau manifeste en donnant la sensation de faim. En d’autres termes, les aliments qui permettent une libération rapide de glucose sont très vite perçus comme un soulagement de la détresse, c'est-à-dire de l’angoisse ressentie du fait du manque d’énergie disponible : j’ai faim, c’est une sensation désagréable, anxiogène et on me nourrit, ce qui est une sensation doublement agréable (on comble mon déficit en énergie et c’est sucré). Ceci explique pourquoi le sucre donne autant ce sentiment de plaisir et ce à tant d’animaux, y compris des animaux qui ne connaissent pas a priori le sucre dans leur alimentation (les chevaux par exemple adorent le sucre).

Un cerveau est composé de milliards de cellules spécifiques appelés « neurones ». Ces neurones communiquent entre eux. Ils doivent par ailleurs fonctionner ensemble, dans un « projet commun ». Il est donc utile qu’ils soient « cyclés » par un évènement fort : l’acte de manger en est un, permettant aux neurones de recharger leur batterie (en fait, effectivement, le repas recharge les neurones en énergie, ce qui permet la transmission électrochimique).

Un autre aspect du fonctionnement des neurones, c’est l’existence d’un niveau d’ambiance général, commun à tous les neurones. Comme le ralenti d’un moteur de voiture ou le bruit continu d’un moteur qui alimente une turbine. Les neurones, sans doute, répondent à ce niveau d’ambiance par un bruissement continu régulier, le niveau d’activité de fond. Si l’assertion est vraie, c’est un peu comme le pépiement continu de milliers d’oiseaux dans un arbre. Tous entendent la musique en continu. Qu’elle s’arrête et tous sont perturbés. Qu’il y ait l’idée de partir pour aller se nourrir et tous les oiseaux s’excitent gaiement. A l’inverse, qu’il y ait un danger et le chant se transforme en cri d’angoisse, qui se transmet à l’ensemble de la colonie. On peut faire l’hypothèse que c’est la même chose pour les neurones. Il y a une excitation stimulante et gratifiante, une excitation angoissante et une absence de fonctionnement déprimante et angoissante.

Pour se résumer, la récompense primordiale est d’être nourri. Le nourrisson fait tout pour l’être, à commencer par être aimable. Il fait donc quelque chose et il est nourri. Il fait alors le lien entre les deux, apprend qu’être nourri le soulage de l’angoisse de mort que représente pour ses neurones le fait d’être à jeun, en manque de glucose. Il est prêt à tout pour ceci, y compris à apprendre des choses qui ne lui servent à rien : ne pas pleurer, ne pas faire de saletés… C’est grâce à ce système qu’on apprend aux animaux des tours qui ne servent pour eux qu’à être récompensés.

Il y a deux types de récompense : la récompense immédiate, tirée directement de l’objet désirable. Une odeur agréable donne ceci : c’est « bon » tout simplement, « j’aime ». Il est aussi une récompense décalée, qui dépend d’une action à engager : une odeur alimentaire peut engendrer ceci : c’est bon et je vais en manger, ce qui oblige l’individu à mettre en place un certain nombre d’actions pour aboutir à en consommer.

On le voit, « j’aime » et « j’en veux » ne sont pas synonymes. Le premier n’implique aucune action, alors que le deuxième si. Le système initial s’est sans aucun doute mis en place pour gérer les nécessités alimentaires. L’homme ou l’animal « intelligent » a appris à agir de façon complexe pour se faire plaisir. En revanche, le plaisir qu’on n’a pas demandé est un plaisir seulement hédonique : ça fait plaisir. Le plaisir princeps, primitif, est passif : « c’est bon, ça me donne du plaisir » n’implique aucune action. L’individu ne fait rien. C’est archaïque et puissant. Dès lors qu’un individu doute (de lui, des autres), ce principe primitif, qui a fonctionné seul durent des mois, est remis en place de façon puissante. Ceci explique qu’un « coup de déprime » ou une vague d’angoisse conduise beaucoup de gens vers le garde-manger, le morceau de chocolat, le sucré.

Dans notre représentation cérébrale, le coup de blues est assimilé à l’angoisse du manque de nourriture du nourrisson à jeun que nous fûmes. La réponse est donc le sucre. Pourquoi le chocolat ou un gâteau plutôt que du sucre en morceau : sans doute parce que la sensation dure, ce qui n’est pas le cas du sucre de table. Le goût du sucré du chocolat dure plus longtemps en bouche que le goût du sucre en poudre.

Le plaisir actif dépend d’un apprentissage, à savoir l’idée qu’en faisant ceci ou cela, ça va aboutir à un plaisir. Ce plaisir va être même parfois « intellectuel » (le plaisir d’avoir bien travaillé par exemple). Pour autant, il fait en règle appel à une récompense. C’est parce que je sais que je vais obtenir quelque chose, que nait l’idée d’anticipation du plaisir, à savoir le désir. Il peut s’agir d’un désir une fois encore archaïque : le désir de manger quelque chose qui est bon, ou plus complexe, le désir d’aller au cinéma. Mais, dans tous les cas, j’attends de mon action la récompense qu’en est le plaisir. De manière physiologique (ce qui n’exclue pas qu’il y ait une autre dimension, philosophique), je fais plaisir à mes proches pour obtenir en retour du plaisir (un mot gentil, une caresse, un baiser, ou un morceau de chocolat. On voit bien qu’il y a des désirs archaïques et d’autres plus récents et plus complexes. Le plaisir alimentaire est de type archaïque, le plaisir du « travail bien fait » est plus complexe. Mais ils se fondent tous les deux sur l’idée de récompense, plaisir alimentaire étant une sensation sensorielle pure et le plaisir à faire « bien » un plaisir de type cognitif, c'est-à-dire intellectuel ou moral. Mais dans tous les cas, mon cerveau espère une récompense de nature hédonique, à savoir se faire ou se faire faire du bien. C’est sans doute pourquoi en Français, les mots « bon » et « bien » pour manger désignent à la fois le chocolat ou le gâteau et les 5 portions de fruits et légumes : le vin, c’est bon, les oméga 3, c’est bon pour la santé.

Un autre point doit être évoqué : lorsqu’un cerveau a un « bruit de fond » donné, c'est-à-dire fonctionne à un niveau d’angoisse (donc d’inconfort) donné, la réduction de cette angoisse va engendrer une sensation de joie, de bonheur. La joie, en d’autres termes, peut n’être seulement qu’un moindre inconfort pour le cerveau. Ainsi, face à l’inconfort que peut représenter une faim intense, le moindre bout de pain va paraître succulent. De même, un plat qui nous est servi alors que nous avons vraiment très faim, nous parait toujours très succulent… même s’il n’est pas très bon… et nous paraitra éventuellement plus fade si nous le consommons à la fin d’un repas copieux. Ceci pourrait bien expliquer le besoin qu’ont les malades anorexiques de se priver de manger. Pour un même aliment, la récompense augmentera !!! A l’opposé, la malade boulimique est devenue fortement dépendante de ce système de récompense : elle ne peut plus se passer de ce besoin de s’administrer seule la récompense…

Quels pourraient être les effecteurs de ce système de récompense ? On attribue la gestion de ce système aux circuits dopaminergiques : il s’agit de neuromédiateurs de la famille de la dopamine, neurohormone connue pour être « stimulante et excitante ». Il s’agit de circuits de communication entre des centres comme l’hypothalamus, qui gère la prise alimentaire, les hormones et d’une certaine façon l’humeur, l’area accumbens, un « centre cérébral » qui a pour fonction de « fixer » des comportements et le locus niger. La sérotonine, un autre neuromédiateur connu pour ces fonctions excitatrices et antidépressives, est sans doute aussi impliqué.

Conclusion
Le système de récompense est fondé par la récompense primordiale qui est d’être nourri. Le nourrisson doit, pour être « gavé » être aimable. Il apprend qu’être nourri le soulage de l’angoisse d’être « mort de faim », en manque d’énergie. Il est prêt à tout pour « reproduire » l’assouvissement de ce besoin y compris à apprendre des choses qui ne lui servent à rien d’autre qu’à être aimé. Cette récompense passe par l’activation de systèmes biochimiques impliquant la dopamine et la sérotonine.

Publié en 2010