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Intérêt du picolinate de chrome


Pr Daniel RIGAUD (Nutrition) - Dijon

On reparle dans les médias du picolinate de chrome comme solution au surpoids et à l'obésité. On trouve maintenant du picolinate de chrome à tous les prix, de 7 à 20 € (par mois de traitement).

On peut y lire que "ce produit est indispensable aux patients diabétiques et à celles et ceux qui veulent perdre du poids". On lit par ailleurs que les sportifs ont intérêt à en prendre pour "brûler les mauvaises graisses et optimiser les capacités physiques".

Qu'en est-il vraiment ? Mythe ou réalité ?

1. Qu’est-ce que le picolinate de chrome?

Le picolinate de chrome est un dérivé du chrome et de l’acide picolinique. Son intérêt a été mis en évidence la première fois chez des malades qui ne pouvaient plus s'alimenter autrement que par les veines (nutrition parentérale exclusive - NPE) : alors qu'on ne mettait pas de chrome dans les solutions perfusées, on a vu apparaitre un déficit en chrome et une forme inattendue de diabète, mais aussi un défaut de dégradation du LDL-cholestérol, une perte de masse maigre et une augmentation de la masse grasse, de la sensation de faim et des pulsions alimentaires et même une tendance à la dépression.

Plus trad, une étude scientifique (parue en 1997) a mis en évidence que, sous picolinate de chrome, des patients au régime hypocalorique pour surpoids avaient moins faim, mangeaient moins et perdaient un peu plus de poids que ceux du groupe non traité.

Apports et besoins : Les aliments qui contiennent du chrome sont nombreux : en effet, le chrome est contenu dans la terre et dans l'eau que pompe les végétaux. Ce sont les légumes et les fruits qui en contiennent le plus (4-6 µg/100 g), puis les viandes et les céréales (1 à 2 µg/100 g). La teneur des aliments n'excède pas 6 µg/100 g.

Les besoins internes de l'organisme en chrome sont de l'ordre de 0,2-0,3 µg (microgrammes)/jour. Or moins de 1 % du chrome ingéré avec nos aliments est assimilé (absorbé par l'intestin). L'apport utile est donc 100 fois plus élevé, soit au total 20 à 30 µg/jour, "ce qui n'est pas si facile que ça à atteindre avec une alimentation normale" (sic).

2. Qui devrait prendre du picolinate de chrome ?

C'est une excellente question. On a extrapolé les effets positifs indiscutables obtenus chez les très rares patients soumis à une NPE à l'ensemble de la population. On lit des articles comme (je cite) : « Le picolinate de chrome aide à contrôler l’appétit, à augmenter l’action de l’insuline dans le corps, à améliorer la captation du glucose et la circulation sanguine, ainsi qu’à réguler le taux de sucre dans le sang. Donc, prendre du picolinate de chrome donne un boost d’énergie, brûle les graisses et aide à la construction musculaire. De ce fait, le picolinate de chrome est parfaitement indiqué pour tous ceux qui cherchent à améliorer leur performance sportive. La présence du picolinate de chrome dans le corps aide à maintenir une hygiène de vie saine, faisant de lui un élément essentiel pour n’importe quel organisme » (sic).

2.1. Que répond la science ?

A ce jour, un certain nombre d'études scientifiques ont été réalisées.

Diabète : Le chrome est un oligo-élément cofacteur de l'insuline. En 2006, une étude chez le rat montre son intérêt (Wang ZQ et al. J Nutr 2006 ; 136(2) : 415-20). Une étude faite chez l'homme en 2015 fait état d'une moindre fréquence du diabète de type 2 chez les personnes prenant des compléments nutritionnels à base de chrome (McIver DJ et al. J Nutr 2015 ; 145(12) : 2675-82). Les auteurs ont demandé à 28.540 personnes adultes des deux sexes s'ils prenaient un complément nutritionnel qui contenait du chrome : 27 % en prenaient un. Ceux qui prenaient du chrome étaient moins souvent atteints de diabète de type 2 (non-insulinodépendant). Dans une analyse "multivariée" prenant en compte d'autres facteurs de risque (sexe, IMC, race…), la diminution, significative (P = 0,04), était de 17 % (la fréquence du DNID diminuait de 6,7 % à 5,7 %).

Dans une étude contrôlée en double insu, les auteurs firent 3 groupes de 46 patients atteints de DNID : un groupe était sous placebo, un groupe sous 500 µg/j picolinate de chrome et un groupe sous 1000 µg/j picolinate de chrome (Kleefstra N et al. Diabetes Care 2006 ; 29(3) : 521-5). Six mois plus tard, il n'y avait aucune différence d'HbA1c, de glycémies moyennes, de changement de dose d'insuline, de lipides sanguins ni de changement de poids entre les 3 groupes.

Une étude de Igbal et al (Metab Syndr Relat Disord 2009 ; 7(2) : 143-50) a porté sur 63 patients obèses ayant une altération de la sécrétion d'insuline (sans vrai diabète, glycémie moyenne 1,16 g/l) et un syndrome métabolique. Aucune différence de sensibilité à l'insuline ni de glycémie, ni d'autre élément du syndrome métabolique (HTA, triglycérides, HDL) n'a été constatée entre groupe picolinate et groupe placebo.

Une analyse de la littérature en 2015 (Yin RV et al. Nutr J 2015 ;14 : 14-22. doi: 10.1186/1475-2891-14-14) conclut que ni le picolinate de chrome, ni les autres sels de chrome n'améliorent l'HbA1c ni les glycémies moyennes dans le DNID et le DID. Sur 4 études irréprochables, 3 ne montrent aucun effet et la dernière parle d'un effet "positif mais modéré".

Cette analyse de la littérature est en contradiction avec une analyse antérieure (Broadhurst CL et al. Diabetes Technol Ther 2006 ;  8(6) : 677-87). Les auteurs concluent que 13 des 15 études qui ont testé le picolinate de chrome ont montré une amélioration d'un paramètre du DNID (glycémie, HbA1c, insuline, sensibilité à l'insuline).

Une analyse de la littérature, récente, va dans le même sens (Huang H et al. Mol Nutr Food Res 2017. doi: 10.1002 /mnfr.201700438) : pour ces auteurs, la compilation statistique des résultats des études publiées utilisables confirme que le picolinate de chrome fait baisser significativement l'HbA1c (de -0,54 %), les glycémies moyennes (de -0,18 g/l) et les triglycérides plasmatiques (de -0,1 g:l).

Pour conclure : Le picolinate de chrome n'est pas LE traitement de demain du diabète, mais il peut aider les malades qui ont une alimentation pauvre en légumes. Il ne faut pas en attendre des "effets spectaculaires" sur l'équilibre glycémique à moyen terme. On ignore son intérêt sur le risque de complications du diabète.

Perte de poids : Assez peu d'études sont disponibles.

L'étude de Trent NK et al (J Sports Med Phys Fitness 1995 ; 35(4) : 273-80) a porté sur 95 personnes en surpoids (âge moyen : 30 ans) engagées dans un projet de "fitness". Ces personnes qui prenaient du picolinate ont été comparées à un groupe de 105 personnes qui n'en voulaient pas. Au bout de 16 semaines de traitement (400 µg/j de picolinate), il n'y avait pas de différence de poids, d'IMC, de masse maigre, de masse grasse ni de performance entre les deux groupes.

Lukaski HC et al (Nutrition 2007 Mar;23(3):187-95) ont mené une étude chez 83 femmes obèses avec soit 200 µg/j picolinate soit placebo pendant 12 semaines. Il n'y eut aucune différence de perte de poids, d'IMC et de masse grasse.

De même, Diaz ML et al (J Nutr Biochem 2008 Jan;19(1):61-8) ont suivi 12 semaines 20 femmes en surpoids (IMC : 28,8 kg/m2) traitées soit par 400 µg/j picolinate soit par placebo et suivant par ailleurs un régime à 800 kcal/j et aune ctivité physique soutenue. Il n'y eut aucune différence de perte de poids, de masse grasse, de baisse de la glycémie, de l'insuline et des triglycérides entre les deux groupes. De même, l'essai de Yiasaki Y et al (J Altern Complement Med 2010 Mar;16(3):291-9) a permis de suivre 80 femmes en surpoids pendant 24 semaines, soit sous picolinate (1000 µg/j) soit sous placebo. Aucune différence de perte de poids ou de masse grasse, de glycémie, d'HbA1c ne fut observée.

L'étude de Bahadori B et al (Acta Med Austriaca 1997;24(5):185-7) obtient un résultat différent. Les auteurs suivirent 36 patients obèses (IMC : 34 + 5 kg/m2) mis sous régime à 450 kcal/j (!) pendant 8 semaines puis à 1500 kcal/j pendant 18 semaines (total : 7 mois). Ils leur donnèrent, en double insu, soit du picolinate de chrome (200 µg/j), soit un placebo. Ils concluent que le picolinate permet de "maintenir mieux" la masse maigre (1,1 kg de perdus en moins) mais que le poids, l'IMC et la perte de masse grasse n'étaient pas différents.

Hoeger WW et al (Adv Ther 1998 ; 15(5) : 305-14) obtinrent des résultats similaires : ils traitèrent deux groupes de patients en surpoids (56 dans chaque groupe), soit par régime+act. physique+picolinate (1000 µg/j), soit par régime+act. physique+placebo pendant 8 semaines. Ils observèrent une perte de masse grasse plus grande (environ 1 kg) et un meilleur maintien de la masse maigre (environ 0,8 kg) que dans le groupe placebo. Il n'y avait en revanche aucune différence de perte de poids, d'IMC ou de suivi du régime.

Volpe SM et al (J Am Coll Nutr 2001 Aug;20(4):293-306) n'obtinrent, eux, aucun résultat positif. Ils traitèrent 44 patients obèses (22 dans chaque groupe) soit par 400 µg/j picolinate soit placebo pendant 12 semaines et ne virent aucune différence de perte de poids, de masse grasse, de masse maigre et de dépense énergétique ni prise alimentaire.

Que conclure ? La perte de poids et de masse grasse, quand on fait la somme des études, est un peu plus grande avec picolinate que sans : c'est de l'ordre de 1 kg (en moyenne 1,1-1,3 kg/8 semaines). La perte de masse grasse est réelle mais plus variable : -0,6 à 1,4 kg aussi sur 8 à 12 semaines. Il se pourrait que le picolinate de chrome permette d'épargner de la masse maigre (mais niveau de preuve faible).

Compulsions, prise alimentaire : Très peu d'études sont disponibles. Dans l'ensemble, elles ne sont pas probantes. La prise alimentaire n'est pas mieux contenue, les apports énergétiques et en lipides ne sont pas plus réduits. Quant aux pulsions, elles ont très mal été étudiées.

3. En résumé

L'avis de l'auteur est que le picolinate de chrome a un certain effet d'épargne sur la masse maigre, permet de réduire un peu la masse grasse et aide à la sécrétion d'insuline. Il semble être modérément efficace dans le diabète insulino-dépendant (DID), mais ne semble pas efficace dans le DNID.

La dose efficace semble être plutôt 800 µg - 1000 µg (1 mg) par jour. La durée du traitement idéal n'est pas connue, mais il n'y a pas de raison que les effets ne s'épuisent pas (puisqu'il y avait des carences en chrome après quelques mois (6-12 mois) de NPT. Rappelons aussi que le chrome est toxique à forte dose pris longtemps (ex. : 2 mg/j pendant 2 ans) sous sa forme hexavalente. Il ne faut donc pas le prendre "pour toute la vie", mais juste le temps du sevrage des crises compulsives (6-9 mois).

 

Figure 1 : Estimation de l'effet du picolinate de chrome, en sommant les études en double insu contre placebo

 

Publié en 11.2017

Légende : Résultats après un traitement d'au moins 3 mois avec une dose d'au moins 800 µg/jour. Ces résultats sont significatifs, mais à la limite de la probabilité 5 % du risque de se tromper