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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie mentale et boulimie Obésité et compulsions alimentaires
Définition et maladies associées
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Boulimie Compulsion : de vraies différences


1. Définitions 

Boulimie : La boulimie est définie par la survenue, au moins deux fois par semaine, de crises compulsives alimentaires, avec ingestion d'une importante quantité d'aliments, entrecoupées de vomissements et associées à un fort sentiment de perte de contrôle.

Compulsion : La compulsion-maladie (binge eating syndrome), c'est la survenue, au moins deux fois par semaine, de crises compulsives alimentaires avec le sentiment de perte de contrôle. La personne  mange beaucoup : ce n'est pas du grignotage.

1.1. Points de convergence

Il existe un certain nombre de points communs :

  1. Sexe : Il s'agit de deux TCA qui touchent avant tout les femmes de plus de 18 ans.
  2. Génétique : Des facteurs de prédisposition génétique sont retrouvés dans les 2 cas.
  3. Milieu : Tout le monde peut être touché : ethnies, milieux sociaux, situation.
  4. Définition : Ces deux TCA sont "compulsifs", c'est-à-dire que la personne sent un besoin impératif de manger qui la pousse à refaire des crises, alors que "sa raison s'y refuse". Ce besoin est irrépressible. Le réprimer génère de l'angoisse. 
  5. Ingestion : Pendant les crises, on mange "tout ce qui est calorique et défendu" (le plus souvent gras, gras-sucrés ou sucrés-gras : féculents, pain, gâteaux, chocolat, fromage…).
  6. Repas : La crise survient le plus souvent en dehors des repas. Elle se fait sans perception de la faim, ni sensation de rassasiement. On continue au-delà de la faim, faim qu'on ne ressent pas.
  7. Solitude : La crise est un acte solitaire, intime, que l'on cherche à cacher aux proches et aux autres.
  8. Culpabilité : La crise provoque sentiment de culpabilité et peur de grossir : on saute le repas suivant(s).
  9. Éviction des repas : Boulimie et compulsion conduisent à supprimer les repas traditionnels (petit déjeuner, déjeuner, diner).
  10. Humeur : Boulimie et compulsion alimentaire sont associées assez souvent (un cas sur trois) à un état dépressif ou anxieux.
  11. Traumatisme : Boulimie et compulsion alimentaire sont associées parfois (un cas sur six) à un syndrome post-traumatique.

1.2. Points de divergence

  1. Compensation : La boulimie est caractérisée par ce fort besoin de faire disparaître l'"épouvantable" crise alimentaire que l'on est en train de faire. Le plus souvent (80-90 % des cas), ce sont des vomissements provoqués. Parfois, des laxatifs, ou sauter un repas, le jeûne ou l'hyperactivité physique…
  2. Sexe : La boulimie vraie touche le sexe féminin dans 95 % des cas, la compulsion seulement dans 70-75 % des cas.
  3. Poids (IMC) : plus de 85 % des malades souffrant de boulimie ont un IMC normal (18-25 kg/m2). Seulement 30 % des personnes souffrant de compulsion. En cas de compulsion, 30 % des personnes sont en surpoids et 20 % sont obèses. Dans la boulimie, c'est moins de 5 % !
  4. Activité physique : Plus de 40 % des malades souffrant de boulimie sont hyperactives physiquement, contre seulement 15-20 % des malades compulsives.
  5. Vomissements : Les vomissements favorisent l'augmentation de la fréquence des crises au fil du temps ("si tu peux vomir…. Tu peux criser") et des complications propres (hypokaliémie, troubles du rythme), mais aussi l'absence de prise de poids et la dénutrition. En cas de compulsion, on grossit.
  6. Complications : Dans la compulsion, les complications sont celles de l'obésité éventuelle : hypertension artérielle, hyperglycémie et diabète, hypertriglycéridémie.
  7. Ingestion : Les crises sont plus volumineuses, plus longues et plus fréquentes en cas de boulimie que de compulsion.
  8. Pensée anorexique : La pensée anorexique est nettement plus forte en cas de boulimie que de compulsion.
  9. Obsessions alimentaires : La peur de grossir, la peur du gras et du sucre, les obsessions et rituels alimentaires sont plus fréquents en cas de boulimie que de compulsion.
  10. Repas : Les repas sont plus souvent rejetés (absents) en cas de boulimie qu'en cas de compulsion.
  11. Humeur et pensées : L'état dépressif et l'anxiété sont plus fréquents et plus forts en cas de boulimie. La culpabilité et la honte aussi.

1.3. En résumé

Le tableau ci-dessous exprime les ressemblances et les différences

 

Boulimie

Compulsion alim.

Sexe féminin

Plus de 95 %

65-75 %

Facteurs génétiques

Ceux de l'anorexie

Ceux de l'obésité

Vomissements provoqués

La règle +++

Très rares

Sentiment de perte de contrôle

Important

Marqué, mais moindre

Contrôle "objectif" sur soi

Important

Variable

IMC inférieur à 19 kg/m2 

10-15 %

0 %

IMC supérieur à 25 kg/m2 

Inférieur à 10 %

Supérieur à 30 %

Fréquence crises

++++

+ à ++

Durée de chaque crise

Longue

Plutôt courte

Intensité des crises (volume)

++++

+ à ++

Aggravation crises dans le temps

Nette sur 3 ans

Peu fréquente en 3 ans

Hyperactivité physique

Plus de 40 %

10 à 15 % max

Complications

Celles des vomissements et de la dénutrition

Celles de l'hyperphagie et de l'obésité

Obsessions alim/silhouette

++++

+++

Pensée anorexique

++++

++

Anxiété

++++

+ à ++

État dépressif

+++

+ à ++

Efficacité thérapies (TCC)

> 60 %

40-60 %

Efficacité sérotoninergiques

> 50 %

> 45-55 %

*La boulimie est définie ici par l'intense besoin de se "débarrasser de la crise".

2.Évolution

Un autre point différencie clairement ces deux TCA : l'évolution.

Clairement, la boulimie s'aggrave au fil du temps, tandis que la compulsion reste plus stable : la fréquence, la durée et l'intensité des crises s'accroissent, sur les 2-3 premières années. Ce n'est pas le cas de la compulsion.

2.1. En Résumé

Entre boulimie et compulsion, il y a bien plus de points de divergence que de similitudes :

En cas de boulimie, la crise est plus forte, plus violente, plus explosive,

La boulimie génère plus de contrôle objectif sur son poids et son alimentation (hors crises) et plus de sentiment de perte de contrôle,

Elle génère plus de culpabilité, de honte, d'anxiété et de dépression,

La pensée anorexique y est plus forte, l'hyperactivité physique plus fréquente,

Le vomissement est la règle,

Les complications sont aux vomissements et à la dénutrition, tandis que dans la compulsion, les complications sont liées à la surcharge énergétique et à la prise de poids.

Conclusion : On pourrait donc dire que ce n'est pas la même maladie.

3. Bibliographie

  1. Castillo M et al. Bulimia Nervosa/Purging Disorder. Cuur probl Pediatr Adol Health Care. 2017 Apr;47(4):85-94.
  2. Gibson D et al. Medical Complications of Anorexia Nervosa and Bulimia Nervosa. Psych Clin North Am 2019 Jun;42(2):263-274.
  3. Hutson PH et al. Binge-eating disorder: Clinical and therapeutic advances. Pharmacol Ther 2018 Feb;182:15-27. 
  4. Kessler RM et al. The neurobiological basis of binge-eating disorder. Neurosci Biobehav Rev 2016 Apr;63:223-38.
  5. Yilmaz Z et al. Genetics and epigenetics of eating disorders. Adv Genomics Genet 2015;5:131-150

 

Publié en 2019.07