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Diététique & Nutrition

Restriction cognitive


Pr D. RIGAUD - CHU Dijon

On entend par ce terme un besoin fort et même rigide de suivre un modèle hypocalorique dans le but de maigrir. Ces personnes se soumettent donc à un régime dont la teneur énergétique (calorique) est inférieure aux besoins physiologiques de l’organisme.

Dit autrement, les personnes en restriction cognitive sont des personnes qui ont un comportement alimentaire volontairement restrictif dans un but donné : maigrir.

Les questions qui se posent sont les suivantes :

  1. Est-ce approprié ?
  2. Est-ce efficace ?
  3. Est-ce nocif ?

1. La restriction cognitive : Est-ce approprié ?

On ne peut pas avoir le même regard pour les personnes obèses qui font ce qu’elles peuvent pour maigrir et y arrivent mal et qui, de ce fait, concluent qu’elles doivent être « au régime en permanence » et pour les personnes de poids normal (voire minces ou maigres) qui pensent qu’elles doivent être au régime pour ne pas grossir. Certaines de ces personnes deviennent même orthorexiques, c’est-à-dire qu’elles ont un besoin compulsif de manger toujours, en tout lieu, « diététiquement correct ». Il peut être difficilement possible de les blâmer, car les écarts se soldent toujours, chez elles, par une prise de poids !

Il est indéniable, de fait, que certaines personnes grossissent nettement dès qu’elles arrêtent de suivre un modèle alimentaire restrictif. Nous en avons la preuve grâce à des modèles de rats (ou souris) génétiquement programmés pour être obèses. Si ces animaux sont nourris comme leurs congénères, ils grossissent fortement, pour peser, à terme, le double d’un rat (souris) normal !

A l’inverse, nous avons la preuve qu’une malade qui souffre d’anorexie mentale ou de boulimie, malades qui ont souvent une pensée de restriction cognitive très forte, ont un avantage certain à abandonner leur pensée et leur comportement : ils ne grossissent pas pour autant En abandonnant l’idée de maigrir et en remangeant conformément à leurs besoins, ils se portent beaucoup mieux, tant physiquement que psychologiquement.

En d’autres termes, rien ne prouve qu’on ne doive pas être plutôt tolérant vis-à-vis des premiers (les gens qui sont obèses), alors qu’il faut être dissuasif vis-à-vis des patients anorexiques et boulimiques.

2. La restriction cognitive : Est-ce efficace ?

La restriction cognitive consiste à suivre, volontairement, un modèle alimentaire qui réduit les apports alimentaires dans le but d’une meilleure santé.

On a la preuve que la restriction cognitive est efficace. Les gens qui suivent en permanence un régime hypocalorique, sans y déroger, perdent du poids. Des études ont montré que le fait de se mettre au régime n’était pas, en soi, délétère et est efficace en termes de perte de poids.

En revanche, au moins chez certaines personnes, la restriction cognitive induit une désinhibition qui pousse les gens à consommer de façon compulsive des aliments.

En ce cas, ces personnes mangent, sous forme de grignotages ou de crises compulsives, tout ce qu’ils s’interdisaient par leur régime : aliments gras (fromages), sucrés (bonbons), sucré-gras (gâteaux), pain ou féculents.

Souvent, par le seul fait de ces crises, ces gens « perdent le bénéfices » de leur régime : ils ne maigrissent plus ou regrossissent.

3. Est-ce nocif ?

Le problème n’est pas à la restriction cognitive, mais à sa rigidité et à sa rigueur. La restriction cognitive n’est pas nocive en soi. Si l’alimentation reste équilibrée, diversifiée et pas trop restrictive (pas trop hypocalorique), la personne n’aura aucun problème de santé.

En revanche, il est possible que le modèle alimentaire qu’elle suive lui soit insupportable. Il s’ensuit une frustration qui peut être dommageable pour la personne : sensation de manque, de déception, de colère, de jalousie vis-à-vis des autres (qui mangent « normalement, eux !).

C’est donc la tolérance à la frustration qui fera la différence entre un régime psychologiquement supportable et celui qui ne l’est pas. Curieusement, ceci n’est pas complètement lié au niveau des apports caloriques, même si, évidemment, un régime est d’autant pus difficile à suivre qu’il est pauvre en calories !

Un conseil important à suivre est donc de s’écouter, de se tester et de prendre en compte ce que le cerveau et le corps disent : est-ce supportable ? Suis-je d’humeur inchangée ou au contraire d’humeur irascible, labile, ou dépressive ? Ai-je sans arrêt le besoin de manger plus que ce que je me suis imposé ? Le ressenti, à la fois sensoriel et émotionnel, est crucial à décoder.

En d’autres termes, la personne doit être attentive à ce qu’elle ressent de positif et de négatif et à en tirer les conclusion pour « alléger » ou non son régime.

  • Plus le régime alimentaire est restrictif, pauvre en calories, déséquilibré et fait de trop d’évictions (plus il est suppressif), moins bien il est toléré sur le long terme.
  • Plus le modèle suivi est « raisonnablement » permissif, mieux il est supporté. Il vaut mieux consommer un verre de champagne, la moitié d’un éclair au chocolat ou deux fois des pâtes ou du riz par semaine que de sombrer dans des compulsions alimentaires incontrôlables.

Plus le régime hypocalorique sera carencé en nutriment, moins il sera supporté longtemps.

4. Que risque-t-on ?

Le risque est de développer les carences nutritionnelles et les conséquences psycho-comportementales d’un modèle trop restrictif et rigide :

  • Troubles du sommeil,
  • Troubles de la concentration et de la mémoire,
  • Troubles de l’humeur,
  • Diminution des appétits et des envies,
  • Obsessionalité (pensées alimentaires en boucle),
  • Fatigabilité et fatigue générale,
  • Douleurs musculaires (carences protéiques, vitaminiques, ou minérales),
  • A terme altération de la peau et des phanères (ongles, cheveux), anémie, ostéopénie et ostéoporose.
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Certaines personnes, qui ont une forte tolérance à la frustration, voire même à se faire du mal, vont rigidifier au fil des mois (années) leur restriction alimentaire, manger de moins en moins et finir dans un état proche de l’anorexie mentale restrictive. On observe actuellement ces comportements chez 2-4 % des personnes obèses qui ont subi une chirurgie bariatrique et qui « ne peuvent plus s’autoriser à manger ».

D’autres personnes, les plus nombreuses en fait, vont être victime d’un phénomène d’échappement. Elles ne vont pas pouvoir « tenir la restriction » au long cours. Dès lors, elles vont être sujettes à des crises alimentaires incontrôlées (compulsives) voire impulsives (dans l’urgence) qui vont les conduire à un fort sentiment de culpabilité, voire à renforcer un sentiment de honte pré-existant.

Cette mésestime de soi va tout naturellement les conduire à faire une nouvelle crise alimentaire, pour neutraliser la pensée négative !

Publié en 2014