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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie Boulimie Compulsions
Définitions, physiopathologie, épidémiologie et maladies associées Cas clinique et complications
Anorexie mentale et troubles digestifs Anorexie mentale et TCA : des déficits bien au-delà du tissu adipeux Cas clinique : anorexie mentale Dénutrition de l'adulte jeune : une complication de l'anorexie mentale Imagerie cérébrale et TCA Anxiété et troubles du comportement alimentaire Malnutrition protéique et anorexie mentale Ostéoporose Retentissement social des TCA Risques somatiques de l'anorexie mentale TCA et troubles du cycle menstruel
Traitement Autre TCA Les études scientifiques
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Anxiété et troubles du comportement alimentaire

Anorexie mentale et Anxiété

On peut lire dans Wikipédia : « L'anorexie mentale se manifeste notamment par une préoccupation très forte de l'apparence, qui entraîne des restrictions alimentaires drastiques. Les sujets qui souffrent de ces troubles sont surtout des adolescentes, même s'il y a de plus en plus de garçons et d'adultes ». Et, un peu plus loin : « Elle se manifeste par un refus catégorique de maintenir un poids corporel normal et par des mesures intentionnelles extrêmes visant à perdre du poids ou à ne pas en prendre… ».

Et dans "Passeport Santé" : « Au cœur des comportements anorexiques, il y a une véritable phobie de la prise de poids, tellement intense qu’elle pousse la personne à éviter les situations ou les comportements qui pourraient amener à une prise de poids ».

Ce qu'il convient de comprendre en fait, c'est que l'anorexie mentale s'inscrit autour d'une peur : la peur de grossir. Cette peur sous-tend d'autres peurs, au fond tout aussi importantes et tout aussi puissantes :

  • Peur de ne pas être à sa place
  • Peur de l'inconnu et peur de l'avenir
  • Peur du jugement d'autrui
  • Peur de perdre (l'amour, l'affection, la situation actuelle…).

Ce qui caractérise plus des deux tiers des malades, ce sont des sentiments négatifs sur soi :

  • Manque de confiance en soi,
  • Manque d'estime de soi,
  • Manque d'affirmation de soi.

On imagine donc assez facilement que les malades qui sont atteints (atteintes) d'anorexie mentale sont angoissées et même très angoissées.

Anxiété ou anxiétés ?

L’anxiété est une émotion ressentie comme désagréable en rapport avec l’attente, plus ou moins consciente, d’un danger ou d’un problème à venir. L’anxiété est un phénomène normal. Ce qui est pathologique, c'est l'excès d'anxiété : on parle de "troubles anxieux".

Les sujets anxieux sont envahis par un sentiment d’inconfort ou de peur liés à l'anticipation, excessive, d’éventuelles difficultés, sans même parfois que la personne ne les connaisse (« Je ne sais pas moi-même pourquoi je suis dans cet état). On parle de « peur sans objet ».

Parfois, l’anxiété n’est plus "réactionnelle", mais devient un trait de personnalité : la manière de voir le monde et les autres en est changée. La personne, sans s'autojuger, prévoit toujours le pire : « ça ne peut pas bien se passer ! ». Pour elle, le pire est à venir, le pire est probable et il n'y a qu'une option : se prémunir du pire. Le moindre évènement quotidien devient compliqué à gérer. Il faut CONTRÔLER.

On voit ce qui lie la personne qui souffre d'anorexie à l'anxiété : elle imagine le pire («elle va grossir» et «on ne l'aimera plus», «on la jugera»). Elle doit contrôler son alimentation, les aliments, les repas, sinon elle va grossir forcément. Elle doit maigrir POUR AVOIR DE LA MARGE (sic).

L'anorexie est une solution à l'angoisse, selon certains.

On peut distinguer :

  • L'anxiété généralisée, qui peut induire de nobreux troubles et symptômes : palpitations, vertiges, bouche sèche, troubles fonctionnels digestifs, cardiaques, respiratoires, urinaires, sensoriels (tintements d'oreille, vision brouillée…)…
  • Les phobies : anxiété spécifique qui touche un aspect particulier de la vie : phobie sociale, scolaire, objectale (peur des araignées, de la saleté, de la maladie)
  • Les TOC : troubles obsessionnel visant à répéter compulsivement un acte ou un comportement (lavage, ménage, rangement, sécurité…).

Certains philosophes suggèrent que l'anxiété serait directement en rapport avec notre conscience de la "légèreté de l'être" (nous sommes mortel et ignorons ce qui se passe après !).

Dans l'anorexie mentale, l'anxiété pourrait être lié avec la peur (inconsciente et même très loin d'être consciente) avec la peur de la mort générée par l'amaigrissement et la dénutrition.

Que dit la littérature ?

Au total, 38 études scientifiques sérieuses ont été publiées (Psychol Med 2018 ; 48(15) : 2477-91). Elles permettent de conclure sans ambiguïté : l'anxiété est trois fois plus fréquente en cas d'anorexie que dans la population. L'anxiété serait un peu plus fréquente en cas d'anorexie-boulimie, mais pas plus en cas d'anorexie-boulimie qu'en cas de boulimie ou de compulsion. L'anxiété est corrélée à la gravité du TCA et entrave, si elle persiste, l'amélioration de l'anorexie.

En 2004, Kaye et al étudient la fréquence de l'anxiété chez 97 malades souffrant d'anorexie restrictive, 293 d'anorexie-boulimie et 282 de boulimie. Ils observèrent que 61 % de ces malades TCA et 69 % des malades souffrant d'anorexie avaient souffert ou souffraient d'anxiété. Parmi ces malades anxieux, 41 % avaient des TOC et 20 % une phobie sociale ou scolaire.

En France, Godart et al notèrent que 82 % de 63 malades souffrant d'anorexie étaient hyperanxieux ou l'avaient été. La phobie sociale ou scolaire touchait 55 % de ces malades.

Ramey, aux USA, a étudié 637 malades souffrant d'anorexie : 39 % étaient de "personnalité hyperanxieuse" depuis l'enfance. Parmi ces 39 %, 92 % disaient que l'hyperanxiété pré-existait à l'anorexie. Celles qui étaient hyperanxieuses avaient plus souvent une anorexie-boulimie et des comportements plus restrictifs et plus rigides.

Une australienne (Swinbourne J et al) montrait que 65 % des 156 patients souffrant d'anorexie avaient un trouble anxieux, lequel avait commencé avant le TCA dans 69 % des cas. L'anxiété était contemporaine du TCA dans 14 % des cas. La phobie sociale était le plus fréquent (42 % des cas d'anxiété), puis le stress post-traumatique (26 %), puis l'anxiété généralisée (22 %), puis les TOC (5 %), agoraphobie (3 %) et la phobie infectieuse (2 %).     

Une étude multicentrique multi-pays (USA, Angleterre, Suisse, Suède) rapporte les faits allégés chez 7.767 enfants de 10 ans suivis 8 ans. L'anxiété généralisée et les peurs "injustifiées" («c'était une enfant très soucieuse») étaient un facteur de risque d'anorexie et de boulimie à l'âge de 14-18 ans (+15 %).

En 2010, Dellava et al signalent que la moitié des mères de 326 adolescents souffrant d'anorexie étaient anxieuses ou hyperanxieuses lorsque leur enfant (celui atteint de TCA) était petit (5-10 ans).

TAG, TOC et TCA

Les troubles anxieux généralisés (TAG), les TOC et les phobies sont plus fréquents en cas de TCA que dans la population. L'anxiété généralisée est peut-être un peu moins fréquemment ressentie dans l'anorexie restrictive, sauf en ce qui concerne l'alimentation, le poids et la silhouette.

Selon les études, un tiers des malades a ou a eu des TOC : il peut s'agir de TOC alimentaires (répétition de comportements pour manger, rituels aggravés) et/ou non alimentaires.

Si les TOC alimentaires sont fréquents, ils ne touchent pas tous les patients.

Côté TCA, l'anxiété touche les aliments (matières grasses, sucre au minimum), la composition des aliments, les aliments "animaux" (viande), les heures des repas, l'organisation des repas (les courses), le risque de crise compulsive alimentaire et son organisation (« comment fais-je faire pour cacher mes vomissements et/ou mes crises ?»), les maladies liées à l'alimentation (diabète, maladie cœliaque, "intolérance" au gluten, index glycémique), la digestion, les gastro-entérites, la prise de poids, les disgrâces physiques (silhouette).

Conclusion

L'anxiété est fréquente en cas d'anorexie, touchant :

  • au moins 70 % des malades toutes périodes confondues,
  • au moins un tiers des malades associée à l'anorexie et
  • au moins un quart des malades à un niveau tel qu'on devrait proposer un traitement spécifique : pleine conscience, sophrologie, TCC...

Les facteurs favorisants sont l'anxiété familiale, les tensions familiales, les carences affectives (parents peu aimants), un traumatisme passé (harcèlement, coups, abus sexuel…), une perte objectale (suicide d'un proche, divorce des parents…), un manque de confiance en soi ou d'estime de soi et des crises de boulimie.

L'anxiété peut revêtir plusieurs formes : anxiété généralisée, phobies, TOC.

Chaque forme peut se manifester différemment : il y a plusieurs sortes de TOC et plusieurs phobies différentes : sociale et scolaire, de la foule, des maladies.

Dans l'anorexie, l'anxiété touche le comportement et les pensées alimentaires tout autant que d'autres registres.

L'anxiété est aggravée par la dénutrition et les carences nutritionnelles.

L'anxiété accentue aussi les conduites alimentaires dysfonctionnelles. Un cercle vicieux se met en place : l'anxiété génère le TCA qui aggrave l'anxiété qui aggrave le TCA.

Pr Daniel RIGAUD, Nutrition, janvier 2020