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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie mentale et boulimie
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Anorexie mentale, boulimie et estime de soi


1. Anorexie mentale et boulimie : quand l'estime de soi défaille

« Parce que je le vaux bien ! », telle pourrait être une définition simple et compréhensible de tous de l’estime de soi. S’estimer est se donner de la valeur. Mais la construction de l’estime de soi repose sur une triple valeur :

  1. les défis qu’on se lance et l’intérêt qu’on y porte ;
  2. l’intérêt qu’y portent les autres ;
  3. l’affection que les autres nous portent.

On le voit bien, l’estime de soi est avant tout « portée ». Son niveau est donc un acte, mais un acte de foi : c’est moi qui la porte et personne d’autre. Une opinion répandue est que l’estime de soi se construirait dans la petite enfance. Il s’agit en fait d’une version simpliste d’une question complexe : l’estime de soi est un continuum de jugements de valeur que l’on se porte depuis l’enfance, avec des phases positives où l’on emmagasine de la valeur ajoutée, entrecoupées de soubresauts et d’accidents de la vie qui l’altèrent.

Il faut faire de prime abord un constat : l’estime de soi n’existe pas ; elle ne s’inscrit pas dans la réalité des choses. Elle n’est pas matérielle. Elle est dans la pensée de l’individu. Ce n’est pas une chaise sur laquelle on peut ou pas s’asseoir ; c’est une pensée immatérielle qui se fonde sur une relation intime avec soi-même, tout autant qu’avec les autres. C’est un regard sur soi-même qu’alimentent les autres (ou pas). Ce n’est pas à moi de décider si j’ai de l’estime pour moi, mais les autres ne peuvent pas en décider non plus.

Ce n’est au fond pas une question d’intelligence et ce n’est pas non plus seulement une question d’émotions. On peut donc être très bête et avoir une forte estime de soi, comme on peut être toujours à rire et se détester.

2. L'estime de soi se construit

Pendant des mois, le nourrisson se construit, ses organes se maturent, ses sens s’affinent, il apprend à marcher, sans pour autant avoir de perception nette de qui est ce « je ». Il va explorer son corps matériel (ses mains, son pouce, son pied) pour savoir ce qui est « lui » (le « moi ») et ce qui n’en fait pas partie. Mais ce « moi » n’a pas encore de valeur, de cotation. C’est un peu comme un goût d’aliment : je peux savoir faire la différence entre le goût de la viande rouge et celui d’un yaourt ; mais pour décider ce que je mange, il faut que je mette une valeur à chacun d’eux ; c’est toute la différence entre reconnaître que tel aliment est plus ou moins sucré et décréter qu’on l’aime plus (ou moins) sucré.

C’est à cette période que se produit un phénomène anticipatoire majeur : l’amour des parents. Est-ce à dire que c’est cet amour qui va préparer l’enfant à se reconnaître comme « soi aimable » ? Certes oui !

Pour autant,  ceci ne suffit pas : il faut que cet amour soit également un lieu d’échange où ce que font les parents soit fait par amour, mais aussi où, ce que fait l’enfant soit valorisé par l’amour. Car pour acquérir de l’estime de lui-même, il faut que l’enfant ait le sentiment de pouvoir changer les choses, infléchir le monde. C’est bien pourquoi les comtes comme « le petit poucet », ou « le chat botté » parlent si fort aux enfants : le tout petit y fait de grandes choses, alors qu’il n’est pas aimé et, ce faisant, il le devient. C’est dans cette pensée de projection dans l’avenir d’une pensée impossible au présent que l’on fabrique aussi de l’estime de soi.

Par exemple, au travers de son apprentissage d’enfant, la jeune adolescente peut développer l’envie d’être un  jour infirmière. D’abord encouragée par ses parents, puis de plus en plus encouragée par sa détermination et ses petits succès, elle construit de l’estime d’elle-même dans ce projet professionnel humanitaire. Dès lors, elle se donne du sens à exercer ce métier et l’exercer renforcera l’estime de soi. Au contraire, prenons le cas d’une jeune fille qui rêve d’être médecin et dont le projet n’intéresse pas ses parents, trop occupés.  Si elle échoue au concours de Médecine, mais qu’elle ne devient qu’infirmière, elle n’y trouvera pas de sens et donc pas d’estime de soi. Et pourtant, ces deux jeunes femmes font le même métier.

3. L'estime de soi est une pensée palpable

L’estime de soi est une pensée palpable, mais sur une échelle invisible. Pour chacun d’entre nous, la question est « où placer la barre ? ». A y réfléchir et c’est bien ici que le bas blesse, l’estime de soi dépend de l’endroit où l’on met le curseur sur le champ des possibles. Ainsi, si je décide «  que je vaux 20/20, sinon rien », s’ouvre pour moi un problème qui risque de peser des tonnes. En effet, le 1er 20/20 me donnera l’extase, mais au fil des 20/20 mon excitation, ma gratification vont diminuer ; dès lors, au 1er 16/20 la chute sera terrible. Cet exemple témoigne assez bien de l’antinomie qui existe entre amour propre et estime de soi.

C’est peut-être ici l’occasion de rappeler que le malade atteint de TCA appelle perfectionnisme ce qui n’est bien souvent qu’un excès d’amour propre qui confine à la peur de toujours décevoir.

4. L'estime de soi est dedans

Regarder en permanence ce que les autres veulent, ou désirent ou exigent de nous ne peut aucunement accroître l’estime que nous portons sur nous-même. Il faut en effet prendre un peu de temps chaque jour pour se dire « qu’après tout ce que j’ai fait aujourd’hui, ce n’était pas si mal ! »

Prenons un exemple emprunté aux troubles du comportement alimentaire : il y a un plateau repas (à l’hôpital), il y a un médecin et il y a la malade. L’enjeu est de finir le plateau. Le médecin en fait une priorité et cherche à y pousser le malade. Imaginons un plateau au ¾ consommé. Et prenons deux cas de figure dans l’évolution de l’estime de soi de la malade :
1- la malade au fond ne veut pas manger ce plateau repas ; si elle en mange les ¾, elle va le faire avec colère, colère que va voir le médecin et la résultante en sera que l’estime de soi de la malade diminuera.
2- si la malade a vraiment compris l’enjeu et se bat pour manger la moitié du plateau repas, le médecin lira sa détermination, l’encouragera et ceci renforcera l’estime de soi de la patiente. Pourtant elle aura mangé un quart de repas en moins que l’autre patiente.

5. L'estime de soi comme palais aux mille et une chambres

Dans l'anorexie et la boulimie, faute de mieux, la future malade met trop d’estime de soi dans un seul et même panier, celui de peser toujours moins. Ce faisant, elle réduit peu à  peu son espace mental à une minuscule chambre obscure, louée à un prix exorbitant à son propriétaire, la pensée anorexique. Sa quête d’absolue devient ainsi une quête du vide, et sa quête du vide une quête du rien, où tout ce qui compte est au fond en dehors d’elle-même.

C’est ce qui explique que ce projet, ce besoin farouche de maigrir, ne peut pas la remplir (d’estime de soi). Guérir pour elle serait l’occasion de s’acheter un château intérieur aux mille et une chambres. Terrible sacrifice alors que de renoncer à sa chambrette au fond minable, par peur de dormir chaque nuit dans une chambre différente de ce château, chambres où elle retrouverait pèle mêle les fantômes du passé, les toiles d’araignée du présent et les cafards d’avenir.

Elle a bien raison, la malade anorexique, elle est dans son bon droit, la malade boulimique de défendre becs et ongles cette chambrette au ménage impeccable, astiquée des heures durant pour un invité … qui ne viendra plus.

6. Conclusion

L’estime de soi est une bien curieuse alchimie entre amour et reconnaissance, entre lumière et ombres, entre petites victoires et gros plat-ventres. Surtout, si vous souffrez de TCA, ne vous dites pas que les jeux sont faits depuis avant l’adolescence et qu’il ne vous reste plus qu’à contempler le désastre : non !

L’estime de soi se construit encore à 20 ans, encore à 30 ans, encore à 40  ans… Jour après jour, pierre après pierre … et votre victoire sur votre TCA vous rendra jusqu’à 500 ou 600 % de l’estime de soi investie.

Publié en 2007