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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

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Étudiants : l'anorexie et la boulimie, pour vos T.P.E.


Hélène PENNACCHIO - Association AUTREMENT

1. L'anorexie mentale

1.1. Historique de l'anorexie mentale

Au 17ème et au 18ème siècle, des médecins commencent à s'intéresser à des comportements alimentaires atypiques qu'ils appellent :

1. INEDIA PRODIGIOSA : miraculeuse privation de nourriture,
2. ANOREXIA MIRABILIS : perte miraculeuse d'appétit

Il semble que l’on puisse attribuer la première description de l’anorexie mentale à Richard MORTON en 1694 dans son « Traité des consomptions ». MORTON, médecin de James II d’Angleterre, fait, à partir de deux cas, un tableau clinique détaillé avec manque d’appétit, refus de nourriture, aménorrhée, hyperactivité et cachexie.

Le cas de Ann MOORE, « la Jeûneuse de TUTBURY » en Angleterre, au tout début du 19ème siècle souleva un formidable intérêt s’étendant jusqu’aux Amériques. Celle-ci, pécheresse repentie, qui se manifestait surtout jusque là par une forte piété, commença en 1807 une anorexie qui devait bientôt devenir publique et célèbre.

Une première enquête donna quatre hypothèses:

1. l’anorexie comme manifestation du pouvoir surnaturel de Dieu
2. il est possible de vivre à partir de « l’air »
3. la malade souffrait d’une maladie de l’oesophage l’empêchant de manger
4. l’imposture

Au bout de cinq ans, en 1812, les autorités locales religieuses et séculaires entreprirent une nouvelle enquête. Une observation d’un mois fut mise en place de la manière la plus stricte. Après une semaine, Ann MOORE semblait gravement malade et malgré les demandes de sa fille l’observation continua encore pendant dix jours au bout desquels il fut trouvé sous son lit une couverture imbibée d’urine, ce qui indiquait qu’elle se nourrissait puisqu’elle rejetait de l’urine puis on la surprit en train de se sustenter à l’aide de mouchoirs imprégnés d’eau et de vinaigre.

Prise sur le fait Ann MOORE fut forcée d’avouer son imposture. Une telle victoire de « la science et la morale » eut des implications pendant tout le 19ème siècle, et pendant de nombreuses années le nom d’Ann MOORE fut associé à l’imposture.

La confrontation suivante entre science et anorexie miraculeuse devait se dérouler autour des années 1870, l’autorité médicale se sentant suffisamment sûre d’elle-même pour aller jusqu’au bout de la confrontation.

Au pays de Galles, une jeune fille de 12 ans, Sarah JACOB, ayant commencé à jeûner en 1867, ne mangeait "qu'une petite pomme, de la grosseur d'une pilule dans une cuillère à thé". Après enquête, le cas devint célèbre. De ce fait, en novembre 1869, les autorités médicales de Londres envoyèrent quatre infirmières au pays de Galles pour vérifier les prétentions de Sarah JACOB. Après négociations, la maison fut fouillée à la recherche de nourriture cachée, sa soeur cadette ne fût plus autorisée à partager sa couche et la veille commença. Les infirmières furent expressément interdites de donner quelque nourriture à la patiente, sous prétexte qu’aux dires des parents lui proposer de la nourriture ne contribuerait qu’à l’affaiblir et qu'ils lui avaient promis de ne plus lui proposer de nourriture sans qu'elle le demande. Au bout de 36 heures, les infirmières purent observer l’apparition de taches d’urine sur sa chemise de nuit, mais le père interdit aux médecins l’examen intime de sa fille. Au 6ème jour la jeune fille s’affaiblissant, les infirmières demandèrent aux médecins et aux parents l’autorisation de la nourrir mais les parents refusèrent de peur que l’on ne mette en doute leur honnêteté, malgré les pressions médicales. Le 10ème jour, Sarah JACOB mourut et ses parents furent condamnés à des peines d'un an et de six mois de prison pour meurtre.

La science médicale avait enfin remporté une victoire incontestable sur l’anorexie miraculeuse. La mode en disparut lentement et l’anorexie dite « mentale » entrait de plein droit dans le domaine médical en sortant de celui de la mystique.

La question de la découverte médicale de l'anorexie mentale reste un sujet disputé entre français et anglais. En effet, les deux pays revendiquent énergiquement l'invention de l'anorexie mentale.

D'un coté, Sir William GULL, médecin privé de SM Victoria, reine d'Angleterre, impératrice des Indes (mais également, pour la petite histoire, un des principaux suspects d'être Jack l'éventreur) parle dès 1869 « d'apepsie hystérique » concernant des jeunes femmes refusant de s'alimenter, alors qu'elles sont déjà très amaigries, puis en Juillet 1874, publie pour la première fois une description de "l'anorexia nervosa".

Entre temps, le psychiatre Charles Lasègue, inspecteur général adjoint des maisons d'aliénés et médecin du dépôt spécial de la préfecture de police a publié en 1873 sa description de ses résultats tirés de l'examen de huit patients soignés pour "anorexie hystérique".

C’est à Jean-Martin CHARCOT, qui fut l’un des maîtres de FREUD en psychiatrie, que l’hospitalisation avec isolement est due alors que LASEGUE ne la prescrit aucunement. CHARCOT imagine ainsi de forcer la patiente anorexique à manger par l’ennui et l’isolement de son entourage.

Cette méthode actuellement très décriée présente l’avantage d’être extrêmement efficace à très court terme. Malheureusement si elle permet une reprise de poids dans des cas de dénutrition extrême, elle reste inefficace à long terme dans la mesure où le poids gagné parfois difficilement est perdu bien plus vite qu’il n’a été gagné dès la fin de l’hospitalisation. De plus, les conséquences psychologiques sur la confiance envers les soignants d’une méthode aussi expéditive ne sont guère aisées à dissiper.

Les rares cas décrits par Sigmund FREUD, dans ses descriptions cliniques, rattachent l’anorexie à l’hystérie mais, visiblement pour le père de la psychanalyse, l’anorexie ne constitue qu’un symptôme annexe qui ne mérite guère son attention. La psychanalyse classique n’y portera guère qu’un regard anecdotique pendant longtemps, peut-être, à sa décharge, faut-il aussi imaginer que pendant longtemps la pathologie a été peu répandue.

Le grand nom à citer, dans l’intérêt porté à l’émergence de l’anorexie mais aussi de l’obésité, est celui d’HILDE BRUCH, psychiatre allemande émigrée aux Etats-Unis pour fuir les persécutions nazies.

En France, il nous faut citer l’ouvrage princeps de Jean, Evelyne KESTEMBERG et Suzanne DECOBERT « La faim et le corps » en 1972 puis, celui de Bernard BRUSSET « L’assiette et le miroir » en1977.

1.2. L'anorexie mentale de nos jours

L’anorexie mentale associe amaigrissement, peur de manger suffisamment par peur de grossir ou de mal grossir et excès d’estime portée par la patiente sur cet amaigrissement justement.

L’anorexie mentale contient intuitivement l’idée de refus de maintenir le poids au niveau ou au-dessus d’un poids minimum pour l’âge, le sexe et la taille, mais aussi la peur intense de prendre ou de reprendre du poids, par peur de devenir ou de redevenir gros ou obèse.

Il y a enfin une altération de la perception de son image corporelle et de son poids, ou de la forme de son propre corps : ce n’est pas une altération de la perception, comme ce pourrait être le cas dans une psychose. Non, la malade anorexique "se sait maigre, mais se sent grosse". La maigreur et/ou l’amaigrissement ont pour elle une forte influence sur l’estime de soi.

A priori, il n’y a pas de maladie mentale ni physique associée. Ce n’est pas une perte d’intérêt pour les aliments. Je dirais « bien au contraire ». Car l’anorexie mentale, il faut le dire, n’est pas une perte de la sensation de faim comme on le voit dans le cancer ou la dépression. Non, c’est un refus de manger : « par peur de grossir » disent les malades. Mais peut-être n’est-ce qu’une peur de leur désir, qui fait qu’elles se l’interdisent.

L’anorexie est au départ, très souvent, un excès de plaisir, d’envies alimentaires.

Il y a deux formes d’anorexie mentale : la forme restrictive et la forme boulimique : dans la 1ère, la malade ne maigrit que par le régime hypocalorique et (dans 60 % des cas) par l’hyperactivité physique qu’elle se contraint à faire. Dans le 2ème cas, il y a des vomissements associés et/ou des crises de boulimie (cf infra).

1.3. Qui l’anorexie mentale touche-t-elle ?

Fréquence : Nulle part, il n’y a de données nationales sérieuses. Des données en Côte d’Or suggèrent que 1,8 % des jeunes filles de 15 à 25 ans et 1,4 % des femmes de 25 à 45 ans sont touchées par l’anorexie mentale.

Sexe : J’écrie « elles », car ce sont massivement des femmes qui sont frappées. On sait que 95 % des malades qui souffrent d’anorexie mentale sont de sexe féminin. Il n’y a donc qu’un homme (ou garçon) pour 19 femmes (ou filles). C’est une différence énorme en médecine. Il n’y a guère que le cancer du sein où les femmes soient aussi majoritaires.

Age : L’anorexie commence en règle générale après la puberté (premières règles), entre 12 à 25 ans dans 90 % des cas, femmes plus âgées dans 5 % des cas

Milieux : L’anorexie mentale touche toutes les classes sociales et tous les pays du monde. En France, toutes les ethnies sont touchées, sauf les Français de père et mère africains noirs. Elle frappe à la campagne comme à la ville. Ce n’est pas du tout une maladie de jeunes filles « universitaires ».

Début : 7 fois sur 10, l’anorexie commence par un régime pour maigrir ; ce régime n’était justifié par un vrai surpoids que dans 15 % des cas.

Troubles mentaux : On ignore laquelle, et même si une seule zone du cerveau est touchée. Ce qui est en cause, ce sont sans doute les neurotransmetteurs cérébraux « excitateurs » comme la sérotonine, les amphétamines cérébrales. Il ne s’agit pas d’une psychose.

Associés à l’anorexie mentale, on retrouve de l’anxiété, une tendance dépressive (15-20 % des cas), un besoin excessif de perfection (80 % des cas), une difficulté à s’opposer à l’autre (90 % des cas), un manque de confiance (95 % des cas), un manque d’estime de soi (90 % des cas).

Chez le garçon, un comportement anorexique n’a rien à voir avec l’homosexualité (chez la fille non plus).

1.4. Les facteurs en cause dans l’anorexie mentale

L’anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire (TCA). Dans cette expression, il y a 3 mots clés : « trouble », « comportement » et « alimentation ». L’anorexie partage ces causes avec sa cousine, la boulimie.

Il est opaque, ce comportement qui se fait en moi autour de l’alimentation et qui dit si bien mon mal être.

1. Un trouble signifie quelque chose d’opaque : l’eau, si elle est trouble, ne permet pas de voir le fond. Dans l’anorexie mentale, c’est assez vrai : au travers de son anorexie, la malade ne voit pas grand chose et en particulier pas ce que signifie (pour elle et en général) ce comportement qu’elle a. De plus, contrairement à ce que beaucoup de gens croît, elle ne l’a pas fait exprès. Les malades sont toujours surpris, perplexes, quand on leur demande pourquoi, au fond, ils sont tombés dans l’anorexie mentale. Mais dans ce mot « trouble », l’idée d’un mal être est implicite. Le mal être est au cœur de l’anorexie mentale : il était parfois là avant, sans que la future malade ne s’en rende compte. On admet qu’une fois sur deux environ, la future malade pensait qu’il y avait, tapis au-dedans d’elle, une bête inquiétante qui ne lui laissait pas vivre sa vie sereinement. Dans mal être, on peut relever une pensée négative, celle d’avoir du mal à être, à exister, à être tout simplement soi-même. En d’autres termes, une panne d’identité. Le mal être est le plus souvent (mais pas toujours) là pendant l’anorexie mentale.

2. « Comportement » implique que la personne a mis en place une série d’actions qui en elle « font sens ». Un comportement, si l’on veut bien me passer cette définition, est une habitude sous-tendue par une pensée émotionnelle : manger « à midi » ou « avant le journal de 20 h » ou « l’entrée avant le dessert » ou « les carottes, crues » sont des habitudes. On n’y réfléchit pas, « c’est comme ça » ; la personne a mis cette série d’action souvent depuis très longtemps ; enfin, cette mise en forme de l’alimentation n’implique pour elle aucun ressenti ni aucune véritable difficulté à en changer. Un comportement implique une série d’actions en réponse à une ou des stimulations venues de l’extérieur ou de l’intérieur de nous même. C’est donc une réponse, adaptée ou non, à quelque chose de ressenti. Si l’on veut différentier les trois mots, nous dirions que « comportement » implique une réponse à un ressenti, qu’il soit clair ou non, alors que « conduite » est plus réfléchie et enfin qu’habitude est plus neutre. Un comportement a clairement quelque chose à voir avec l’émotionnel alors qu’une conduite reste dans le rationnel.

3. « Alimentaire », de toute évidence, renvoie à l’alimentation. Mais qu’est au fond l’alimentation ? On y voit actuellement 4 missions : nourrir son corps, partager avec d’autres une fonction vitale facile à partager, faire des expériences du côté du plaisir, expériences « simples et sans guère de risque », enfin participer à la gestion de ses émotions. A bien y réfléchir, il est bien question de ces aspects dans l’anorexie mentale : le droit qu’elle pense inaliénable de choisir comment elle se nourrit, le refus, par peur, de partager avec d’autres cette fonction devenue trop complexe et anxiogène, la peur de céder à ce plaisir qu’elle sent si fort en elle, la certitude qu’elle doit contrôler ses émotions jusqu’à un point extrême où on ne les voit plus.

Cet obscur objet de mon désir

L’anorexie mentale implique tous ces facteurs, mais contient également bien autre chose. Tout se résume peut-être, dans l’anorexie mentale, en un grand écart entre cette envie de goûter, au travers de l’alimentation, à un plaisir interdit, et cette peur, de plus en plus forte, que les autres voient en vous ce ventre de plaisir qui réclame toujours et toujours plus. Au fond, l’anorexie mentale n’est peut-être que la caricature effrayante de notre société d’abondance et de consommation : d’un côté cette furieuse offre de consommation, qui va nous chercher jusque dans nos foyers, au travers de la petite lucarne télévisuelle et de tous les autres médias ; de l’autre ce besoin de maîtrise de nos vies et de notre propre mort qui nous pousse à jeûner.
Jeûne et jeunesse, ce qui se perd et ce qui meurt

Car, intimement, jeunesse et jeûne sont liés plus que l’on ne le soupçonne : pas seulement par la linguistique, puisque de nombreuses religions affectent au jeûne un pouvoir d’éternité, d’immortalité, de toute puissance. Car, psychologiquement, consommation et consumer ont la même racine : on parle de consommation alimentaire et de consommation d’énergie. Et, au bout du compte, consommer sa vie, c’est la finir, c’est mourir. Or, physiologiquement, manger conduit à augmenter sa consommation d’énergie, à « brûler » des calories. Or, si vous me le permettez, une bûche ne reste en vie que si on ne la consume pas dans le feu de notre foyer. Et foyer est à la fois le mot qui donne sens à la famille et celui par lequel on indique ce qui chauffe depuis la cheminée, là où (justement) on fait cuire le repas pour toute la famille.

Famille, je t’aime et je te hais

Et, à bien y réfléchir, y a-t-il mieux que les repas passés ensemble pour définir la famille : mon frère, ma mère, ce sont ceux avec qui j’ai mangé à peu près tous mes repas le matin et le soir depuis « toujours », par opposition à mon ami(e). Et,  après tout, dans une société en « mal de famille », dans une société ou bien des familles, décomposées à force d’être recomposées, se cherchent (un sens), dans une société où il devient difficile de quitter sa famille, faute de travail qui donne sens justement, dans une société enfin où la valeur « famille » n’est plus une valeur ajoutée, il n’est peut-être pas illogique que l’anorexie mentale, c’est à dire le refus inconscient et inexplicable en fait de partager avec ceux que l’on aime cette « chose vitale » qui nous assemble, cette anorexie mentale donc voit sa fréquence augmenter.

La famille, c’est aussi bien sûr ce que l’on doit quitter, lorsqu’il est temps. Mais quand on fait partie de ces « futures » malades anorexiques, quitter, justement, on ne le peut pas. Cet acte d’indépendance vous coûte au fond, parce qu’il vous fait peur : loin des yeux et loin du cœur pense-t-on, là où d’autres admettent que loin des yeux peut renforcer le sentiment d’amour. Pour aimer vraiment et savoir que l’on aime, il faut quitter et se souvenir. Sans doute, au plus profond de la personne qui va plonger dans l’anorexie mentale (ou chez beaucoup d’entre elles), il y a cette peur de l’oubli dans la séparation… et ce rappel que la séparation est toujours une petite mort.

Le sexe et l’anorexie mentale : un lien indéfectible

Un facteur en cause est bien sûr le sexe. Les TCA sont près de vingt fois plus fréquents chez les jeunes filles et jeunes femmes que dans le sexe masculin : dans l’anorexie mentale, on note 95 % de femmes. Mais pourquoi donc le sexe féminin ? Sans doute pour 3 raisons : une raison sociétale, une raison familiale et une physiologique.

La société pèse beaucoup plus lourd sur le poids des filles que sur celui des garçons. Ceci est surtout vrai à l’adolescence : ce sont les journaux de « filles » qui proposent les régimes pour maigrir ; c’est sur les filles que s’exerce le dictat de la mode minceur. Pourquoi elles ? Sans doute parce que, dans nos sociétés de liberté de travail et de vie sociale égales pour la femme à celles de l’homme, il paraît intuitivement « sage » de ne pas trop donner de forme aux femmes. Peut-être est-ce un peu ce qui régit l’égalité homme-femme dans le vêtement à l’adolescence : mêmes pantalons en jean, mêmes chaussures de basket, mêmes tee-shirts… Même silhouette. Pour la fille, ce serait une protection… Surtout pour celles qui sont « en mal » avec leur désir et surtout, surtout celui des autres, les garçons plus particulièrement. La raison familiale de ce lien de l’anorexie mentale avec le sexe féminin est que c’est la femme qui est la « mère nourricière » symbolique. La jeune fille le sait. Elle n’ignore pas qu’elle doit être une femme, une mère avec ce qu’il faut de poitrine et de ventre pour porter. La mère, elle le sait, nourrit la famille. C’est bien ce que la fille anorexique fait : elle prend sans s’en rendre compte la place de la mère, symboliquement. Physiquement aussi, puisqu’elle donne à manger aux autres sans manger soi même. D’un point de vue physiologique, c’est la fille qui voit s’opérer le plus de changement entre 10 et 18 ans : changement de silhouette, changement de volume de tissu adipeux, changement des sites où se dépose le tissu adipeux, changement de relation au plaisir alimentaire.

Quand l’anorexie frappe, elle le fait tôt, au matin de la vie

Un autre facteur est l’âge : dans 90 % des cas, l’anorexie mentale se développe à l’adolescence. Entre 14 et 18 ans. Les filles de 14 à 18 ans sont dix fois plus touchées que les filles de 8 à 14 ans et 10 fois plus que les femmes de plus de 25 ans. On ne connaît que très peu de cas d’anorexie avant 12 ans, avant la puberté : peut-être 1 ou 2 %. Rares sont les anorexies qui démarrent au-delà de 25 ans : moins de 5 % des cas. Plusieurs raisons peuvent être proposées à ce début à l’adolescence : l’adolescence est l’âge des ruptures : rupture avec la famille, rupture avec l’enfance, rupture avec les habitudes d’avant. Il faut quitter en somme et c’est difficile de quitter quand on manque de confiance, qu’on a besoin de liens affectifs plus que d’autres. Avec la puberté, le corps change, et beaucoup plus celui de la fille que celui du garçon : entre 10 et 18 ans, la jeune fille voit doubler sa masse de tissu adipeux. Et ceci se fait… alors que la jeune fille mange plutôt un peu moins et un peu moins gras. Avec la puberté, le goût pour les aliments change. C’est surtout net chez la fille : le goût n’est pas le même par exemple dans la première partie et la deuxième partie du cycle menstruel.

La part de l’inné

Un 3ème facteur est génétique : Il n’est plus possible de le nier. Nous savons de façon certaine (probabilité statistique de se tromper inférieure à 6-8 %) que l’anorexie mentale relève en partie d’une prédisposition génétique. Des jumeaux vrais (c’est à dire exactement identiques, comme un clone ; on dit jumeaux homozygotes) ont été comparés à de faux jumeaux, c’est à dire hétérozygotes (qui ne partagent entre eux leurs gènes ni plus ni moins que n’importe quels frères et sœurs) : la fréquence de l’anorexie et de la boulimie est 3 fois plus grande si l’un des jumeaux homozygotes est anorexique que si les jumeaux sont hétérozygotes.

Les études de parents proches confirment : s’il y a une personne touchée par un trouble du comportement alimentaire (TCA) parmi les proches (père, mère, frères et sœurs), le risque de développer une anorexie mentale est 3 à 4 fois plus grand. Mais ce pourrait être lié au fait que la personne « copie » le comportement de ce proche. Oui, mais pour autant, le risque reste multiplié par 3 si l’on regarde la famille éloignée (sans contact direct). Depuis, les scientifiques ont isolé plusieurs gènes de sensibilité à l’anorexie mentale : ces gènes se situent dans des zones qui gèrent le comportement, le besoin (l’addiction) et le comportement d’ingestion. Mais ces études disent aussi que l’anorexie mentale serait plus fréquente dans les familles où existe une susceptibilité à l’anxiété et/ou à la dépression. Enfin, la transmission génétique, si elle existe, n’est pas spécifique du TCA considéré et n’est en soi ni nécessaire ni suffisante.

Comment peut intervenir la génétique ? De plusieurs façons : en rendant le cerveau plus volontiers anxieux, en le rendant plus sensible aux excitateurs que sont les neurotransmetteurs comme la sérotonine, la dopamine, le brain-derived neurotrophic factor… car ces systèmes jouent à la fois sur l’humeur, l’anxiété et la prise alimentaire… en la découplant de ses signaux métaboliques (comme la faim). La génétique intervient peut-être aussi en facilitant de système « amaigrisseur » : justement ce qui manque aux personnes obèses : il est facile à l’anorexique de maigrir, alors qu’il lui est difficile de grossir. Pour l’obèse, c’et l’inverse, et il n’est pas impossible que ceci soit « piloté » (en partie) par des facteurs génétiques.

L’activité physique, quand elle dépasse son but et devient hyperactivité

Un 4ème facteur est l’excès d’activité physique intense. Des études scientifiques, dont certaines prospectives, nous apprennent que le risque de développer une anorexie est deux à trois fois plus grand si l’adolescent était, auparavant, un enfant ou un pré-adolescent qui s’était beaucoup investi dans le sport. Ainsi, Davis et al ont montré que la relation à l’activité physique et la fréquence d’une activité physique soutenue chez les adolescents et leurs parents étaient plus marquées chez ceux qui développeraient une anorexie mentale, par opposition à un groupe d’adolescents contrôles. Parmi leurs patients, 78 % avaient eu ou avaient encore une hyperactivité physique à un moment ou à un autre de la maladie et surtout 60 % d’entre eux avaient exercé une activité sportive à un haut niveau (semi-professionnel, compétition) avant le trouble du comportement alimentaire. Ces malades répondaient même que leur activité sportive s’était accrue au début de leur restriction alimentaire et de leur perte de poids. Les activités sportives en question sont le plus souvent la danse, la gymnastique sous toutes ses formes (au sol ou aux barres), la course d’endurance, la natation. Ce sont, il faut le noter, des sports pour lesquels un poids bas et un contrôle strict de l’alimentation pour ne pas grossir sont importants pour les entraîneurs et le sportif lui-même. Contrairement à une idée répandue, ceci concerne aussi bien l’anorexie mentale que la boulimie.

Société, mirage aux silhouettes

Un 5ème facteur est d’ordre médiatique. Des études prospectives ont montré que la lecture assidue de « journaux de mode » (médias « minceurs », « people », « presse féminine »), avant ou au début de la puberté, chez la fille comme chez le garçon, augmentait par deux à trois le risque de développer des vomissements provoqués, un abus de laxatif, un jeûne de plusieurs jours et une anorexie mentale ou une boulimie dans les trois à cinq ans qui suivaient. L’étude très récente de Van den Berg est plus que convaincante : ils ont étudié deux mille cinq cent garçons et filles âgés de 10 à 17 ans. Ils les ont suivis 5 ans après avoir éliminé ceux qui avaient déjà un TCA. Ils ont noté une relation très nette entre la fréquence de lecture de la presse « mineur » (magazines de mode et « people ») et le besoin de maigrir, le suivi de régime pour maigrir, la pratique, pour maigrir, de comportements nocifs pour la santé : vomissements, abus de laxatifs, jeûne prolongé, tabac. Celles qui lisaient ces articles avaient 3 fois plus souvent de fréquents vomissements provoqués ou d’abus de laxatifs pour maigrir et deux fois plus de comportement de jeûne, de sauts de repas que les filles qui ne lisaient pas ces articles de presse.

La gestion du danger, l’anxiété

Un 6ème facteur est en rapport avec l’anxiété. On trouve 3 à 4 fois plus d’anxiété généralisée, de troubles obsessionnels et compulsifs (TOC) chez des adolescents ou des adultes jeunes qui développeront ensuite un TCA et en particulier une anorexie mentale. Le TCA (par exemple l’anorexie mentale) contribue sans doute à apporter une « solution » anxiolytique au patient : l’anorexie mentale, la restriction alimentaire et la perte de poids volontaire apportent une gratification sociale et diminuent l’anxiété. De plus, la patiente, prise dans son TCA, « oublie » son anxiété.

Un mental qui s’y prête

Un 7ème facteur est lié à certaines caractéristiques mentales : manque de confiance, besoin fort de perfectionnisme, besoin excessif de liens affectifs (en particulier avec les parents).

1.5. Conclusion à propos de cet ensemble de facteurs

On le voit, il existe des composantes sociétales, familiales et personnelles à l’anorexie mentale. Il faut probablement, pour que se constitue une anorexie mentale un faisceau de facteurs dans chacun de ces 3 plans.

  • Il faut une société permissive, avide d’afficher une pensée unique de minceur, de contrôle, de maîtrise, qui pratique par ailleurs l’excès de consommation, mais affiche sa peur de la maladie et de la mort. Il faut sans doute aussi des individus en rupture avec leur environnement, qu’il soit social ou familial. Une société en somme qui nous pousse à affirmer notre liberté dans le refus, puisque nous ne le pouvons plus dans le désir, notamment alimentaire, trop facile à assouvir quotidiennement.
     
  • Il faut une famille plutôt anxieuse ou à tendance dépressive, où les problèmes sont évacués, voire niés. Une famille où l’individu se dit qu’il n’a pas sa place, que ce soit vrai ou non. Une famille où l’un des membres paraît au futur malade « hors de portée », « impossible à aimer comme il le souhaiterait », « le devrait », ou « impossible à quitter ».
     
  • Il faut enfin une personne chez qui sont associés un manque de confiance et un amour propre forts. Car il faut sans doute les deux : un manque de confiance suffisamment fort pour chercher ailleurs qu’en soi même et en ses propres savoirs et savoir-faire le respect de soi même et un amour propre non moins fort pour trouver l’énergie et les ressources à telle fin de suivre longtemps un régime hypocalorique. Car le manque de confiance ne suffit : il conduit en effet à la dépression, au laisser aller, tout ce que l’anorexique déteste ! Le besoin de contrôle, cet excès de perfectionnisme dans lequel elles se perdent, implique un amour propre, un égotisme, de taille. Car maigrir jusqu’à 30 kg nécessite qu’on soit sûre de le faire.

1.6. L'anorexie mentale, quelles conséquences

Il ne faut pas croire, comme l’écrivent les concepteurs des blogs « pro-ana », que l’amaigrissement à tout prix, comme solution à tout, soit l’exemple à suivre, la chose à faire.

  • Car à la suite d’une perte de poids trop forte, trop durable, engendrée par un régime pour maigrir trop sévère, trop longtemps poursuivi, on paie souvent le prix lourd.
  • Car on ne s’allège pas que de kilos sur la balance. A accorder trop de poids à la balance, on se perd en route. On renforce (au début) son estime de soi… mais on perd celle des autres.
  • On perd son identité d’abord. Car l’anorexie mentale ne parle que d’elle, pas de nous. L’anorexie dit « moi Je » et la malade y entend le refrain de son être. Mais l’anorexie est une mauvaise copine.
  • Car, avec la perte de poids s’installe un comportement de désertification : moins de vie sociale, moins de copines et copains, plus trop de petit ami(e).
  • Car avec la perte de poids, à un moment donné, le corps échoue à remplir toutes les fonctions pour lesquelles il était « programmé » : il abandonne les règles menstruelles et derrière elles le cycle si subtil des sécrétions hormonales ; il abandonne le maintien de la température corporelle à un niveau de confort : la malade a alors tout le temps froid. Il abandonne le renouvellement de la peau, des cheveux, des ongles.
  • Car avec la restriction alimentaire et la perte de poids, l’organisme est en manque de nutriments : le cerveau pousse donc la personne à « bouffer » coûte que coûte. En urgence. C’est pourquoi une malade anorexique sur trois sombre, à son corps défendant, dans des crises compulsives alimentaires qu’elle ne peut pas éviter. Mais comme elle ne veut pas grossir, elle provoque un vomissement pour « éliminer » ce qu’elle vient d’ingurgiter.
  • Dans d’autres cas, l’amaigrissement ne suffit pas ou parait insuffisant. Dès lors, la malade se fait vomir. Mais si elle peut vomir, son cerveau lui dit qu’elle peut donc refaire une crise, puisqu’elle pourra l’en débarrasser. Et donc… elle « crise ».
  • Avec la perte de poids, on entre un jour dans la dénutrition, surtout quand l’alimentation est trop carencée. La peau se flétrit, les ongles cassent, les cheveux deviennent ternes et tombent, les gencives font mal. Curieusement, alors qu’on peut penser que la malade, sans s’en rendre compte, cherchait l’éternelle jeunesse, l’immortalité (en ne consommant pas), elle trouve une peau de parchemin, un petit air de momie. Triste paradoxe. Mais l’anorexie mentale n’en est pas à un paradoxe près.
  • Avec la perte de poids vient l’arrêt des règles (aménorrhée). Mais ce ne sont pas que les règles que l’on perd. Avec elles, on perd l’envie, on perd la femme qu’on était en train de devenir. On perd la joie du premier baiser et l’amour avec.
  • Avec l’anorexie mentale, on gagne la présence de ses proches, leur attention de tous les instants. Quelle joie mais quelle joie dérisoire au fond, puisque cette attention est tournée vers l’assiette, vers les calories, vers les haricots verts et que les échanges, le partage des idées et des idéaux est manquant. Aux abonnés absents. Plus personne sur la ligne qui mène de moi aux autres.

1.7. Pour conclure

On entre en anorexie de façon souvent bien banale. On en ressort trop souvent des années plus tard, meurtri, seul, exsangue. La vie a passé, sans nous. Les autres ont joué, se sont impliqués (parfois), se sont engagés, ont aimé, détesté, capitulés, gagné… Vécu en somme. Et la malade anorexique, qui a regardé les autres joué, du bord de la touche, sur le rebord de son monde virtuel, auto-suffisant se souvient. Se souvient comme elle était belle, quand elle vibrait d’émotions. Alors elle se sent nulle et… replonge aussitôt, faute de savoir-faire autre chose… dans l’anorexie mentale.

2. La boulimie

2.1. Historique de la boulimie

Contrairement à ce l'on peut parfois lire ou entendre, il est hasardeux de considérer que les banquets de l'époque de l'empire romain (orgies de nourriture) entrent dans le cadre des conduites boulimiques. En effet, même si les apparences vont dans le sens d'une similarité dans les aspects de quantité de nourritures ingérées et dans, parfois, l'utilisation de vomissements pour se soulager, le contexte est radicalement différent.

Il convient de rappeler certains faits qui différencient les moeurs romaines aussi démesurées soit-elles des comportements boulimiques. Tout d'abord, la quantité et la rareté sont une obsession de la société romaine de l'empire OCTAVIUS rival du célèbre APICIUS (1er siècle après JC) allant jusqu'à payer 5000 sesterces pour un surmulet d'une taille exceptionnelle, sans que la question de son goût n'entre jamais en compte, de manière à impressionner ses convives. Le banquet est un acte social, et non solitaire comme la boulimie, où le statut de l'hôte est caractérisé par l'abondance et la rareté, donc la cherté des plats proposés. Les plats proposés, dans un contexte de richesse extrême de la puissance invitante il ne faut pas l'oublier, ne représentent aucunement un échantillon signifiant de l'alimentation romaine.

Ainsi le cliché du gavage suivi de vomissements ne s'applique qu'à une minorité d'invités de marque, eux-mêmes issus d'une minorité de personnages suffisamment notables pour être invités dans le cadre d'un banquet, c'est à dire une partie infime de la population romaine.

Pendant quelques quatorze siècles, après la chute de l'Empire romain d'Occident en 476, seuls quelques rares descriptions médicales parleront de "boulimus" qu'il faudrait peut-être plus rattacher à de l'hyperphagie qu'à une véritable boulimie telle que nous la concevons.

Le "New Dictionary of Medical science " au 19ème siècle donne la définition du terme "boulimia " : de bœuf et de faim - (faim de bœuf) : l'appétit féroce. Cependant, entre 1844 et 1944, il n'apparaîtra dans la sphère médicale américaine aucune description de boulimie.

En Europe, nous retrouvons GULL, qui repère en 1873 que certains patients présentent entre les périodes de renoncement à la nourriture des périodes d'appétit particulièrement vorace mais aussi LASEGUE qui décrit un "faux appétit impérieux" dans un comportement inverse à l'anorexie chez certains hystériques. Pierre JANET décrit en 1903 avec le cas de Nadia un comportement boulimique franc.

Aux Etats-unis en 1959, STUNKARD, rapproche la boulimie de l'obésité. La boulimie mettra très longtemps à se différencier de l'anorexie et de l'obésité en tant qu'entité autonome, grâce, en France, aux travaux de Laurence IGOUIN et de Bernard BRUSSET à la fin des années 70.

2.2. La boulimie de nos jours

La boulimie est définie comme la répétition de crises de boulimie au moins deux fois par semaine. La crise de boulimie consiste en l’ingestion d’une grande quantité d’aliments en un temps court, sans faim, ni plaisir, ni rassasiement, avec la pensée forte de perte de contrôle.

Parce que la malade a peur de grossir ou de mal grossir et qu’elle porte trop d’estime de soi sur la minceur, la crise se termine par des vomissements provoqués.
Parfois (rarement), la malade ne peut pas se faire vomir. Comme la pensée anorexique est forte, elle cherche d’autres stratégies pour perdre du poids ou ne pas en prendre : elle se met alors à développer une hyperactivité physique, jeûne un ou plusieurs jours, ne mange rien aux repas, supprime toutes les matières grasses, use ou abuse de laxatifs ou de pilules amincissantes…

Fait important, les malades qui souffrent de boulimie sont, dans 90 % des cas, de poids normal. C’est leur forte pensée anorexique qui en est responsable.
Il y a donc assez souvent (deux tiers des cas), une altération de la perception de son image corporelle, de son poids ou de la forme de son propre corps. La malade boulimique, comme la malade anorexique, "se sait maigre, mais se sent grosse".

A priori, il n’y a pas de maladie mentale ni physique associée. Pour autant, assez souvent (10-15 % des cas) la boulimie est associée à des conduites compulsives autres : alcool, cannabis et surtout tabagisme. Comme dans l’anorexie mentale, il y a un refus de manger, « par peur de grossir ». C’est à cause de cette restriction alimentaire que naissent les crises.

2.3. Qui la boulimie mentale touche-t-elle ?

Fréquence : Nulle part, il n’a a de données nationales sérieuses. Des données en Côte d’Or suggèrent que 4,5 % des jeunes filles de 15 à 25 ans et 4,2 % des femmes de 25 à 45 ans sont touchées par la boulimie.

Sexe : Ce sont massivement des femmes qui en souffrent : 95 % des malades qui en souffrent sont de sexe féminin. Il n’y a donc qu’un un homme (ou garçon) pour 19 femmes (ou filles).

Age : La boulimie commence en règle au milieu de l’adolescence, plus tard que l’anorexie mentale : entre 16 à 30 ans dans 90 % des cas, femmes plus âgées dans 5 % des cas.

Milieux : La boulimie touche toutes les classes sociales et tous les pays du monde, à l’exception semble-t-il de l’Afrique. En France, toutes les ethnies sont touchées, sauf les Français de père et mère africains noirs. Elle frappe à la campagne comme à la ville. Ce n’est pas du tout une maladie de jeunes filles « universitaires ».

Début : 5 fois sur 10, La boulimie commence par un régime pour maigrir ; 3 fois sur dix, La boulimie a été précédée par une anorexie mentale. Deux fois sur 10, c’est une dépression qui a inauguré le troubles du comportement alimentaire. S’il y avait eu régime pour maigrir, il n’était justifié par un vrai surpoids que dans 25 % des cas.

Troubles mentaux : On ignore laquelle, et même si une seule zone du cerveau est touchée. Ce qui est en cause, ce sont sans doute les neurotransmetteurs cérébraux « excitateurs » comme la sérotonine, les amphétamines cérébrales. La boulimie correspond sans doute à un « épuisement » des réserves en ces neurotransmetteurs. Il ne s’agit pas d’une psychose.
Associés à la boulimie, on retrouve de l’anxiété, une tendance dépressive (15-20 % das cas), un besoin excessif de perfection (80 % des cas), une difficulté à s’opposer à l’autre (90 % des cas), un manque de confiance (95 % des cas), un manque d’estime de soi (90 % des cas).
Chez le garçon, un comportement anorexique n’a rien à voir avec l’homosexualité (chez la fille non plus).

2.4. Les facteurs en cause dans la boulimie

La boulimie est un trouble du comportement alimentaire (TCA). Dans cette expression, il y a 3 mots clés : « trouble », « comportement » et « alimentation ». Comme dans l’anorexie mentale.

Il est opaque, ce comportement qui se fait en moi autour de l’alimentation et qui dit si bien mon mal être

1. Un trouble signifie quelque chose d’opaque : l’eau trouble ne permet pas de voir le fond. La malade boulimie ne comprend pas pourquoi elle fait ce qu’elle déteste le plus au monde. Elle ne voit pas la signification de cette crise à laquelle elle ne peut échapper. De plus, elle ne le fait pas exprès. Mais dans ce mot « trouble », se cache aussi l’idée d’un mal être. Le mal être est ici aussi au cœur de la boulimie : il était parfois là avant, même si la malade ne le savait pas. Surtout, ce mal-être est toujours là pendant : à chaque fin de crise, entre les crises… Dans ce mal être, la pensée négative envahit la patiente, qui souffre de ne pas exister, être soi-même. Elle aussi, comme l’anorexique, est en panne d’identité.

2. « Comportement » implique que la personne a mis en place une série d’actions qui en elle « font sens ». Un comportement est une habitude sous-tendue par une pensée émotionnelle : une habitude se met en place pour que le cerveau n’ait pas à gérer consciemment tout ce que nous faisons. Il fige donc le système comme « naturel ». Ainsi ai-je l’habitude de manger de la soupe le soir, ou de manger mon pain avec mes féculents. La personne n’y réfléchit pas et n’a aucun ressenti véritable. Il peut en changer facilement, sans que ceci lui coûte. Un comportement implique une série d’actions en réponse à une ou des stimulations venues de l’extérieur ou de l’intérieur de nous-mêmes. C’est donc une réponse, adaptée ou non, à quelque chose de ressenti. « Comportement » implique une réponse à un ressenti : ma crise de boulimie « répond » à un mal-être et le réduit. Un comportement boulimique a tout à voir avec l’émotionnel, alors qu’une conduite reste dans le rationnel.

3. « Alimentaire », de toute évidence, renvoie à l’alimentation. Mais qu’est au fond l’alimentation ? On y voit actuellement 4 missions :

  1. nourrir son corps
  2. partager avec d’autres une fonction vitale facile à partager
  3. faire des expériences du côté du plaisir, expériences « simples et sans guère de risque »
  4. enfin participer à la gestion de ses émotions.

Dans la boulimie, il y a « perversion » de l’acte alimentaire au sens psychanalytique du terme : l’alimentation est détournée de ses buts fondamentaux : nourrir, partager, se faire plaisir. La crise de boulimie est une pulsion où la chose mangée vient combler un vide ressenti d’une part, et permettre de gérer la culpabilité d’autre part : la malade boulimique s’arrête souvent quand son estomac, bourré, lui fait mal.

Cet obscur objet de mon désir

La boulimie contient en son sein un « appétit » énorme. Il y a la pensée anorexique et donc, comme dans l’anorexie mentale, à la fois cette envie de goûter, au travers de l’alimentation, à un plaisir interdit, et, tout à fait à l’opposé, cette peur, de plus en plus forte, que les autres voient en vous ce ventre de plaisir qui réclame toujours plus. La différence, de taille, avec l’anorexie mentale, est que la malade boulimique le fait : elle cède, souvent chaque jour, à des crises qui la répugne plus que tout autre. Elle est la caricature effrayante de notre société d’abondance et de consommation : d’un côté cette furieuse offre de consommation, qui va nous chercher jusque dans nos foyers, au travers de la petite lucarne télévisuelle et de tous les autres médias ; de l’autre ce besoin de maîtrise de nos vies et de notre propre mort qui nous pousse à jeûner, à s’hyperactiver, à ne guère manger aux repas..

Jeûne et jeunesse, ce qui se perd et ce qui meurt

Car, intimement, jeunesse et jeûne sont liés : la langue elle-même et de nombreuses religions affectent au jeûne un pouvoir d’immortalité, de toute puissance. En consommant sans contrôle de grande quantité de nourriture, la malade boulimique se sent mourir. Au bout du compte, consommer sa vie, c’est la finir, c’est mourir : ne plus que manger et mourir, disent certaines patientes.

Famille, je t'aime et je te hais

Nous l’avons vu, les repas pris ensemble donnent du sens au mot « famille ». La famille, ce sont ces gens avec qui j’ai l’habitude de manger. Donc, la peur de les perdre, la colère que j’ai contre eux, l’angoisse qu’ils ne m’aiment plus (ou pas) me rend avide d’engouffrer ces quantités énormes de nourriture. Dans cette société en « mal de famille », où bien des familles sont décomposées à force d’être recomposées, ou d’autres se cherchent (un sens), dans une société où il devient difficile de quitter sa famille (faute de travail par exemple), dans une société enfin où la valeur « famille » n’est plus une valeur ajoutée, il n’est peut-être pas illogique que la boulimie voit sa fréquence augmenter. Car la boulimie, c’est à dire la peur de l’acte social de manger : aucune boulimique quasiment ne fait ses crises en présence d’autrui. Toutes souffrent d’avoir à manger (aux repas) avec d’autres.

La famille, c’est aussi bien sûr ce que l’on doit quitter, lorsqu’il est temps. Mais quand on fait partie de ces « futures » malades boulimiques, quitter, justement, on ne le peut pas. Cet acte d’indépendance vous coûte au fond, parce qu’il vous fait peur : loin des yeux et loin du cœur pense-t-on, là où d’autres admettent que loin des yeux peut renforcer le sentiment d’amour. Sans doute, au plus profond de la personne qui va plonger dans la boulimie, il y a cette peur de l’oubli dans la séparation… et ce rappel que la séparation est toujours une petite mort. Ce besoin du lien affectif, très fort, que parfois elles rejettent avec autant de force qu’elles le désirent.

Le sexe et la boulimie : un lien indiscutable

Les TCA sont près de vingt fois plus fréquents chez les jeunes filles et jeunes femmes que dans le sexe masculin : 90- 95 % des boulimiques sont des femmes. Mais pourquoi donc le sexe féminin ? Il y a 3 raisons à ceci : une sociétale, une familiale et une physiologique. La société pèse beaucoup plus lourd sur le poids des filles que sur celui des garçons. Ceci est surtout vrai à l’adolescence : ce sont les journaux de « filles » qui proposent les régimes pour maigrir ; c’est sur les filles que s’exerce le dictat de la mode minceur. Pourquoi elles ? Est-ce parce que, dans nos sociétés où hommes et femmes travaillent côte à côte, il paraît utile de protéger la femme du regard de l’homme, de ne pas trop donner de forme aux femmes. Mêmes silhouettes. Or, au moins trois malades boulimiques sur quatre ont commencé leur boulimie par un régime hypocalorique qui a mal fini. Pour la fille, la minceur, cette silhouette de garçon, serait une protection inconsciente contre son désir (à lui, mais peut-être aussi à elle)… La raison familiale de ce lien de la boulimie avec le sexe féminin est que c’est la femme qui est la « mère nourricière » symbolique. La jeune fille n’ignore pas qu’elle doit être une femme, une mère avec ce qu’il faut de poitrine et de ventre pour porter. La mère, elle le sait, nourrit la famille. Symboliquement, dans la crise où son ventre va exploser tant elle le bourre, le ventre « prend des allures » de ventre de femme enceinte ! Et la malade boulimique le déteste pour ceci ! Chez la malade boulimique, la pensée anorexique domine très souvent. Elle a été anorexique une fois sur trois.

Quand la boulimie frappe, elle le fait assez tôt

L’âge : dans 90 % des cas, la boulimie se développe à l’adolescence. Entre 15 et 22 ans. Les filles de 14 à 18 ans sont dix fois plus touchées que les filles de 8 à 14 ans et 10 fois plus que les femmes de plus de 25 ans. On ne connaît que très peu de cas de boulimie avant 14 ans : peut-être 1 pour mille. Rares sont les boulimies qui démarrent au-delà de 30 ans : moins de 5 % des cas. Plusieurs raisons peuvent être proposées: l’adolescence est l’âge des ruptures : rupture avec la famille, rupture avec l’enfance, rupture avec les habitudes d’avant. Il faut quitter en somme et c’est difficile de quitter quand on manque de confiance, qu’on a besoin de liens affectifs plus que d’autres. Avec la puberté, le corps change, et beaucoup plus celui de la fille que celui du garçon (cf anorexie mentale). La malade boulimique déteste tout autant sa « graisse » que l’anorexique !

La part de l'inné

La génétique : Il est indiscutable que la boulimie est en partie d’origine génétique (probabilité statistique de se tromper inférieure à 5 %). Des jumeaux vrais (c’est-à-dire comme un clone l’un pour l’autre ; on dit jumeaux homozygotes) ont été comparés à de faux jumeaux, c’est à dire hétérozygotes (qui ne partagent entre eux leurs gènes ni plus ni moins que n’importe quels frères et sœurs) : la fréquence de la boulimie est 3 fois plus grande si l’un des jumeaux homozygotes est anorexique ou boulimique que si les jumeaux sont hétérozygotes. Les études de parents proches le confirment : s’il y a une personne touchée par un trouble du comportement alimentaire (TCA) parmi les proches (père, mère, frères et sœurs), le risque de développer une boulimie est 3 à 4 fois plus grand. Mais ce pourrait être lié au fait que la personne « copie » le comportement de ce proche. Mais le risque reste multiplié par 3 si l’on regarde la famille éloignée (sans contact direct). Depuis, les scientifiques ont isolé plusieurs gènes de sensibilité à la boulimie: ces gènes se situent dans des zones qui gèrent le comportement, le besoin (l’addiction) et le comportement d’ingestion. Mais ces études disent aussi que la boulimie serait plus fréquente dans les familles où existe une susceptibilité à l’anxiété et/ou à la dépression. Enfin, cette transmission génétique n’est pas spécifique d’un TCA donné. Il est enfin clair qu’il y a des cas de boulimie sans cas familial.

Comment peut intervenir la génétique ? De plusieurs façons : en rendant le cerveau plus volontiers anxieux, en le rendant plus sensible aux excitateurs que sont les neurotransmetteurs comme la sérotonine, la dopamine, le brain-derived neurotrophic factor… car ces systèmes jouent à la fois sur l’humeur, l’anxiété et la prise alimentaire… en la découplant de ses signaux métaboliques (comme la faim). La génétique intervient peut-être aussi en facilitant le système amaigrissant : il est difficile à une personne boulimique de rester anorexique, car se faisant, elle épuise son cerveau en neurotransmetteurs excitateurs… et la dépression la reprend… et la crise boulimique gère sa dépression.

L’activité physique, quand elle dépasse son but et devient hyperactivité

L’activité physique intense. Elle ne touche pas que les anorexiques. Une boulimique sur deux se plaint, au moins au début, d’hyperactivité physique. Des études scientifiques, dont certaines prospectives, nous apprennent que le risque de développer des vomissements provoqués est trois fois plus grand si l’adolescent était, auparavant, un enfant ou un pré-adolescent qui s’était beaucoup investi dans le sport. Ainsi, Davis a montré que la relation à l’activité physique et la fréquence d’une activité physique soutenue chez les adolescents et leurs parents étaient plus marquées chez ceux qui développeraient une boulimie ou une anorexie, par opposition à un groupe d’adolescents contrôles. Ces malades répondaient même que leur activité sportive s’était accrue au début de leur restriction alimentaire et de leur perte de poids. Les activités sportives en question sont le plus souvent la danse, la gymnastique sous toutes ses formes (au sol ou aux barres), la course d’endurance, la natation… et le mannequinat. Ce sont, il faut le noter, des sports pour lesquels un poids bas et un contrôle strict de l’alimentation pour ne pas grossir sont importants pour les entraîneurs et le sportif lui-même.

Société, mirage aux silhouettes

La part des médias. Des études prospectives ont montré que la lecture assidue de « journaux de mode » (médias « minceurs », « people », « presse féminine »), avant ou au début de la puberté, chez la fille comme chez le garçon, augmentait par deux à trois le risque de développer des vomissements provoqués, un abus de laxatif, un jeûne de plusieurs jours, une anorexie mentale ou une boulimie dans les trois à cinq ans qui suivaient. Une autre étude, récente, est très illustrative de ce phénomène : Van den Berg a étudié deux mille cinq cent garçons et filles âgés de 10 à 17 ans. Ils ont éliminé ceux qui avaient déjà un TCA et ont suivi les autres 5 ans. Ils ont noté une relation très nette entre la fréquence de lecture de la presse « mineur » (magazines de mode et « people ») et le besoin de maigrir, le suivi de régime pour maigrir, la pratique pour maigrir de comportements nocifs : vomissements, abus de laxatifs, jeûne prolongé, tabac. Celles qui lisaient ces articles avaient 3 fois plus souvent de fréquents vomissements provoqués ou d’abus de laxatifs pour maigrir et deux fois plus de comportement de jeûne, de sauts de repas que les filles qui ne lisaient pas ces articles de presse.

La gestion du danger, l’anxiété

L’anxiété, préexistante ou présence, est une source importante de crises de boulimie. On trouve 3 à 4 fois plus d’anxiété généralisée, de troubles obsessionnels et compulsifs (TOC) chez des adolescents ou des adultes jeunes qui développeront ensuite un TCA et en particulier une boulimie. Le TCA et notamment la boulimie apportent sans doute une solution, très temporaire certes, à l’anxiété du patient : son cerveau lui dit qu’il a trouvé de quoi gérer l’angoisse (de vide, de vivre, de l’avenir). Le patient répète la crise pour ne pas penser et la crise le soulage effectivement. C’est cette particularité, qui n’est pas partagée par bien d’autres gens, qui explique pourquoi cette personne à la pensée anorexique, et qui déteste donc l’idée de « bouffer jusqu’à en crever » le fait. Prise dans sa boulimie, elle « oublie » son anxiété.
Un mental qui s’y prête

On trouve dans la boulimie les mêmes causes psychiques que dans l’anorexie mentale : le manque de confiance, le besoin fort de perfectionnisme, de maîtrise, le besoin excessif de liens affectifs (en particulier avec les parents), la peur de s’opposer (par « peur » du conflit). L’imade de soi n’est pas forte et l’image de son corps bien négative. On se sent grosse de toutes ces envies, de tous ces désirs, de toutes ces colères qui vous « bouffent » de l’intérieur, faute d’un terrain d’expression à l’extérieur.
Conclusion à propos de cet ensemble de facteurs

On le voit, il existe des composantes sociétales, familiales et personnelles à la boulimie. Il faut probablement, pour que se constitue la boulimie un faisceau de facteurs dans chacun de ces 3 pôles.

  • Il faut une société qui affiche l’importance pour elle de la minceur, comme « pensée unique » concernant la silhouette ; cette société doit également être très soucieuse de contrôle, de maîtrise. C’est aussi une société de consommation, où tout ce qui est alimentaire est à portée, facile à se procurer et à manger. Une société en somme qui nous pousse à affirmer notre liberté dans le refus (l’anorexie, la restriction, le jeûne), et « valide » notre besoin d’être comblés (la crise).
     
  • Les personnes qui en souffriront sont aussi des personnes en rupture avec leur environnement, qu’il soit social ou familial. Qui se disent qu’ils ne sont pas aimés comme ils le voudraient.
     
  • Il faut une famille plutôt anxieuse ou à tendance dépressive, où les problèmes sont évacués, voire niés. Une famille où l’individu se dit qu’il n’a pas sa place, que ce soit vrai ou non. Une famille où l’un des membres paraît au futur malade « hors de portée », « impossible à aimer comme il le souhaiterait », « le devrait », ou « impossible à quitter ».
     
  • Il faut enfin une personne chez qui sont associés un manque de confiance et un amour propre forts. Car il faut sans doute les deux : un manque de confiance suffisamment fort pour chercher ailleurs qu’en soi-même et en ses propres savoirs et savoir-faire le respect de soi même et un amour propre non moins fort pour trouver l’énergie et les ressources à telle fin de suivre longtemps un régime hypocalorique. Car le manque de confiance ne suffit pas : il conduit en effet à la dépression. Le besoin de contrôle, cet excès de perfectionnisme dans lequel elles se perdent, implique un amour propre, un égotisme, de taille, une avidité de l’autre.

2.5. La boulimie, quelles conséquences ?

Il ne faut pas croire, comme l’écrivent les concepteurs des blogs « pro-ana », que l’amaigrissement à tout prix, comme solution à tout, soit l’exemple à suivre, la chose à faire.

  • Car à la suite d’une perte de poids trop forte, trop durable, engendrée par un régime pour maigrir trop sévère, trop longtemps poursuivi, on paie souvent le prix lourd.
     
  • Car avec la perte de poids, à un moment donné, le corps échoue à remplir toutes les fonctions pour lesquelles il était « programmé » : il arrête les règles menstruelles et derrière elles le cycle si subtil des sécrétions hormonales. Avec elles, on perd l’envie, on perd la femme qu’on était en train de devenir. On perd la joie du premier baiser et l’amour avec.
     
  • Le corps diminue la température corporelle, pour faire des économies : la malade a alors tout le temps froid. Il abandonne le renouvellement de la peau, des cheveux, des ongles. Les cheveux deviennent moches, secs, cassants, les ongles aussi.
     
  • On entre dans le piège, le cycle fou : on peut vomir, donc on peut manger jusqu’à sentir l’estomac éclater ; on doit vomir, donc il faut beaucoup manger. Pour pouvoir vomir.
     
  • Avec le régime, viennent la frustration et le manque Avec la répétition des crises, vient ce besoin, cette nécessité, cette urgence à en refaire une. Bientôt, sans savoir pourquoi, on ne peut plus s’en passer et la pensée, obsédante, destructrice qu’on perd le contrôle, s’impose chaque jour à notre esprit fatigué. Pourquoi moi, qui suis si douce, si gentille, qui ne veux faire de mal à personne, qui ne veux que maigrir plus, m’enfoncé-je dans ces crises insensées qui me fichent par terre ? Pourquoi moi, dès le matin, j’y pense et ne pense bientôt plus qu’à ça.
     
  • Car, avec la boulimie et la répétition des crises, on perd sa concentration, sa mémoire, les liens mentaux qu’on doit faire pour comprendre.
     
  • On perd le respect de soi même et la confiance. On se sent nulle.
     
  • Plus tard, comme si ceci ne suffisait pas, on va y perdre ses gencives et ses dents, l’estomac va brûler et faire mal, la digestion va devenir difficile et on aura toutes les peines du monde à évacuer (à aller à la selle).
     
  • Mais ce n’est pas grave, on continue parce que c’est comme ça, parce qu’on ne peut plus faire autrement.
     
  • On craque, on n’en peut plus et c’est le moment que choissisent les copains et les copines pour vous lâcher.
    Pas toutes bien sûr, mais celles et ceux que le refus de manger avec elles découragent, celles et ceux qui vous en veulent de choisir toujours la boulimie contre elles et eux. Car vivre avec une personne qui souffre de boulimie comme d’anorexie mentale, c’est épuisant.
     
  • Seuls les parents, la mère et le père, peuvent essayer. Mais ils s’épuisent à ceci et y perdent tout lien vrai avec leur fille (leur garçon), toute affection profonde, celle qui repose et qui vous donne la sérénité. Ils survivent dans la tourmente, ils dépriment et cherchent un soutien. Et parfois la maladie finit de briser le couple des parents.
     
  • Certes, la malade, sans s’en rendre compte, cherche l’attention de ses proches, une attention de chaque instant. Mais ce qu’elle obtient est un bien pâle reflet de l’amour. Elle le sait au fond, et ça la déprime. Alors, par désespoir… elle refait une crise.

2.6. Pour conclure

On entre dans la boulimie par le régime, par la déprime ou par l’anorexie. C’est un enfer car la personne doit chaque jour faire le grand écart entre sa pensée et son comportement anorexique et ses crises de boulimie.

C’est invivable. Elle y perd son estime d’elle-même, sa santé physique, sa forme, sa santé mentale, elle déprime et angoisse et, comme une drogue, elle ne peut s’en passer.

Heureusement, on en sort. On peut en guérir. Mais il faut accepter de se soigner… et vite. Car plus on attend et plus c’est dur de s’en sortir.

 

Publié en 2008