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L'alcool fait-il grossir ?


Résumé: L’alcool vaut 7 kcal/g d’alcool pur. Pourtant, les études transversales et longitudinales ne mettent pas en évidence un lien corrélatif bien clair entre consommation d’alcool et indice de masse corporelle. Ceci s’explique par le fait que l’oxydation de l’alcool aboutit à la consommation de NADPH, à partir du NADH. Or c’est le couple NADH et ATP qui « produit » de l’énergie sous forme de chaleur. L’alcool est brûlé plus qu’il n’est stocké. De plus, l’alcool favorise la vasodilatation cutanée et la sécrétion de catécholamines, ce qui augmente la dépense énergétique.
Summary: Alcohol has an energy content of 7 kcal/g of pure alcohol. However, there was no clear statistical correlation between alcohol consumption and body mass index in transversal as well as in longitudinal studies. This is related to the fact that alcohol stimulates NADPH oxidation, from NADH. Now, this is the couple NADH-ATP which produces energy, and thermogenesis. Thus alcohol is consumed more than it is stored. Futhermore, alcohol increases vasoactive processes (vasodilatation) and catecholamine secretion. Thus, resting energy expenditure and diet-induced thermogenesis increase.

L’alcool est un nutriment énergétique non indispensable. Sa consommation par l’homme répond chez l’homme à trois fonctions :

1. Une fonction énergétique
2. Une fonction hédonique
3. Une fonction thymique (régulation de l’humeur).

1. La fonction énergétique

L’alcool, lorsqu’il est mis au sein d’une bombe calorique (instrument pour mesurer la combustion des nutriments), rend 7 kcal par gramme, contre 4 kcal pour glucides et protéines et 9 kcal/g pour les lipides. C’est donc un nutriment très énergétique.

On ne consomme bien sûr pas de l’alcool pur. Nous consommons des boissons alcooliques et / ou des boissons alcoolisées. Les 1ères ne contiennent rien d’autre que de l’alcool et de l’eau, alors que les secondes contiennent d’autres substances : en règle du sucre sous forme de fructose et / ou de lactose (cocktails). Ainsi, les liqueurs sont-elles très riches en glucides (28-30 g pour 100 ml), le Brandy également (30 g pour 100 ml) et les vins doux aussi -Porto, Muscat, Amaretto… (14-15 g pour 100 ml) et. La bière est à part : elle contient en effet du malt, soit 4 g de glucides pour 100 ml, sans paraître sucrée.

1.1. Comment calcule-t-on la teneur en alcool d'une boisson ?

alimentation_alcool4.jpgLe « degré » d’alcool est marqué sur la bouteille : un vin à 11° (11% vol) signifie que le vin contient 11 volumes d’alcool pur pour 100, soit 11 ml / 100 ml. La densité de l’alcool éthylique étant de 0,8, on en déduit que le vin à 11° contient 11x0,8 = 8,8 g d’alcool pour 100 ml, soit 88 g par litre de vin à 11°. Le Pastis ou le Ricard à 40° contiennent 45% vol, soit 36 g pour 100 ml, soit 360 g par litre. Du vin à 12 « degré » contient 12 mL pour 100 mL, soit, avec une densité de 0,8, 12 x 0,8 = 9,6 g pour cent, donc en gros 10 g d’alcool pur par petit verre.

Fait important, les cafetiers savent depuis longtemps que la dose qui a un effet « positif » mesurable chez la grande majorité des gens, sans les rendre complètement ivres, est de 10 g. Donc, au « bistro », la dose, quelle que soit la boisson, est de 10 g d’alcool pur. Le volume du verre qui est servi en dérive : un grand verre de bière et un petit verre de pastis ou de vodka !

Les méfaits liés à l’alcool sont tous corrélés au poids (g) d’alcool pur ingéré et à la durée d’exposition.

1.2. La teneur en alcool et les calories : pas si simple

Le degré d’alcool donne donc l’apport absolu en alcool. En multipliant par 7, on a l’apport en kcal. Ainsi un litre de vin à 12° (12 volumes pour 100 ml) apporte-t-il 96 g d’alcool pur, soit 672 kcal.

Cet apport énergétique est à la base de la sensation de chaleur qui suit une consommation d’alcool. Certains travailleurs manuels « utilisaient » cette propriété du vin sur les chantiers. Une personne alcoolique consommant au moins un litre de vin par jour (et beaucoup en consomment beaucoup plus !) devrait donc grossir beaucoup, puisqu’on admet qu’en moyenne, un excès de 7 kcal équivaut à une prise de poids de un gramme. Donc, un apport en excès d’au moins 672 kcal par jour (par un litre de vin à 12°) devrait aboutir à une prise de poids d’au moins 96 g par jour.

Or, qu’observe-t-on ? En moyenne, les gros consommateurs d’alcool ne sont pas plus gros que les autres (1,2). Il y a même plus : certaines publications font état d’un indice de masse corporelle (IMC) inférieur chez des alcooliques à la moyenne nationale.

Comment ceci se peut-il ? La 1ère explication, séduisante, est que les sujets alcooliques mangent moins « calorique », puisqu’ils boivent plus. Leurs apports énergétiques totaux, alcool compris, seraient inférieurs à ceux des sujets normaux. De fait, on a noté que les malades atteints d’hypertension portale sur cirrhose alcoolique avaient des apports énergétiques, protéiques et glucidiques diminués. Mais ce n’est absolument pas le cas des personnes alcooliques non cirrhotiques, ni même des malades cirrhotiques sans hypertension portale (cirrhose compensée). Les études concordent : ces malades ne mangent pas moins que les sujets sains et leurs apports en macronutriments –protéines, lipides et glucides- n’en diffèrent pas (3).

Mais ceci est peut-être lié à l’alcoolisme maladie : dans l’alcoolisme, l’anxiété est plus fréquente que dans la population. Aussi, qu’en est-il en cas de consommation « courante » d’alcool ? Les plus gros consommateurs sont-ils plus gros que les autres ? Dans l’étude française de Kesse et al (4), 100.000 femmes adultes ont été étudiées : consommation d’alcool (7 classes), apports énergétiques et poids. Après ajustement sur les calories dérivées de l’alcool, ils ont montré que la consommation d’alcool était associée à de plus grands apports en énergie et en lipides, en fer, en cholestérol et en acides gras. Elle était aussi associée à une plus grande consommation de fromages, de viandes, de féculents, de pain et d’huile. Donc, dans ces études, la consommation d’alcool est plutôt liée à des apports énergétiques totaux, alcool inclus, plus élevés que ceux des sujets normaux. Le même résultat est retrouvé par Ruf et al (3) : l’apport lipidique, protéique et énergétique est un tout petit peu plus grand chez les buveurs d’alcool que chez les non buveurs. Donc, puisqu’ils mangent plus « énergétiques », ils devraient être plus gros !

Les résultats des études épidémiologiques concernant la relation entre indice de masse corporelle et consommation d’alcool ne sont pas tous concordants, mais vont dans le même sens. Certaines trouvent une relation significative positive, d’autres pas de corrélation. L’étude de Duvigneaud et al (5) en Belgique a porté par exemple sur 485 hommes adultes et 362 femmes ; elle a trouvé une corrélation, attendue, entre IMC et l’apport énergétique total, en protéines et en lipides, mais pas entre IMC et alcool. En revanche, la circonférence de taille était plus élevée chez les hommes (pas les femmes) qui consommaient de l’alcool que chez les non consommateurs. Les mêmes auteurs, dans une étude portant sur 4.903 hommes et femmes Flamands, ont noté, par analyse de variance, une relation entre consommation d’alcool et IMC, mais seulement chez les hommes (6). Une étude espagnole sur 3.421 sujets, dont 19 % étaient obèses, n’a trouvé aucun lien entre consommation d’alcool et risque d’obésité (7). Männistö et al en Finlande (1,2) ont analysé les apports alimentaires, la consommation d’alcool et l’IMC de 27.215 hommes adultes Finlandais (1996). Ils n’ont montré aucune corrélation entre apports énergétiques et consommation d’alcool ni entre alcool et IMC. L’alcool total n’était pas lié à l’IMC. En revanche, une faible corrélation était notée entre IMC et consommation d’alcool fort (spiritueux) et IMC et consommation occasionnelle d’alcool (sporadique, comme par exemple une fois par semaine). Dans l’étude française de Kesse et al (4), aucune relation nette n’était notée entre quantité d’alcool consommée et IMC.

L’analyse de ces études suggère, puisque les adultes consommateurs d’alcool mangent « plus énergétique » (et un peu plus gras), mais n’ont pas un IMC plus élevé que les abstinents, que l’alcool agit comme des « calories vides » : il n’est pas comptabilisé dans le bilan énergétique (bilan entrées-sorties) qui est pris en compte pour la prise de poids.

Ceci s’explique par la biochimie. En bombe calorimétrique, in vitro, l’alcool est consumé sous forme de chaleur ; ces liaisons carbone et hydrogène sont libérées et produisent de la chaleur à raison de 7,1 kcal/gramme.

En revanche, au sein de l’organisme, l’alcool est métabolisé, surtout chez les gros buveurs, en acétaldéhyde. Il n’aboutit pas totalement à une synthèse d’ATP et donc « produit » moins d’énergie. L’alcool, en particulier chez le buveur habituel ou excessif, est métabolisé dans un système à part, spécifique, le système mitochondrial d’oxydation de l’éthanol (MEOS). L’oxydation de l’alcool y aboutit à la consommation de NADPH, à partir du NADH. Or c’est le couple NADH et ATP qui « produit » de l’énergie sous forme de chaleur. L’alcool est donc consumé (combustion) plus qu’il n’est stocké. De surcroît, l’alcool accroît les systèmes producteurs d’énergie, par la vasodilatation cutanée qu’il induit : le sang y est plus en contact avec l’extérieur ; il est donc plus refroidi et donc le corps doit produire plus d’énergie pour maintenir la température à 37°C. C’est pourquoi les gens sans domicile fixe alcooliques peuvent, après avoir bu, mourir de froid, en ayant l’impression d’être bien au chaud sous leur pont. L’alcool par ailleurs stimule la sécrétion de catécholamines et d’augmente le débit cardiaque : ceci contribue à augmenter la dépense énergétique de repos (métabolisme de base).

L’abus d’alcool concerne en France environ 5 % de la population. Ce sont plutôt des hommes que des femmes. En fait, ce n’est pas l’obésité qui guette le patient alcoolique, mais la dénutrition (perte de poids et défaillance d’une des fonctions de l’organisme) ou la malnutrition (carences et défaillance d’une des fonctions de l’organisme, mais sans perte de poids). Ceci prouve une fois de plus qu’un apport excessif d’alcool n’est pas comptabilisé en calories et n’est pas stocké dans le tissu adipeux.

La malnutrition toucherait environ 15 à 20 % des patients alcooliques. Elle est multifactorielle :

  • Réduction des apports en certains nutriments : dans les 1ères années, ce sont avant tout les micronutriments qui sont touchés : on observe souvent en effet des carences en calcium, fer, folates et vitamines anti-oxydantes (vitamines A et rétinoïdes et E et caroténoïdes, vitamine C). Ceci est en fait plus liée aux conditions socio-économiques des malades (prix et stockage des fruits et légumes) qu’à la réduction de l’appétit. Celui-ci est en effet longtemps conservé.
     
  • Réduction de l’absorption des vitamines B1 (thiamine), B6 et PP et de celle du zinc.
     
  • Altération du métabolisme par l’alcool : augmentation par exemple du catabolisme protéique, altération du métabolisme du calcium (favorisant l’ostéopénie), diminution de la synthèse de folates à partir de l’acide folique, piégeage du fer…
     
  • Lésions pancréatiques, salivaires et/ou hépatiques : l’atteinte de la fonction exocrine du pancréas diminue les capacités d’absorption des nutriments : lipides par défaut de lipases pancréatiques, protides par diminution de la sécrétion des exopeptidases (trypsine, chymotrypsine…), glucides à un moindre degré, par réduction de la sécrétion de l’amylase pancréatique, diminution de l’absorption de la vitamine B12 (par déficit en facteur R pancréatique, facteur nécessaire à décomplexer la vitamine B12 alimentaire, liée à des protéines), défaut d’absorption des vitamines liposolubles (A, D, E et K).. L’atteinte hépatique va favoriser la production endogène de glucose, la sécrétion de VLDL, et va réduire la synthèse d’acide folinique.

2. Conclusion

L’alcool, dont la teneur énergétique est de 7 kcal/g d’alcool pur, ne fait grossir que les petits consommateurs d’alcool et surtout pas les alcooliques. Il n’y a pas, en particulier, de lien entre la consommation d’alcool et le poids corporel ou l’indice de masse corporelle. Enfin, les alcooliques sont en règle plutôt dénutris et chez eux les carences en micronutriments pénalisent la santé.

Ce qui est nouveau :
Les études longitudinales mettent clairement en évidence que l’alcool ne fait pas grossir aussi clairement que les lipides. Son rôle sur la synthèse des catécholamines est clairement établi. Le risque de dénutrition lié à l’alcoolisme est évalué à 15 % des malades. Les carences en vitamines et oligo-éléments touchent également 15 % des malades, avant toute perte de poids.

3. Bibliographie

1

Männistö S, Uusitalo K, Roos E, Fogelholm M, Pietinen P>. Alcohol beverage drinking, diet and body mass index in a cross-sectional survey. Eur J Clin Nutr 1997; 51 : 326-32

2

Männistö S, Pietinen P, Haukka J, Ovaskainen ML, Albanes D, Virtamo J. Reported alcohol intake, diet and body mass index in male smokers. Eur J Clin Nutr 1996; 50 : 239-45

3

Ruf T, Nagel G, Altenburg HP, Miller AB, Thorand B. Food and nutrient intake, anthropometric measurements and smoking according to alcohol consumption in the EPIC Heidelberg study. Ann Nutr Metab 2005; 49 : 16-25

4

Kesse E, Clavel-Chapelon F, Slimani N, van Liere M; E3N Group. Do eating habits differ according to alcohol consumption? Results of a study of the French cohort of the European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition (E3N-EPIC). Am J Clin Nutr 2001; 74 : 322-7  

5

Duvigneaud N, Wijndaele K, Matton L, Philippaerts R, Lefevre J, Thomis M, Delecluse C, Duquet W. Dietary factors associated with obesity indicators and level of sports participation in Flemish adults: a cross-sectional study. Nutr J 2007; 6 : 26-34

6

Duvigneaud N, Wijndaele K, Matton L, Deriemaeker P, Philippaerts R, Lefevre J, Thomis M, Duquet W. Socio-economic and lifestyle factors associated with overweight in Flemish adult men and women. BMC Public Health 2007; 7 : 23-32.

7

Mataix J, López-Frías M, Martínez-de-Victoria E, López-Jurado M, Aranda P, Llopis J. Factors associated with obesity in an adult Mediterranean population. J Am Coll Nutr 2005  ; 24 : 456-65.

4. Alcool : Pour la pratique

L’alcool, métaboliquement, « vaut » 7 kcalories au gramme (d’alcool pur). C’est presqu’autant que les lipides (9 kcal/g). On sait que les lipides, consommés en excès, font grossir certaines personnes. On pourrait donc s’attendre à ce que les boissons alcoolisées fassent fortement grossir les gros consommateurs d’alcool, voire les malades alcoolo-dépendants. Or il n’en est rien. Les malades dépendants de l’alcool sont même en moyenne plus maigres que les non consommateurs. Seuls certains petits consommateurs (15-30 g/jour, soit 1,5 à 3 verres de vin) prennent du poids.

L’explication en est le métabolisme hépatique de l’alcool, la vasodilatation et l’augmentation de la dépense énergétique par une consommation régulière d’alcool.
Pire, les malades alcooliques sont à terme fréquemment dénutris. Surtout lorsqu’ils sont atteints de certaines pathologies liées à l’alcool : pancréatite chronique, cirrhose hépatique, neuropathie périphérique : faute en est à la réduction, sur le long terme, de leur apport énergétique et protéiques, mais aussi en calcium et vitamines anti-oxydantes.

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Voir aussi "Alcool et santé"

 

Publié en 2007