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Lait, produits laitiers, calcium et risque de surpoids


Pr D. RIGAUD - CHU Dijon

Lait.jpg  1. apports de calcium

La première étude suggérant un lien entre le poids corporel, l’indice de masse corporelle (IMC, soit le poids/taille2) et l’hypertension artérielle d’une part et les apports de calcium et les produits laitiers d’autre part date de 1983 (Ackley et al, Am J Clin Nutr 1983 ; 38 : 457-61).

Lin et al (2), en 2000, ont suivi deux ans 54 femmes de 18 à 31 ans. Ils ont étudié leur apport en calcium et produits laitiers d’une part et leur IMC d’autre part. Ils ont montré que celles qui avaient les apports les plus élevés en calcium et produits laitiers avaient aussi l’évolution du poids et l’IMC les plus faibles au terme de l’étude.

Carruth et al (3), en 2001, reproduisirent cette étude chez 53 enfants en maternelle. Les filles et les garçons avaient, au terme des deux ans d’étude, moins de masse grasse quand les apports en calcium et produits laitiers étaient les plus élevés.

Heaney et al (4), en revoyant la littérature scientifique en 2002, concluaient à un effet positif du calcium et des produits laitiers sur le poids corporel (l’IMC) et son évolution chez des adolescents et des adultes (4). Leur méta-analyse incluait six études d’observation et 3 études d’intervention (où l’on changeait les apports de calcium). Après calcul mathématique, ils suggéraient que chaque augmentation des apports de calcium de 300 mg par jour (200 g de yaourt, ou 260 ml de lait, ou 30 g de fromage à pâte dure) permettait une « diminution » de 1 kg de poids chez l’enfant et l’adolescent et de 2,5 à 3 kg chez l’adulte.

Skinner et al (5) analysèrent en 2003 l’alimentation de 52 garçons et filles de l’âge de 6 mois à l’âge de 8 ans. Ils conclurent que la masse grasse était inversement corrélée aux apports de calcium et produits laitiers : 30 % de la variance de la masse grasse pouvait être expliquée par les apports de calcium et produits laitiers (P<0,01).

Teegarden, Parikh et Zemel (6-8) aboutirent aux mêmes conclusions, chacun de son côté : un régime hypocalorique enrichi en calcium et produits laitiers permet à des personnes en surpoids ou obèses de perdre plus de poids que le même régime, mais pauvre en calcium et produits laitiers.

Ainsi, Zemel et al, en 2004, montrèrent-ils, chez 18 personnes en surpoids, qu’un régime hypocalorique enrichi en calcium (3 yaourts par jour, soit 560 mg de calcium, avec un apport total de calcium de 1100 mg/jour) permettait une perte de poids plus importante (6,630 kg vs 4,990 kg, P<0,05) que le même régime hypocalorique, mais appauvri en calcium (500 mg/j). Ces auteurs observèrent que la perte de masse grasse était plus importante dans le groupe « yaourt » que dans le groupe contrôle (4,430 vs 2,750 kg, P<0,05). Les mêmes auteurs, un peu plus tard, avaient reproduit la même étude chez 32 femmes en surpoids ou obèses recevant un régime hypocalorique, soit pauvre (400-500 mg/j), soit enrichi en calcium (1200-1300 mg/j) soir par comprimés, soit par produits laitiers. Cette 2ème étude avait confirmé la première : les patientes suivant le régime hypocalorique enrichi en calcium perdirent plus de poids et de masse grasse que les autres.

Cependant, Lappe et al (9) ne confirmaient pas ces résultats chez des filles pré-pubères : ils supplémentèrent (1656 mg/jour) ou pas (961 mg/j) les filles en calcium. Après un suivi de deux ans, ils montraient que la prise de poids et de masse grasse était la même, quels que soient les apports de calcium.

De même, Bowen et al (10), en étudiant des personnes en surpoids qui suivaient un régime très hypocalorique enrichi en protéines (1200 kcal, 90-95 g protéines), ne purent pas montrer qu’un enrichissement en calcium (2400 vs 500 mg/j) permettait une plus grande perte de poids et de masse grasse.

En 2011, Faghih et al (11) ont étudié des femmes avant la ménopause. Dans cette étude prospective randomisée effectuée chez 100 femmes en « pré-ménopause » qui souffraient d’un surpoids ou d’une obésité, ces 100 femmes ont été tirées au sort pour recevoir soit un régime hypocalorique seul, soit ce régime et 500-600 mg calcium en comprimés, soit ce régime et des suppléments lactés pour atteindre une même augmentation (+500-600 mg calcium), soit ce régime et un supplément de « lait » de soja renforcé en calcium avec les mêmes objectifs. Cette étude a montré que les apports en énergie, glucides, lipides et protéines étaient les mêmes dans les 4 groupes. En revanche, dans le groupe « régime + produits laitiers », la perte de poids, la perte de masse grasse et la baisse de la circonférence abdominale étaient plus élevées que dans les autres groupes « renforcement en calcium », eux-mêmes ayant une diminution de poids et de circonférence abdominale plus grande que celle du groupe contrôle.

Murphy et al (12), eux, ont étudié 720 personnes obèses ou en surpoids (51 ans, 94 kg, IMC : 32 kg/m2). Dans cette étude australienne, la consommation de produits laitiers (lait, yaourts, mais pas fromages) était inversement corrélée à l’IMC, à la masse grasse et à la circonférence abdominale.
Selon une méta-analyse plus récente (13), l’effet sur l’IMC d’apport élevé de produits laitiers est plus clair chez les personnes en surpoids ou obèses sous régime hypocalorique pour maigrir. Pour ces auteurs, chez les personnes d’IMC normal, le rôle du calcium est moins net et pas toujours significatif.

Il faut enfin ajouter à ces résultats dans l’ensemble favorable, l’effet clair d’apports élevés en calcium et produits laitiers sur le risque de développer un diabète de type 2 chez les personnes à risque de diabète (14).

Pour se résumer, il semble que l’IMC, qui augmente en moyenne chez les enfants de plus de 5 ans et chez tous les adultes avec le vieillissement, augmente moins quand l’alimentation est riche en calcium et produits laitiers (plus de 1200 mg/j) que quand l’alimentation est pauvre en calcium (500 600 mg/j).


2. Mécanismes

Cette évolution « spontanée » favorable de l’IMC en cas d’apports plus importants en calcium et produits laitiers et cette perte de poids plus grande des personnes en surpoids qui suivent un régime hypocalorique enrichi en calcium et produits laitiers peut paraître étrange. Pour autant, il convient de se rappeler qu’un déficit d’apport en calcium induit une augmentation de la synthèse de la 1-25-OH vitamine D3, ce qui, par effet de conséquence stimule la pénétration de calcium au sein des adipocytes. Cet influx de calcium stimule la lipogenèse et inhibe la lipolyse. Il y a donc accumulation de triglycérides (TG) au sein des adipocytes et donc accumulation de masse grasse. A l’inverse, un apport élevé, mais à dose physiologique (1300-1500 mg/jour), de calcium induit une baisse de la sécrétion de 1-25-OH vitamine D3, une baisse de la lipogenèse et une augmentation de la lipolyse. Les TG intra-adipocytaires sont ainsi oxydés (brûlés). Il en résulte une perte de masse grasse.

Dans les produits laitiers, les effets du calcium s’associent à ceux des protéines du lait (lactalbumine notamment) pour favoriser une diminution de la faim, un rassasiement plus précoce et donc une prise alimentaire moins importante.

3. Conclusion

Il semble bien que des apports de calcium et de produits laitiers dans la tranche élevée des recommandations (1200-1500 mg/ de calcium) soient susceptible d’éviter la prise de poids chez des sujets à risque et de permettre une plus grande perte de poids en cas de régime hypocalorique.

Rappelons à cet égard que deux yaourts de 125 g apportent 430 mg calcium, qu’un bon bol de lait demi-écrémé (300 ml) en apporte 340 mg et que 40 g de fromage à pâte dure 360 mg, soit un total par les produits laitiers de 1130 mg. A ceci, on peut ajouter les apports de calcium lié aux autres aliments.

Rappelons aussi que les personnes qui n’ont pas de problème de poids ou qui sont maigres n’ont pas à tenir compte de ces recommandations.

Rappelons enfin que le calcium est utile à la minéralisation de l’os chez l’enfant et l’adolescent et qu’il est utile à éviter la déminéralisation osseuse passé 30 ans et surtout 50 ans chez la femme.

4. Bibliographie

ylivre07.gif1. Ackley et al. Dairy products, calcium, weight and blood pressure. Am J Clin Nutr 1983 ; 38 : 457-61.
2. Lin YC et al. Dairy calcium is related to changes in body composition during a two-year exercise intervention in young women. J Am Coll Nutr 2000 ; 19 : 754-60.
3. Carruth BR et al. The role of dietary calcium and other nutrients in moderating body fat in preschool children. Int J Obesity 2001 ; 25 : 559-66.
4. Heaney RP et al. Calcium and body weight : clinical studies. J Am Coll Nutr 2002 ; 21 : 152 S – 155 S.
5. Skinner JD et al. Longitudinal calcium intake is negatively related to children's body fat indexes. J Am Diet Assoc 2003 ; 103 : 1626-31.
6. Teegarden D. Calcium intake and reduction in body weight or fat mass. J Nutr 2003 ; 133 : 249 S – 251 S.
7. Parikh SJ et al. Calcium intake and adiposity. Am J Clin Nutr 2003 ; 77 : 281-287.
8. Zemel MB et al. Calcium and dairy products in acceleration of weight and fat loss during energy restriction in obese adults. Obes Research 2004 ; 12 : 582-590.
9. Lappe JM et al. Girls on a high-calcium diet gain weight at the same rate as girls on a normal diet: a pilot study. J Am Diet Assoc 2004 104 : 1361-7.
10. Bowen J et al. Effect of calcium and dairy foods in high protein, energy-restricted diets on weight loss and metabolic parameters in overweight adults. Int J Obesity 2005 ; 29 : 957-65.
11. Faghih SH et al. Comparison of the effect of cow’s milk, soy milk and calcium on weight and fat loss in premenopausal overweight and obese women. Nutrition, Metabolism and cardiovascular diseases 2011 ; 21 : 499-503.
12. Murphy KJ et al. Dairy foods and dairy protein consumption is inversely related to markers of adiposity in obese men and women. Nutrients 2013 ; 5 : 4665-84.
13. Abargouei AS et al. Effect of dairy consumption on weight and body composition in adults: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled clinical trials. Int J Obesity 2012 ; 36 : 1485-93.
14. Aune D et al. Dairy products and the risk of type 2 diabetes : a systematic review and dose-response meta-analysis of cohort studies. Am J Clin Nutr 2013 : 98 : 1066-1083.
 

Publié en 2014