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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie Boulimie Compulsions
Définitions, physiopathologie, épidémiologie et maladies associées
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Obésité Nutrition Alimentation

Anorexie mentale : diagnostic


Pr Daniel RIGAUD, Nutrition (Dijon)

 

L'anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire. C'est une maladie chronique à rechute.

L'anorexie mentale est classiquement (classification internationale) définie comme :

  1. Un refus de maintenir ou de retrouver un poids minimal normal, tel que donné par l'IMC de 18,5 kg/m2 chez la jeune fille et la femme de 18 à 35 ans. La limite pourrait être de 17,5 kg/m2 jusqu'à 16 ans et de 19 kg/m2 chez la femme de plus de 35 ans et chez l'homme de plus de 18 ans,
  2. Une peur de prendre du poids et de ne pas arrêter de grossir, alors même que le poids est déjà plutôt bas,
  3. Une distorsion de la pensée qu'on a de son poids, avec un excès d'influence de la silhouette sur l'image de soi et l'humeur (« si je ne pèse pas moins, je suis nulle »),
  4. Un déni du fait qu'on est malade et un déni de la gravité de la maigreur,
  5. Une aménorrhée.

De l'avis général, les critères 4 et 5 ne sont plus indispensables.

Rappel : l'aménorrhée se voit chez 95 % des malades qui souffrent d'anorexie mentale.

Clairement, l'anorexie mentale est un besoin de maigrir toujours plus et la peur (et donc le refus) de peser un poids normal, même minimal, qui aident le plus au diagnostic d'anorexie mentale.

1. Diagnostic de l'anorexie mentale

Comment peut-on faire le diagnostic simplement ? La formulation à employer est la suivante : « Je vois que vous pesez tant… Ce n'est pas assez. Le poids minimum pour votre sexe, votre âge et votre taille est de … (donner celui d'un IMC à 18,5 kg/m2). C'est ce poids, minimum pour votre taille que je vous propose de retrouver. Qu'en pensez-vous ? ».

Mais ces critères de diagnostic ne regroupent pas tous les cas d'anorexie mentale :

Une adolescente un peu grosse (taille : 1,65 m, poids : 68 kg, IMC 25 kg/m2 à 16 ans) qui se met au régime, qui, 2 mois plus tard, a tellement peur de grossir qu'elle veut encore perdre du poids et qu'elle ne mange plus rien… mais qui pèse 55 kg (-13 kg en 2 mois ! IMC : 20,2 kg/m2) n'est-elle pas déjà au début d'une anorexie mentale ?

Que dire de cette jeune femme de 30 ans qui souffre d'obésité (taille : 1,65 m, poids : 83 kg, IMC : 30,5 kg/m2), qui a déjà perdu 25 kg en 3 mois (58 kg, IMC : 21,3 kg/m2), qui ne fait plus qu'un seul repas par jour (1 salade composée) et qui ne veut plus "remanger normalement sous aucun prétexte" et qui "se sent énorme" ?

Que dire aussi de cette jeune femme de 26 ans qui pense que le sport est indispensable à la santé, qui court 10 km chaque jour après le travail, qui a décidé de "garder la forme physique par une alimentation saine", qui pèse 49 kg pour 1,65 m (IMC : 18 kg/m2), qui ne veut pas maigrir plus, mais qui ne veut certainement pas regrossir ?

Il nous semble que les mots-clés pour parler d'anorexie mentale sont la peur de grossir, le besoin de contrôle sévère sur son poids et/ou sa silhouette, au prix d'une alimentation très/trop restrictive, des pensées obsessionnelles autour de l'alimentation, surtout s'il existe un contexte de mal-être évident.

Le diagnostic actuel pourrait être anorexie mentale atypique, anorexie mentale du (de la) sportif.

Il existe aussi, à côté de ces cas où nous porterions, nous, le diagnostic d'anorexie mentale, des cas de TCA restrictifs qui demandent toute notre attention. Je n'en citerai que deux :

  1. Nous rencontrons maintenant des malades obèses qui, après chirurgie bariatrique (chirurgie de réduction gastrique ou de by-pass), pensent comme quelqu'un qui souffre d'anorexie mentale (besoin de maigrir toujours plus, peur de regrossir, obsessions alimentaires, mauvaise image de leur silhouette), restreignent leur alimentation et développent une hyperactivité physique comme s'ils avaient une anorexie mentale.
     
  2. Il existe de plus en plus de personnes, en règle de sexe féminin, qui suivent un modèle végétarien, végétalien ou même végan excessif et dont les besoins énergétiques et protéiques ne sont pas couverts par ce régime, dont le poids flirte avec l'IMC 17,5-18,5 kg/m2, mais qui ne veulent pas en changer et qui sont excessivement soucieuses de leur poids, de leur silhouette et de leur santé. Comment les classer ?

Rappels essentiels

Même si les signes suivants ne font pas partie du diagnostic d'anorexie mentale, ils sont indispensables à rechercher :

  1. Des vomissements provoqués, seuls ou associés à
  2. Des crises de boulimie
  3. Une hyperactivité physique
  4. Une anxiété
  5. Un état dépressif (ATCD ou intercurrent)
  6. Un ou des TOC

2. Populations à risque d'anorexie

Les études de suivi de population ont clairement mis en évidence des populations "à risque", c'est-à-dire celles pour lesquelles le risque de développer une anorexie mentale est accru :

  • Adolescentes et femmes jeunes (85 % des malades ont entre 16 et 25 ans)
     
  • Personnes de sexe féminin suivant un régime alimentaire trop restrictif (en quantité ou en qualité)
     
  • Mère et proches suivant le plus souvent un "régime pour maigrir"
     
  • Enfants (filles surtout) de mères souffrant d'anorexie mentale ou de boulimie (père beaucoup moins)
     
  • Fille dont le père est très investi sur la "forme physique, le sport et/ou la silhouette des femmes
     
  • Sportives de demi-fond et de fond (course, natation, ski), toutes disciplines, et parmi elles avant les personnes qui sont les plus investies (qui cherchent l'excellence, la performance, la reconnaissance)
     
  • Danseuses pratiquant intensivement la danse classique
     
  • Jeune fille en surpoids qui est l'objet de moqueries de ces camarades

3. Conclusion

L'anorexie mentale est une maladie chronique dont il importe de faire le diagnostic tôt, pour éviter une trop grande chronicité.

Le diagnostic repose sur la peur de grossir (ou de regrossir) et le mal-être très souvent associé, ainsi que sur le caractère obsessionnel du besoin de maigrir.

Certaines populations sont à risque : les adolescentes et les jeunes femmes, les parents qui sont trop attentifs à la forme, la silhouette ou le poids, les sportives de fond et demi-fond.

A côté de l'anorexie mentale typique, on observe de plus en plus de formes atypiques.

 

Publié en 2018