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Peurs, anxiété, angoisses : quelques éléments de base pour l'approche psychothérapeutique


Mme Lemedioni F, M. Gouirand P., psychologue et psychopraticien
Mme Angélique GIMENEZ, psychopraticienne - Pr Daniel RIGAUD, Nutrition.

 

1. Origines et mécanismes de la peur

La peur peut être définie de façon très simplifiée comme une émotion « négative » en réponse à une menace. C'est un ensemble de sensations et ressentis de nature excitatoire qui, hors jugement sur sa nature « négative ou positive », va permettre de réagir à un danger, ou ce qui peut être perçu comme tel parce que la personne se sent « menacée ».  Elle nait au niveau du cerveau, au niveau de l'amygdale notamment, qui s’agite alors et enclenche en cascade un flux de neurotransmetteurs et d’hormones qui sont ensuite responsables d'innombrables signaux dans le reste du corps. C'est la plus forte émotion que puisse ressentir un individu, son intensité variant normalement en fonction du danger, sous réserve que celui-ci soit apprécié avec un minimum de « réflexion-processus mental ».

1.1. Les origines

La peur existe depuis l’aube des temps, bien avant l'homme puisque nous savons que les animaux ont peur et ont une perception instinctive du danger. Les coutumes et traditions humaines sont emplies de rites visant à maîtriser les peurs : danses rituelles, sacrifices, recours aux devins, aux sorciers, aux exorcistes et à leurs pratiques magiques. Sigmund Freud, en évoquant la « mémoire phylogénétique », en a déduit que la peur était la survivance de notre instinct animal face au danger.

Les peurs sont nécessaires à la survie des espèces ; elles sont une expression physiologique de cet instinct de survie, garante de notre auto-préservation individuelle également. Ceux qui ne ressentent pas assez la peur ont sans doute moins de chance de vivre longtemps que leurs congénères plus prudents : ne pas avoir assez peur du feu, du vide et de certains animaux dangereux peut entraîner des blessures ou la mort. Voilà pourquoi les peurs « naturelles » sont universelles et n’ont pas besoin d’être apprises lors de l’éducation. Elles sont endogènes.

1.2. Mécanismes neurophysiologiques

La peur constitue un signal qui nous indique qu'il est temps de passer à des stratégies de défense. Liée à la physiologie du stress, elle permet de se préparer à la fuite, au combat ou inhibe/tétanise. La peur se manifeste de façon spectaculaire. Charles Darwin la décrit ainsi :

« La peur est souvent précédée de l'étonnement, dont elle est proche, car les deux mènent à une excitation des sens de la vue et de l'ouïe… Les yeux et la bouche sont grand ouverts. L'Homme effrayé commence par se figer comme une statue, immobile et sans respirer, ou s'accroupit comme instinctivement pour échapper au regard d'autrui. Le cœur bat violemment, et palpite... La peau est très affectée par une grande peur, nous le voyons dans la façon formidable dont elle sécrète immédiatement de la transpiration... Les poils sur la peau se dressent; et les muscles superficiels frissonnent. Du fait du changement de rythme cardiaque, la respiration est accélérée. Les glandes salivaires agissent de façon imparfaite ; la bouche devient sèche, est souvent ouverte. »

La peur est essentiellement générée et intégrée au niveau de l’amygdale. Elle est ensuite mémorisée au niveau de l'hippocampe. La peur est avant tout une réponse émotionnelle dont le siège est le cerveau moyen (mésencéphale) et qui stimule les fonctions du tronc cérébral pour mettre en œuvre les réponses corporelles. Elle entraîne dans l'instant une inhibition de la pensée ; le cerveau « haut, cortical » est temporairement « shunté ».Dans le même temps, elle envoie l'information "danger" à d'innombrables structures cérébrales et organes périphériques (cœur, poumons, muscles, estomac, intestin, vaisseaux sanguins, peau et muqueuses). Le but est de préparer la personne à fuir ou à se défendre, parfois même à faire « le mort », s’inhiber et fige sur place (freezing).

Antonio Damasio, neurochirurgien, mit en évidence l’existence de deux niveaux cérébraux : le cerveau cognitif, rationnel, tourné vers le monde extérieur (niveau cortical), et le cerveau émotionnel, inconscient, totalement connecté au corps (mésencéphale et tronc cérébral). Il travailla également sur la conscience de soi. La peur est sans doute l’émotion qui traduit le mieux la conscience de soi puisqu’elle pousse à l’auto-préservation. Pour Damasio, notre vie psychique s’articulerait autour d’un équilibre de fonctionnement entre ces deux parties du cerveau, sous-tendu entre notre cerveau « haut, qui pense et réfléchit » et notre corps. L’amygdale qui regroupe plusieurs circuits d’alarme et joue un rôle essentiel dans le décodage de nos émotions, principalement dans le mécanisme de la peur, est en étroite connexion avec l’hippocampe, zone impliquée dans la mémorisation et les aspects spatiaux-temporels, et donc l’accès aux souvenirs. Ainsi, une peur peut être déclenchée par le seul souvenir d’une frayeur passée, ou par tout contexte associé à un événement vécu comme traumatisant. Inversement, c’est en passant par l’hippocampe avec un recadrage sur le contexte, le datage temporel et la comparaison  des expériences précédemment mémorisées (avec celle en cours) que nous pouvons apaiser l’amygdale et lui signifier : « Souviens-toi, ce n’est qu’une petite araignée et tu as déjà su faire face » !

Un équilibre « psychique » signifie donc que l’amygdale est bien régulée par les zones alentours, corticales et hippocampales…travail d’équipe qui sous-tend que le cerveau dans son intégralité soit dûment nourri…La psychothérapie permettra d’équilibrer entre « amygdale » et « hippocampe » sous réserve que tous deux soit bien nourris, d’autant plus avant chaque séance de «musculation neurologique » ! Le thérapeute devra rassurer l’amygdale, la rendre paisible, la rendre « hypo-active en séance », et remuscler l’hippocampe et ses connexions avec les zones corticales qui permettent de prendre du recul, recadrer, faire appel aux expériences du passé pour montrer : tu vois, tu n’es pas morte ! Les peurs se dépassent sous réserve de penser dans le calme et de revoir ce qui est vraiment un danger dans la vie…Un réel travail de ré-éduction sur les dangers, les priorités vitales sera à faire comme si nos patientes n’avaient pas appris cela plus jeunes. Vrai ou pas, elles ont besoin d’être rééduquées sur les dangers, les priorités vitales et sur l’importance de leur vie ! Effectivement, une sur-activation de l’amygdale a totalement perturbé le sens des essentiels, bousculer leurs valeurs et « comme déconditionné » leur aptitude à l’autopréservation…plutôt mourir que prendre 1 kg !!! Et en quoi ce kilo est si important ? Pour préserver l’estime de soi…comme si l’estime de soi était détachée de « soi »…une sorte de pensée extrémiste qui devient kamikaze pour préserver ses convictions et ne pas perdre la face, quitte à perdre la vie !

2. De l’utilité de la peur…vers un regard plus positif, pour en avoir moins peur ! Recadrons à nouveau ensemble pour mieux aider les patients

2.1. Avec peur ou sans peur ?

Comment survient-elle et pourquoi y en a-t-il tant dans la vie des gens ? Certains n’auraient jamais peur ?

Est-ce qu'un certain degré de peur ne serait pas une forme de saine autoprotection ? Si je ne craignais pas le feu, peut-être que j'y mettrais la main et que je m'y brûlerais.

1. Classification

On peut distinguer deux catégories de "peurs" :

  • La peur « externe »qui est une forte motivation à l'évitement du danger, ressentie face à un événement jugé dangereux à la fois réel, très concret et immédiat. Nous pourrions la lier à la douleur… Pour ne pas souffrir ou mourir, nous avons des automatismes de protection « intégrés ».
  • La peur interne ou psychologique qui est connectée à un état interne déjà « négatif ». Ex. : la sous-estimation de soi qui peut engendrer la peur de grossir, la peur de s’assoir, la peur d’être rejeté ou la peur d’échouer/de ne pas être à la hauteur. Ces peurs internessont souvent mal identifiées et se manifestent sous une multitude de formes, par des « signaux qui la révèlent à travers la recherche pour récupérer un contrôle/ une réassurance » : obsessions, perfectionnisme, addictions au travail, hyperactivité, agitation mentale, besoin de contrôle etc… Ces comportements deviennent malheureusement invalidants et inefficaces au fil du temps car le calme et la confiance intérieure ne se construisent pas avec les seuls comportements externes !

Une première étape est donc de reconnaitre qu’il est normal d’avoir peur et recadrer ensuite autour des peurs « fondées » et apprendre à apaiser les peurs internes en reconstruisant l’estime et la confiance en soi !

2. Peur, angoisse ou anxiété : des points communs

Nous sommes tous victimes de la peur d’une façon ou d’une autre, sans même nous en rendre compte. Les uns diront qu’ils sont stressés, angoissés, anxieux, que le cerveau ne s’arrête jamais…

J’aurais pu… j’aurais dû… il fallait… Ressassements, inquiétudes, contrariétés… Les "ruminations mentales" deviennent un mal contemporain, envahissant et épuisant. S’il prend de multiples formes, ce processus s’accroche à une seule et même émotion : la peur.

Une forme de rumination mentale, de « remaillage d’idées » très agité, est un signe de stress ou de peur. Les anxieux pensent sans cesse à ce qui peut arriver de pire… les "overthinkers" ne sont pas dans le “Et si ?”, ils sont absolument convaincus que le pire est déjà arrivé… Les angoissés font venir leurs angoisses (hyperventilation) par peur de faire des crises d’angoisses ! Sans faire ici un chapitre précis sur les différents troubles anxieux ou les manifestations du stress, nous voulons rappeler que les signes de « peur » prennent des formes très variables et qu’il s’agit de revenir au cœur même de l’émotion « peur » pour ensuite pouvoir trouver des solutions qui apaisent et calment les différents « symptômes possibles » !

Penser, c’est être capable de différencier, de nommer et d’associer ses ressentis avec un vécu et de chercher ensuite des solutions. Or, la rumination mentale empêche de distinguer ce qui a vraiment du sens pour soi. Plus on pense en boucle et moins on sent et on associe nos émotions aux réels « comportements et/ ou situation-problèmes ».  Et cela tourne de sorte que les repères se perdent au point de ne plus pouvoir discerner les vrais soucis – un proche gravement malade d’une réflexion de son partenaire amoureux. Lorsqu’un sujet "mouline" dans la tête, il cherche à penser, mais sans y parvenir. Pourquoi ? La réponse se situe probablement dans la manière de vivre ses émotions...Il ne passe pas sur ces ressentis et il se met dans une forme de transe « pathologique »…Au-delà de 9 informations, notre conscient (cortex pré-frontal » sature), ce sont des techniques hypnotiques…le sujet se « bloque » en transe pathologique !

La peur est le moteur principal de notre « petit vélo » mental, s’encombrer la tête a une fonction d’antidépresseur en détournant ailleurs et en se mettant « en transe ». Ce mécanisme nous permet paradoxalement de faire écran à nos angoisses existentielles les plus profondes en nous coupant de nos sensations. Paradoxalement, car au fond, il n’est qu’un paravent qui ne traite pas le fond du problème…Et chez nos patients TCA, la calculatrice à calories, la fascination a se peser 10 fois « pour se rassurer sur le chiffre », le tour du cuisses mesuré 20 fois et que l’on ressasse sans cesse cherchent à rassurer MAIS deviennent des vrais « poisons », de vraies prisons pour des pensées plus réparatrices ! Leur « petit vélo » ne tourne pas rond mais il est devenu une des seules façons d’éviter de se sentir « puisqu’elles ne peuvent pas se sentir ». Guérir, c’est donc poser le vélo et commencer à mettre les pieds sur terre et à penser pas après pas !

3. Fonctions positives de la peur

Que serions-nous si nous n’avions aucune peur ? Pouvons-nous imaginer un état pareil ?

La peur, une émotion de base.

Si l’on enlève la peur en nous, les autres émotions peuvent-elles exister ? Par exemple la colère n’est-elle pas une réponse à la peur de se faire envahir ou de manquer de nourritures physiques ou affectives ? La tristesse n’est-elle pas liée au manque et donc à la colère et à la peur ? Sans peur, saurions gérer nos autres émotions. La peur empêche sans doute que la colère ne deviennent de la violence, la tristesse une dépression profonde…et nous permet de libérer notre joie au bon endroit avec un sens des convenances, par peur de blesser l’autre si rire est inapproprié en certaines circonstances. La peur pose des limites et set de contention à l’expression émotionnelle au sens large…l’essentiel étant qu’elle ne transforme pas ses limites en trop de limites !

Fonction d’éveil et de renforcement de l’identité.

Un surcroît de protection peut empêcher d’acquérir ses propres mécanismes de défense. Pour grandir, un enfant a besoin de se confronter à la peur, aussi a-t-elle sa raison d’être tant dans les contes racontés aux enfants que dans les jeux. Elle possède une fonction d’éveil et de renforcement de l’identité. L’enfant lui-même en grandissant aime à éprouver de petites peurs qui se révèlent utiles. C’est en y faisant face qu’il apprend à les surmonter et qu’il installe les bases de son assurance.

Emotion nécessaire à la survie et élément indispensable pour le changement.

La peur a pour fonction de nous avertir d’un danger et de nous doper d’une poussée d’adrénaline suffisante pour nous faire réagir. Elle nous permet de voir ou de percevoir un danger, elle nous permet d’avoir une attitude prudente, elle fait en sorte que notre attention soit bien éveillée par rapport à certains dangers auxquels nous pourrions être confrontés. Il est tout à fait normal d’avoir peur quand on est au bord du vide ou quand un animal veut nous attaquer. On peut donc bien voir qu’à ce moment-là, la peur devient un élément intéressant parce qu’elle nous permet aussi d’amorcer une transformation.

La peur peut permettre certains déclics qui vont nous donner la possibilité d’avancer malgré certains moments de vie pénibles, d’engager le combat et de faire face à des situations difficiles en surmontant nos peurs.

Elle permet également de mieux nous connaitre,de connaitre nos propres limites et ainsi de poser des frontières de sécurité afin de vivre au mieux pour nous.

3. Conclusion : de la peur inconsciente à la confiance délibérée

Pour en sortir, on peut chercher à rendre conscient ce qui nous anime. On peut mettre à jour une réaction en chaîne de causes et d’effets, en comprenant comment les effets renforcent les causes, et finissent même par devenir des causes à leur tour.

Nous pouvons noter qu'on n’à découvert certaines de nos peurs qu’assez récemment, alors que nous vivons avec depuis longtemps ! La prise de conscience est le premier point de départ pour se libérer de ses peurs…Les avons-nous créées avec une nouvelle conscience de nous ? Une pensée plus élaborée mais qui peut à la fois être le révélateur de nouvelles peurs et de la peur de ne pas toutes les gérer !

Osez est l'un des maîtres mots pour dépasser ses peurs. C'est accepter le changement. C'est aussi accepter avec un regard tendre sur soi-même de pouvoir comprendre ses faiblesses afin de trouver ses forces afin de pouvoir avancer et passer des étapes…

La plupart des peurs sont irrationnelles. Dans certaines situations la peur peut vous paralyser. Le fait d’agir est très important, parce qu’ensuite vous pouvez prendre conscience que les choses n’étaient pas si affreuses que vous l’imaginiez. De plus, en essayant, vous allez mobiliser des ressources que vous ignoriez posséder jusqu’à présent.

Pour avoir moins peur, il est bon de mieux penser, penser en intégrant ses ressentis, son intelligence émotionnelle autant que ses capacités créatives et adaptatives…penser sur ses pensées est un piège face aux peurs ! Sentir, penser puis réagir, voilà une issue…à bien canaliser et cadrer chez les patients TCA pour ne pas tomber dans le piège de « l’hyperactivité » ! Ce sera un autre sujetsmiley

Travailler les peurs, c’est donc les identifier, les reconnaitre, les accueillir avec assurance, les recadrer, ré-éduquer sur les priorités et ré-apprendre à sentir/penser et agir de façon « calme et mature ».

 

 

Publié en 2017