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Les TCA et l'alexithymie : un syndrome contemporain


Mme Adeline Letellier, psychologue clinicienne, Nice

De nombreux médecins et thérapeutes spécialisés dans la prise en charge des malades souffrant de troubles du comportement alimentaire (TCA) évoquent l'alexithymie chez leur malade.

1. Alexithymie : de quoi s'agit-il ?

Traduit littéralement du grec, l'alexithymie est la "perte de la lecture de son humeur". En d'autres termes, il s'agit de la difficulté ou de l'impossibilité pour une personne donnée de "lire" ses propres émotions.

De nombreux médecins et thérapeutes spécialisés dans la prise en charge des malades souffrant de troubles du comportement alimentaire (TCA) évoquent l'alexithymie chez leur malade.
  • Concept anglo saxon (11972)
  • Recouvre les difficultés ou impossibilités à décrire ses propres états émotionnels et affectifs.
  • Pensée au contenu non pragmatique, symbolique.
  • Relations personnelles stéréotypées.
  • L'agir prime sur la pensée.

« On saisit la nécessité pour l’esprit de s’incarner dans le corps, et la nécessité pour le corps d’être animé de l’intérieur mais aussi de l’extérieur » et, plus loin : « Le corps est tout à la fois, visée sur le monde, manière d’être avec les autres, point d’ancrage du sujet » Pirlot et Corcos, 2011[1].

Tout d’abord, nous verrons pourquoi un malade souffrant de TCA est exposé à ce trouble. Puis nous évoquerons la prévalence, l’évaluation et l'implication de l’alexithymie dans les TCA. Enfin, nous aborderons les différentes thérapies alternatives existantes.

La définition complète de l'alexithymie est la suivante : "trouble du comportement qui altère la capacité d’un individu à isoler, identifier, reconnaître, ressentir et exprimer une ou plusieurs émotions". Le terme a été introduit en 1972 par John Nemiah et Peter Sifneos (cf. wikipedia).

Les TCA et l'alexithymie peuvent être liés à un vécu traumatique, un état de stress dû à une situation angoissante ou mettant en danger l’individu.

L’alexithymie peut toutefois représenter un trait de personnalité propre à la personne souffrant de TCA. Dans ce cas, il n’est pas induit par une cause externe.

Quoi qu'il en soit, on peut estimer que l’alexithymie sert de "bouclier psychique" au patient TCA qui, inconsciemment, cherche à ne plus « rien ressentir », à ne plus « souffrir ce vécu insupportable ». Mais, dans le même temps, la malade se plaint : « Quand je vois d’autres personnes, même des personnes qui me sont chères, je ne ressens rien. Dans mon corps, il ne se passe rien ».

Je me rappelle cette personne que j'avais prise en charge. Et elle est loin d'être la seule dans ce cas. Lors d’un atelier de thérapie médiatisée par la danse, atelier où nous travaillons beaucoup sur les émotions, elle avait manifesté un sentiment d’agacement. Lorsque, je lui avais suggéré qu’à ce moment précis elle éprouvait de la colère, elle m'avait répondu : « Non pas du tout, je ne suis pas en colère ».

J'entends aussi souvent ces mots « ce qui compte avant tout pour moi c’est de faire plaisir à l’autre, si je viens à la danse-thérapie c’est surtout pour vous ». Pour moi, ce qui se révèle ici, c’est une incapacité de la malade à reconnaître ses propres ressentis et émotions. Le ressenti de cette patiente reste superficiel, sans vraie profondeur, peut-être sans authenticité. Dans le cas précédent, on peut se poser la question : la patiente a-t-elle envie de venir faire ces séances ? Au contraire, éprouve-t-elle des ressentis négatifs qu’elle rejette ? Ressent-elle quelque chose pendant les séances ou s''st-elle coupée de ses émotions, devenant une personne privée d'une vraie profondeur émotionnelle, se projetant uniquement sur l'autre («que pense l'autre de ce que je ressens, de moi ?»).

2. L’alexithymie est fréquente en cas de TCA

Des études classiques montrent une prévalence de l'alexithymie de 48 à 77 % dans l’anorexie mentale et de 40 à 61 % dans la boulimie (Cochrane, Brewerton, Wison, &Hodges, 1993 ; de Groot, Rodin, & Olmstead, 1995 ; Jimerson, Wolfe, Franko, Covino, & Sifneos, 1994 ; Schmidt, Jiwany, &Treasure, 1993 ; Taylor, Parker, Bagby, & Bourke, 1996). L’alexithymie ne semble pas liée à l'insatisfaction corporelle ou au besoin pathologique d’être mince. En revanche, elle semble en rapport avec des difficultés de régulation des états émotionnels. En ce sens, elle se place à côté d'autres symptômes observés dans les TCA, comme l’hyperactivité physique, les périodes de jeûne ou les crises de boulimie, qui pourraient aussi avoir pour but de réguler des états émotionnels éprouvants et peu différenciés (Goodsitt, 1983) »[2

L’évaluation de l’Alexithymie peut être faite grâce au test dit « échelle d’Alexithymie de Toronto (TAS) de Taylor et al, en 1985 », qui est un questionnaire de 20 items.

Implications de l’Alexithymie dans les TCA : L'alexithymie est une source de grandes perturbations. Elle a en effet des conséquences sur la vie psychique et physique du sujet : elle affecte lourdement la sphère affective, relationnelle et sociale des malades. Elle est souvent associée à des épisodes dépressifs, des addictions, voire des polyaddictions* (cf. glossaire) : addictions aux médicaments, alcoolisme, dépenses compulsives.

Le drame du sujet alexithymique est qu’il confond, inhibe des émotions, des sentiments et des sensations corporelles nécessaires au bon développement de la vie psychique et notamment de la vie amoureuse. Les malades TCA alexithymiques auront encore plus de difficultés que les autres à éprouver et développer des sentiments profonds et durables envers autrui. Il y a une forme d’anesthésie psychoaffective chez ses sujets qui peut avoir parfois de graves conséquences sur la vie du sujet : pertes, séparations, divorce, ruptures à répétition et impossibilité de garder des relations affectives ou amoureuses durables mèneront le sujet à de mauvais choix d’objets amoureux.

Approches thérapeutiques : Les thérapies alternatives que nous pouvons recommander aux personnes concernées par des TCA et le trouble alexithymique sont :

  • L’art-thérapie, dramathérapie, danse-thérapie, musicothérapie…
  • L’hypnose à visée associative,
  • La méditation de pleine conscience.

Pour conclure, nous pouvons proposer cette métaphore qui représente le conflit identité/altérité* (cf glossaire). Une patiente qui souffre de TCA et d'alexithymie est comme quelqu'un qui a été jeté hors de sa maison par la maladie et l'alexithymie. Il est enfermé au dehors, à la fois hors de sa maison "corps" et hors de sa maison "esprit". C'est ce que signifie André Green quand il parle de « syndrome d’autodisparition »[3] oubliant du même coup qu’il y a de l’autre en soi et la Haine de soi* (cf. glossaire) c’est la Mort de soi.

« L’individu contemporain se mettra alors à développer un rapport de plus en plus marchand à soi-même et aux autres. Il apparaît ainsi que l’alexithymie est un style cognitif (mode de pensée)  parfaitement adapté à un mode d’être à l’autre et à soi-même. Dépressions et addictions seront le prix à payer par l’individu pour s’adapter à la société et compliqueront naturellement la « fatigue d’être soi » comme le montre Ehrenberg. Ces pathologies, est-il encore utile de le dire, seront les comorbidités* (cf. glossaire) les plus fréquentes des sujets alexithymiques »[4]Pirlot& Corcos, 2011.

3. Références

Références bibliographiques papiers ou numériques :

-M. Corcos et M. Speranza, Psychopathologie de l'alexithymie. Paris, Dunod , 2003.                                                                 

-G. Pirlot & M. Corcos, Qu’est-ce que l’alexithymie ? Dunod, Paris, 2011.

Wikipédia : -https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexithymie ; -https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychosomatique

4. Glossaire

  • La psychosomatique est une branche de la médecine. L'essor de la médecine psychosomatique vient des acquisitions scientifiques sur le contrôle hormonal et immunitaire et le concept de stress, qui tentent d'expliquer les liens entre le cerveau et le reste de l'organisme dans un nombre croissant de maladies. On se forme à la médecine psychosomatique par une dynamique de formation doctorante en médecine et d’une spécialité en psychologie comportementale ou psychanalyse.
     
  • Polyaddictions : sujet atteint de plusieurs addictions en même temps.
     
  • Identité/altérité : identité, ce qui vient de soi, altérité, ce qui vient de l’autre. La rencontre de l’identité/altérité dans la construction psychique d’un individu est la capacité d’accéder à la différenciation Moi/Autre. Exemple : « je reconnais l’autre comme n’étant pas moi mais cependant je reconnais qu’il a des traits communs avec moi et donc qu’il est mon semblable.
     
  • La Haine de soi : elle est propre à l’être humain. La haine est étroitement liée à l’amour. La Haine de soi est une incapacité à s'aimer, transitoire ou durable, qui se manifeste par le refus d’admettre qu’il y a de l’autre en soi et que c'est "aimable". En d'autres termes, ce que je rejette en moi, c'est l’autre qui fait partie de moi. C'est cet autre en moi qui me fait peur et que je renie qui fait que je ne m'aime pas, d’où la notion de "Mort de soi". D'un point de vue thérapeutique, il est important pour ces personnes de retrouver une bonne image de soi et de réapprendre à s’aimer.

    Exemple : le rejet qui existe entre les personnes issues de différences de milieu social, culturel et/ou religieux.
    L’émotion associée à la Haine de soi est la peur de l’autre. Mais la personne ne peut plus s'en rendre compte, puisque son accès à la sphère émotionnelle est bloqué.
 

[1] G.Pirlot&M.Corcos, Qu’est-ce que l’alexithymie ? ,chap 1, « Facteurs sociaux-culturels, médias, culture et représentations », Dunod, 2011, p.7.

[2] Olivier Luminet, M. Corcos et M. Speranza (Eds.) “Psychopathologie de l'alexithymie”. Paris, Dunod (2003)

[3] G.Pirlot&M.Corcos, Qu’est-ce que l’alexithymie ? ,chap 1, « Facteurs sociaux-culturels, médias, culture et représentations », Dunod, 2011, p.7.

4]. Pirlot G et M.Corcos M. Qu’est l’alexithymie ? In « Alexithymie : définition, caractéristique et critique », éd. Dunod, 2011, chap 2, p.39.