Association Autrement / Côte d'Or / Dijon / Troubles du comportement alimentaire, anorexie mentale, boulimie

Espace e-Learning / TCare
bas de page

Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie Boulimie Compulsions
Définitions, physiopathologie, épidémiologie et maladies associées Cas clinique et complications Traitement Autre TCA Les études scientifiques
Anorexie et boulimie : caractéristiques comparatives de 238 patients hospitalisés Détérioration de la qualité de vie dans l'anorexie mentale et la boulimie Intérêt du e-coaching dans l'anorexie mentale et la boulimie Scores de détérioration de la qualité de la vie (QUAVIAM) Difficultés de ressenti au repas chez les malades anorexiques Efficacité de la sonde gastrique à domicile chez 118 patients souffrant de boulimie Évolution de l'IMC entre 2 et 10 ans : facteur de risque à l'adolescence ? Les inducteurs de crises dans la boulimie et les compulsions alimentaires Pronostic à 10 ans dans l'anorexie mentale Risque de faire de la boulimie en cas d'anorexie mentale Sonde nasogastrique et boulimie : étude scientifique Tabagisme et trouble alimentaire : le lien Traitement de l'anorexie mentale par nutrition entérale de complément : suivi à 12 mois Valeur pronostique dans l'anorexie mentale Télévision et compulsions alimentaires Une étude française sur l'anorexie mentale et les troubles alimentaires
Obésité Nutrition Alimentation

Une étude française sur l'anorexie mentale et les troubles alimentaires


Pr D. RIGAUD - Président d'Autrement

 

1. Anorexie, boulimie... ClpB, la protéine qui pourrait guérir les troubles alimentaires

Il n'y a pas tant d'études expérimentales sur l'anorexie mentale. Alors, quand est publiée une étude française, nous n'allons pas la rater(1). La nature imagine des choses extraordinaires. Il existe ainsi une bactérie bien connue de nos entrailles, E. Coli, qui sécrète une « pseudo-hormone » qui interfère avec la prise alimentaire de son hôte (nous, les humains).

En effet, une partie de la protéine bactérienne (ClpB, c'est son nom) ressemble comme deux gouttes d'eau à une des hormones de la satiété, appelée l'alpha-melanocyte-stimulating hormone (α-MSH), qui existe dans notre système nerveux central et notre tube digestif et provoque l'arrêt de la prise alimentaire en agissant sur l'hypothalamus, à la base du cerveau. L' α -MSH a aussi un effet sur l'angoisse.

2. L'étude

Les auteurs ont voulu savoir si cette protéine bactérienne ClpB pouvait participer aux mécanismes de l'anorexie mentale ou d'autres TCA. Dans un premier temps, les scientifiques ont extrait la protéine depuis la bactérie (E. Coli K12), puis l'ont purifiée, séparée des autres par analyse protéomique et analysée par immunoblot, isolée et identifiée formellement par spectrométrie de masse.

La protéine pure a été injectée à des souris. Les auteurs ont constitué quatre groupes de souris :

  1. des souris auxquelles a été injectée la protéine ClpB pour évaluer son effet immédiat et créer une immunisation (donc des anticorps anti-MSH),
  2. la solution sans la ClpB,
  3. une injection contrôle avec une autre protéine,
  4. pas d'injection du tout.

Les souris ont reçu 3 semaines plus tard (NB : le temps de faire des anticorps) une injection unique d'a-MSH et leur comportement a été analysé : prise alimentaire, activité physique, anxiété notamment. Parallèlement, les anticorps anti-ClpB (donc anti-MSH) ont été purifiés et isolés. Enfin, du sang a été prélevé à des malades souffrant d'anorexie mentale (n=27), de boulimie (n=32) et de compulsion alimentaire (n=14) et à des sujets sains sans TCA (n=65).

3. Les résultats

Les résultats sont impressionnants : la protéine ClpB (du moins un segment de cette protéine) était bien le sosie chimique et immunologique (on parle d'épitope, site sur lequel réagit notre immunité) de l' α-MSH, hormone humaine de la satiété. Chez la souris, la ClpB seule coupait temporairement la prise alimentaire des souris, mais celle-ci ré-augmentait paradoxalement après l'injection d'a-MSH, avec sur l'ensemble de la période une prise alimentaire plus importante par rapport aux 3 autres groupes : la taille du repas était augmentée, l'activité physique un peu réduite et l'anxiété diminuée. L'hôte, notre tube digestif donc, après l'effet surprise et coupe-faim, semble donc faire face à un excès brutal de cette protéine et fabriquer des anticorps qui modifient ses effets et ceux de l'a-MSH pour faciliter une récupération de poids.

Dans d'autres groupes de souris, l'administration directe d' E. Coli K12 produisant ClpB induisait une diminution de la prise alimentaire et du poids, alors que l'administration d' E. Coli K12 mutants ne produisant pas ClpB n'avait pas d'effet sur la prise alimentaire.

Enfin, chez les patients, les taux d'anticorps IgM (anticorps «récents») et IgG (anticorps «anciens») anti-ClpB (donc anti-MSH) des malades souffrant d'anorexie mentale (AM) étaient un peu plus élevé que celui des sujets sains. Chez les patients avec AM, le taux d'anticorps réagissant de façon croisée entre a-MSH et ClpB était plus élevé que chez les sujets et dans les autres TCA. A l'inverse, le taux d'anticorps IgM des malades boulimiques et compulsives étaient plus bas que celui des AM et des sujets sains.. Tout se passe donc comme si, dans l'anorexie mentale, ces anticorps renforçaient l'effet bloquant d'a-MSH sur la prise alimentaire (et augmentaient l'anxiété), et inversement dans les comportements compulsifs.

Cette étude montre donc qu'une protéine bactérienne intestinale peut venir "brouiller" les pistes de notre hormone de la satiété, et par le biais d'anticorps de caractéristiques différentes, soit renforcer, soit diminuer son effet sur la prise alimentaire. Les auteurs de cette étude ont maintenant pour projet de développer des tests diagnostiques basés sur la recherche de la protéine et des anticorps, et de nouvelles approches thérapeutiques permettant de remettre de l'ordre dans notre immunité et nos hormones désorientées.
 

A suivre….
 

5. Bibliographie

ylivre07.gif

(1) N Tennoune1,2, P Chan2,3, J Breton1,2, R Legrand1,2, Y N Chabane2,4, K Akkermann5, A Järv6, W Ouelaa1,2, K Takagi1,2, I Ghouzali1,2, M Francois1,2, N Lucas1,2, C Bole-Feysot1,2, M Pestel-Caron2,7,8, J-C do Rego2,9, D Vaudry2,3, J Harro5, E Dé2,4, P Déchelotte1,2,8 and S O Fetissov1,2
1. 1Inserm UMR1073, Nutrition, Gut and Brain Laboratory, Rouen, France
2. 2Institute for Research and Innovation in Biomedicine (IRIB), Rouen University, Normandy University, Rouen, France
3. 3PISSARO Proteomic Platform, Mont-Saint-Aignan, France
4. 4Polymères, Biopolymères, Surfaces, UMR 6270 CNRS, Mont-Saint-Aignan, France
5. 5Department of Psychology, Estonian Centre of Behavioural and Health Sciences, Tartu, Estonia
6. 6Tartu University Clinics, Psychiatric Hospital, University of Tartu, Tartu, Estonia
7. 7Microbiology Laboratory GRAM, EA2656, Rouen, France
8. 8Rouen University Hospital, CHU Charles Nicolle, Rouen, France
9. 9Animal Behavior Platform (SCAC), Rouen, France

Bacterial ClpB heat-shock protein, an antigen-mimetic of the anorexigenic peptide α-MSH, at the origin of eating disorders.

Citation: Translational Psychiatry (2014) 4, e458; doi:10.1038/tp.2014.98

Publié en 2014