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Obésité Nutrition Alimentation

TCA et alimentation végétarienne


Pr Fernand LAMISSE, Nutrition (Tours)

1. Que dire à un adolescent végétarien, végétalien ?

L’alimentation végétarienne se définit par l’exclusion des aliments provenant de la chair animale, au nom de principes religieux, philosophiques ou éthiques et parfois pour des raisons économiques. Lorsqu’il s’agit d’une exclusion stricte y compris pour les œufs et/ou les produits laitiers on parle de végétalisme. Lorsque ces produits sont autorisés on parle de lacto-ovo-végétarisme ou de lacto-végétarisme.

De nombreux travaux ont montré depuis une vingtaine d’années, qu’indépendamment de la viande, il y avait une relation inverse entre la consommation de fibres, de légumes et de fruits et la mortalité coronarienne d’une part, l’incidence de formes variées de cancers d’autre part (1). Une revue de l’Association Américaine de Diététique a récemment fait le point sur tous ces sujets (2). Peu d’études ont cependant été consacrées aux adolescents et pour cette population, la définition du végétarisme reste floue. Sont souvent inclus dans ces études, à côté d’authentiques végétariens et végétaliens, des sujets qui ne consomment pas de viande rouge et qui sont qualifiés de semi ou pseudo-végétariens. La précision manque également pour différencier les adolescents déjà végétariens des adolescents qui le sont devenus en particulier lors du départ du domicile des parents. La durée du végétarisme est rarement précisée. Enfin la qualification de végétarisme est souvent retenue sur la foi de sujets décrivant leur alimentation plutôt que sur des enquêtes alimentaires.

Quelle est la fréquence d’une alimentation végétarienne chez les adolescents, quelles sont les raisons de ce choix lorsqu’il se fait au moment de l’adolescence ? Quels sont alors les modes alimentaires ? Ces modes alimentaires conduisent-ils à des carences, ont-ils un impact sur la croissance, peuvent–ils conduire à la survenue de troubles du comportement alimentaire ? Des réponses à plusieurs de ces interrogations permettent de préciser ce qu’il faut dire à l’adolescent végétarien ou végétalien.

2. Fréquence de l'alimentation végétarienne chez les adolescents

Il y a peu d’études épidémiologiques qui concernent le sujet. Il n’y a pas de données en France. Aux Etats-Unis la fréquence du végétarisme est estimée à 2% pour les enfants et les adolescents, celle du végétalisme à 0,5% (2). En Suède les travaux ont essentiellement concerné des étudiants dont 5% seraient végétariens et 0,1% végétaliens (3). En Norvège 0,9% des adolescents seraient végétariens (3). Au Royaume-Uni l’alimentation végétarienne concerne environ 5% de l’ensemble de la population (4) et environ 8% des enfants et adolescents âgés de 11-18 ans (5).

2.1. Pourquoi les adolescents sont-ils ou deviennent-ils végétariens ?

Il n’y a pas de travaux sur les adolescents dont les parents étaient végétariens et qui le deviennent eux-mêmes parce qu’ils n’ont pas connu d’autre mode alimentaire. De même on ne sait pas si un certain nombre d’entre eux ont abandonné le végétarisme lorsqu’ils ont quitté le domicile des parents. Les motifs pour devenir végétariens ont par contre été rapportés dans plusieurs études. Dans l’une d’entre elles, les motivations du choix d’une alimentation végétarienne étudiées chez 30 adolescents, étaient pour 38% d’entre eux des motifs de bonne santé, pour 19% un contrôle du poids et pour 15% des raisons éthiques vis-à-vis des animaux. Les autres motivations incluaient l’écologie, des préférences de goût, l’influence parentale (6). Dans une deuxième étude de 30 adolescents végétaliens des 2 sexes âgés de 16 à 20 ans, tous rapportaient des raisons éthiques et 4 d’entre eux des motifs de bonne santé (2). Une troisième étude concernait 40 jeunes femmes dont l’âge moyen était de 19 ans et dont les raisons essentielles du choix d’une alimentation végétarienne étaient respectivement la santé pour 67% d’entre elles, des considérations éthiques dans 45% des cas, le désir de perdre de poids pour 25% et des motifs religieux pour 8% d’entre elles (4).

2.2. Les habitudes alimentaires chez les adolescents végétariens et végétaliens

Les carences possibles

L’alimentation de 30 adolescents végétaliens (15 garçons et 15 filles) âgés de 16 à 20 ans a été comparée à celle de 30 adolescents omnivores de même âge (2). Les différences sont rapportées dans le tableau 1.

Tableau 1. Différences des prises alimentaires de 30 végétaliens comparés à 30 omnivores
[ d’après LARSSON (2) ]

  F V F OMN  H V H OMN AR
protéines (g/j)
55 *
80
72 *
117
47/51
graisses (g/j)
58 *
75
88
100
73/100
graisses saturées (g/j)
15 *
34
25 *
45
<24/<31
alcool (g/j)
4
5
2 *
7
14/19
fibres (g/j)
34 *
21
44 *
25
28/38
cholestérol (mg/j)
2 *
230
2 *
326
 

FV: femmes végétaliennes, FOM : femmes omnivores, HV: hommes végétaliens, HOMN: hommes omnivores, AR: apports recommandés
*différence significative végétaliens/contrôles

Seuls les apports alimentaires en graisses des végétaliens étaient au dessous des apports recommandés (AR) pour la population suédoise. Les apports en fibres étaient beaucoup plus importants et ceux en cholestérol beaucoup moins importants chez les végétaliens que chez les omnivores.

L’ingestion alimentaire de vitamines et de minéraux chez les végétaliens, comparés aux AR pour la population suédoise figure dans le tableau 2. Ces apports étaient inférieurs à ceux des omnivores et insuffisants pour la riboflavine, la vitamine B12, le calcium et la vitamine D chez les femmes.

Tableau 2. Insuffisance d’apports recommandés chez 30 végétaliens comparés
à 30 omnivores pour 3 vitamines et le calcium [d’après LARSSON (2) ]

  F V F OMN H V H OMN AR F/H
riboflavine (mg/j)
1,1 *
1,9
1,2 *
2,8
1,1/1,4
vitamine B12 (micro-g/)
0,0 *
5
0,1 *
5,9
1,4/1,4
vitamine D (micro-g/j)
2 *
5,1
3,7 *
7,7
2,5/2,5
calcium (mg/j)
538 *
1328
517 *
1697
600/600

FV: femmes végétaliennes, FOM : femmes omnivores, HV: hommes végétaliens, HOMN: hommes omnivores, AR: apports recommandés, F/H : femmes, hommes.
*différence significative avec les contrôles

Les apports en folates, en vitamines C et E, en fer et en magnésium étaient supérieurs à ceux des omnivores.

Une deuxième étude a comparé le statut en cobalamine (vitamine B12) de 48 adolescents végétaliens âgés en moyenne de 13,6 ans, à celui d’un groupe contrôle (groupe C). Trente et un végétaliens avaient un déficit en cobalamine (groupe A) et 17 un statut en cobalamine normal (groupe B). Le déficit était confirmé pour des concentrations sériques de cobalamine inférieures à 229 pmol/l et des concentrations sériques d’acide méthylmalonique supérieures à 0,29 mmol/l. Les différences entre les 3 groupes sont rapportées dans le tableau 3.

Tableau 3. Statut en cobalamine chez des végétaliens et des contrôles [d’après LOUWMAN (7) ]

 

Déficience en cobalamine
(A=31)
Cobalamine normal
(B=17)
Contrôles
(C=24)
âge (années) et sexe (M, F)
13,6
13,0
13,5
cobalamine (pmol/L)
177*$
291*
446
acide méthylmalonique µmol/l
0.41*$
0.21
0.16
homocystéine (µmol/l)
8.3*
6.8
7.1
folates (nmol/L)
16.9
16.0
14.9

*différence avec le groupe C,    $ différence avec le groupe B

L’étude des fonctions cognitives a été réalisée pour les 3 groupes à partir d’une batterie de 9 tests psychologiques qui portaient essentiellement sur la mémoire, l’attention, le développement psychomoteur, la concentration et la coordination. Les performances des contrôles étaient meilleures pour l’ensemble des tests. Une relation significative a été rapportée entre le petit score de certains de ces tests (raisonnement, capacité à résoudre des problèmes complexes, pensée abstraite, capacité d’apprendre, mémoire à court terme…) et le déficit en cobalamine. Cette relation était plus prononcée dans l’ensemble du groupe des végétaliens que chez les contrôles.

Une troisième étude a montré en détail les différences alimentaires de 73 végétariens et 22 végétaliens d’une part, et de 1891 omnivores d’autre part (8). Etaient moins consommés chez les lacto-ovo-végétariens : le lait, les yaourts, les frites et chips, les boissons sucrées, les pommes de terre, les aliments cuits en fritures ou au barbecue. Etaient davantage consommés le riz, les pâtes, les légumes, le thé, des compléments alimentaires. Il n’y avait pas de différences avec les omnivores pour les fruits, les céréales, le pain, les boissons alcoolisées, les glaces, le chocolat, les fast-foods et le café. Chez les végétaliens, il faut ajouter l’absence totale de lait, produits laitiers et œufs, une consommation plus importante de céréales, pas de différences pour les frites et chips.

Une quatrième étude a comparé l’alimentation d’enfants et d’adolescents présentés en 3 groupes: 123 végétariens adventistes du septième jour (ASJ), 304 non végétariens ASJ et 452 sujets non ASJ et non végétariens (9). Les consommations étaient significativement plus importantes chez les végétariens pour les fruits et les légumes, les aliments composés d’amidons, les protéines d’origine végétale et moins importantes pour les œufs et les produits laitiers. Il n’y avait pas de carences alimentaires chez les végétariens.

Une cinquième étude concernait 124 adolescents âgés de 14-19 ans dont 79 étaient ovo-lacto-végétariens, 16 semi-végétariens (consommation de moins d’une fois par mois de viande rouge, mais inclusion de petites quantités de poissons ou de volailles) et 29 omnivores (10). Les auteurs ont essentiellement insisté sur la différence de statut en fer et en zinc que nous rapportons dans le tableau 4.

Tableau 4. Statut en fer et en zinc chez des adolescents végétariens et omnivores
[d’après DONOVAN(10)]

 
LOV
SV
OMN
P
apports en fer (mg/j)
11.6
10.0
12.13
NS
apports en zinc (mg/j)
6.7
7.0
7.9
NS
apports en fibres (g/j)
14*
11
10
< 0.01
apports en phytates (mg/j)
868*    
654*£    
590    
< 0.001    
apports en vitamine C(mg/j)        
119
87
95
NS
ferritinémie < 12 µg/L (%)
29
44
17
 
zincémie < 10,71 µmol/L (%)
33
24
18
 

 LOV: lacto-ovo-végétariens, SV : semi-végétariens, OMN : omnivores
* différence entre LOV, SV et OMN, £ différence LOV et SV

Bien qu’il n’y ait pas de différences en moyenne pour les apports journaliers en fer total, la déplétion des stocks de fer, affirmée par une ferritinémie < 12 mg/L, était plus fréquente chez les végétariens que chez les omnivores. Pour le statut en zinc, les apports alimentaires n’étaient pas différents entre végétariens et omnivores mais la déplétion des stocks de zinc affirmée par une zincémie < 10,71 mmol/L mg/L, était là encore plus fréquente chez les végétariens que chez les omnivores. Pour ces auteurs un grand nombre d’adolescents végétariens ont des valeurs sub-optimales de ferritinémie et de zincémie. Celles-ci correspondent à des prises alimentaires insuffisantes du fait d’une biodisponibilité diminuée, en rapport avec une ingestion plus importante de fibres, de phytates et une consommation en vitamine C non significativement différente de celle des omnivores.

3. Conséquences de l'alimentation végétarienne

3.1. Effets sur la croissance

Il y a peu de travaux sur le sujet et les résultats sont contradictoires. Dans l’étude où sont détaillées les différences alimentaires entre végétariens et omnivores (9), à tous les âges et tout particulièrement chez les adolescents, les végétariens ASJ étaient plus grands que les ASJ qui consommaient de la viande, en moyenne de 2,1cm pour les garçons et de 1,9cm pour les filles et les différences étaient significatives (P=0,03 et 0.002). Pour tous les groupes les tailles étaient au dessus des 50è percentiles des valeurs de référence. La viande était négativement corrélée à la taille. Les auteurs ont conclu que la viande n’est pas nécessaire à une croissance normale à condition que l’alimentation soit ovo-végétarienne ou lacto-ovo-végétarienne. Aucune explication n’a été donnée pour justifier la différence de taille entre végétariens et omnivores.

Une autre étude a rapporté des résultats opposés (5). Dix garçons et 9 filles végétariens étaient comparés à 8 garçons et 9 filles omnivores. Les garçons et les filles étaient plus petits que les omnivores mais la différence n’était significative que chez les garçons. Les apports énergétiques totaux des végétariens étaient très au dessous de ceux des omnivores.

Dans une troisième étude de 15 adolescents végétariens comparés à un nombre identique de contrôles il n’y avait pas n’a de différences de taille entre les deux groupes (10).

3.2. Effets sur les troubles du comportement alimentaire

Ils ont été abordés de 2 façons :

1) les adolescents végétariens ont-ils des TCA ?

Nous avons vu qu’un des motifs des adolescents pour devenir végétariens était parfois le contrôle du poids. Un questionnaire à la recherche de TCA a été adressé à 30 collégiennes végétariennes et à 113 collégiennes omnivores (6). L’âge moyen dans les 2 groupes était de 19 ans. Les items du questionnaire sur le comportement alimentaire, sont rapportés dans le tableau 5. Les réponses étaient statistiquement différentes de celles des omnivores, avec des scores plus élevés pour les végétariennes. Ces résultats traduisaient de façon indiscutable l’envie de contrôler le poids et la présence de troubles du comportement alimentaire.

Tableau 5. Réponses aux items du questionnaire sur le comportement alimentaires chez des adolescentes végétariennes et chez des omnivores [d’après KLOPP (6)]

Items de comportement alimentaire

     P

Je me sens coupable après avoir mangé

0.025

Je suis préoccupée par le désir de rester mince

0.003

Je mange des aliments diététiques

0.030

J’aime que mon estomac soit vide

0.004

Je sens que les aliments contrôlent ma vie

0.023

Je passe trop de temps à penser à la nourriture

0.027

J’ai envie de vomir après les repas

0.033

Je fais des exercices intenses pour brûler les calories

0.004

Je me pèse plusieurs fois par jour

0.013

Je prends des laxatifs

0.005
Je n’aime pas essayer les nouveaux aliments riches en calories
0.027

Pourquoi les jeunes femmes végétariennes sont-elles à plus haut risque de TCA que les jeunes femmes omnivores ? Les auteurs pensent que le végétarisme est un style de vie accepté par la société et qui permet d’éliminer des groupes entiers d’aliments. Cette élimination fournit chez certains végétariens une sensation de pouvoir sur le contrôle des aliments, attitude souvent retrouvée chez les patients présentant des TCA.

Dans une autre étude qui portait sur 17544 adolescents âgés de 12 à 20 ans, 107 étaient végétariens (0,6%), 81 % étaient de sexe féminin et 19% de sexe masculin. Un questionnaire sur l’existence ou non de TCA leur a été adressé ainsi qu’à 214 contrôles Les items portaient sur les changements d’habitudes alimentaires et leur fréquence, l’ingestion dans un petit laps de temps de grandes quantités d’aliments "binge eating", des vomissements après l’alimentation, l’utilisation de laxatifs et/ou de diurétiques pour perdre du poids. Une question était également posée concernant la fréquence de l’exercice physique chaque semaine. Les résultats sont rapportés dans le tableau 6. En dehors de la question sur l’exercice physique les différences étaient significatives pour tous les items.

Tableau 6. Troubles du comportement alimentaire chez des adolescents végétariens et omnivores
[d’après NEUMARK-SZTAINER (12) ]

 
Végétariens (n=107)
Omnivores (n=214)
P
changement d’alimentation > 5 fois /an
41 (38%)
45 (21%)
<0.001
binge eating
46 (44%)
67 (32%)
< 0.05
vomissements provoqués
16 (5%)
8 (4%)
< 0.001
utilisation de laxatifs
8 (8%)
2 (1%)
< 0.001

Pour ces auteurs l’alimentation végétarienne est intéressante parce qu’elle permet une consommation plus importante que chez les omnivores de fruits et de légumes et à une ingestion moins fréquente d’aliments riches en graisses, en sel et en sucre. Cependant les adolescents qui suivent un régime végétarien ont besoin d’un suivi en ce qui concerne leur prise énergétique et d’un dépistage sur l’apparition d’éventuels troubles du comportement alimentaire.

Une troisième étude de 45 végétariennes dont l’alimentation était comparée à celle de jeunes femmes omnivores de même âge (19 ans en moyenne) a montré que les restrictions alimentaires étaient significativement plus importantes dans le groupe des végétariennes (4).

2) les adolescents ayant des TCA sont-ils plus souvent végétariens ?

Seules les études d’anorexies mentales ont été rapportées pour essayer de répondre à la question. Une première étude rétrospective concernait 116 anorexies mentales dont 112 de sexe féminin, et 4 de sexe masculin (13). Cinquante-trois sujets n’étaient pas végétariens (45,7%), 63 (54,3%) ne consommaient pas de viande rouge, mais seulement 4 d’entre eux étaient de vrais végétariens et aucun n’était végétalien. Cinquante-neuf des 63 patients avaient arrêté leur consommation de viande rouge après le début de leur maladie et 52% sont redevenus omnivores à la fin de leur maladie. L’arrêt de la consommation de viande conduit à une durée plus longue de la maladie, et à un poids plus bas que celui des omnivores pendant l’évolution de la maladie. La réintroduction de la viande a permis d’écourter la durée de la maladie. Il n’y a donc pas dans cette étude de prédominance du végétarisme dans l’anorexie mentale, mais la présence d’un végétarisme constitue un élément pronostic.

Deux autres études des mêmes auteurs comparaient le statut en zinc de 45 anorexies mentales et de 156 contrôles. Un déficit en zinc chez les anorexiques a été confirmé par une zincémie basse significativement différente de celle des contrôles. 96 % des patients n’ingéraient pas de viande et 56% d’entre eux étaient végétariens longtemps avant que ne s’installe leur maladie. Le déficit en zinc a été constaté même chez les anorexiques qui consommaient de la viande, probablement en quantité insuffisante pour couvrir les besoins en zinc. Les auteurs pensent que le déficit en zinc, et non pas simplement l’alimentation végétarienne, est responsable de troubles du goût, qu’il a conduit à éviter la viande et d’autres aliments et qu’il pourrait être à l’origine dans certains cas de la survenue d’une anorexie mentale (14,15).

Une autre étude a également porté sur la recherche d’un déficit en zinc chez 20 jeunes femmes anorexiques mentales, dont 9 sur 20 étaient végétariennes. Ces dernières avaient une prise alimentaire en zinc très différente de celle des omnivores, et très insuffisante puisqu’elle ne représentait que 62% des apports recommandés contre 97% pour les omnivores. Les anorexiques végétariennes ont à la fois des apports alimentaires en zinc insuffisants, et des pertes sudorales en zinc importantes du fait d’une activité physique plus intense que les non végétariennes. Le déficit en zinc conduit à des lésions gastro-intestinales qui perturbent l’absorption du zinc et à des altérations du goût qui diminuent, si besoin était, la prise alimentaire. Le déficit en zinc pourrait donc jouer un rôle dans le maintien de la chronicité de la maladie. (16).

Même s’il n’y a pas d’études concernant les adolescents qui ont toujours été végétariens, il semble logique de penser qu’il n’y a pas de risques à condition de ne pas supprimer certains groupes d’aliments au moment de l’adolescence. En revanche l’adoption d’une alimentation végétarienne lors de l’adolescence, peut entraîner des risques : carences en vitamines B2, B12, calcium et vitamine D lors d’une alimentation végétalienne, mais surtout risques de survenue de troubles du comportement alimentaire. Il est légitime de renforcer encore d’avantage la surveillance lorsqu’un adolescent qui souffre d’anorexie mentale devient végétarien et le reste pendant l’évolution de sa maladie.

Il est donc nécessaire d’avertir l’adolescent qu’en cas de choix du végétarisme comme modèle alimentaire, il doit faire contrôler régulièrement la prise énergétique totale et les apports en vitamines et en minéraux.

4. Bibliographie

ylivre07.gif1. LAMISSE F, FARAD S. Alimentation végétarienne. In "Traité de Nutrition Clinique de l’adulte". Editions Flammarion. Médecine-Science. 2001 : pages 307-311. Chapitre 30.
2. Position of the American Dietetic Association and Dietitians of Canada: vegetarian diets. J Am Diet Assoc 2003; 103: 748-765.
3. LARSSON CL, JOHANSSON GK. Dietary intake and nutritional status of young vegans and omnivores in Sweden? Am J Clin Nutr 2002; 76: 100-106.
4. GILBODY SM, KIRK SF, HILL AJ. Vegetarianism in young women: another means of weight control? 1999; 26(1): 87-90.
5. HEBBELINCK M, CLARYS P, De MALSCHE A. Growth, development and physical fitness of Flemish vegetarian children, adolescents and young adults. Am J Clin Nutr 1999; 70 (suppl): 579S-585S.
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9. SABATE J, LINSTED KD, HARRIS RD, SANCHEZ A. Attained height of lacto-ovo-vegetarian children and adolescents. Eur J Clin Nutr. 1991 ; 45 :51-58.
10. DONOVAN UM, GIBSON RS. Iron and zinc status of young women aged 14 to 19 years consuming vegetarian and omnivorous diets. J Am Col Nutr 1995; 14(5): 463-472.
11. HARDINGE MG, STARE FJ. Nutritional status of vegetarians 1. nutritional, physical and laboratory studies. J Clin Nutr 1954; 2: 73-82.
12. NEUMARK-SZTAINER D, STORY M, RESNIK MD, BLUM RW. Adolescent vegetarians. Arch Pediatr Adoles Med 1997; 151: 833-838.
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Publié en 2007