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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie mentale et boulimie
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Anorexie, boulimie et affirmation de soi Anorexie et boulimie : approche nutritionnelle Anorexie et boulimie : préparer sa sortie d'hospitalisation Anorexie mentale et boulimie : que peut faire la famille ? Anorexie mentale et stimulation cérébrale profonde La danse thérapie au secours des troubles alimentaires Guérir, c'est prendre un risque ! Guérir, c'est oublier ! Il paraît que je suis presque guéri(e) ! Importance de l'entourage familial Contre l'isolement des malades souffrant d'anorexie et/ou de boulimie La guérison des troubles alimentaires La psychothérapie, comment, pourquoi ? Le traitement : comment l'accepter ? Intérêt de la sonde nasogastrique dans l'anorexie et la boulimie Oser dans les troubles du comportement alimentaires ! Prévention de l'anorexie et de la boulimie : conseils pratiques Rôle des parents dans la guérison d'un trouble alimentaire Sevrage des crises de boulimie par sonde gastrique Thérapie comportementale et cognitive Thérapie familiale dans les troubles du comportement alimentaire Traitement des troubles alimentaires : quelle thérapie choisir ?
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Anorexie et boulimie : préparer sa sortie d'hospitalisation


1. Anorexie et boulimie : ne pas perdre le contact

C’est un grand moment !

Tellement attendu et aussi tellement angoissant !

Après une hospitalisation d’une telle durée  – plusieurs mois parfois – les malades qui souffrent d'anorexie mentale ou de boulimie attendent la sortie comme une délivrance.

Elles (ils) ont aussi le sentiment aigu de perdre, si près de la sortie, un havre de paix, une zone protégée et hors du monde. L’hôpital, qu’elles redoutaient tant avant d’y entrer, leur paraît alors tellement désirable.

Si ça se trouve, l’anorexie mentale ou la boulimie l’attend à la sortie !

Face à cette sortie qui angoisse et qui ravit en même temps, et ceci concerne bien des malades, une réflexion s’impose.

  • La sortie de l’hôpital, ça se prépare.
  • La sortie de l’hôpital, ça n’est qu’un début.

Là sans doute est tout le problème.

Au fond, chacun de nous espère qu’à la sortie, tout sera réglé !

2. L'angoisse de la sortie

2.1. Les plateaux qu'il me faut abandonner

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Cet hôpital où tout était « mâché » me rassurait. Je n’avais pas à me poser de questions. Déjà que je m’en pose tant ! Le médecin m’avait expliqué. Derrière lui, la diététicienne était là, elle répétait le message et me rassurait. C’était diététique, plutôt facile et tout prêt.

Le plateau arrivait, limité dans le temps (toujours au même moment) et dans l’espace, incroyablement rassurant au fond, même si chaque jour, c’était un combat, surtout au début.

Le poids qui a beaucoup monté et qui me terrorise.

S’ils croient que je suis ravi de ce poids que j’ai atteint ! Ils ont tous l’air heureux pour moi. C’est vrai que je suis fière aussi ! Mais ils ne savent pas que j’angoisse aussi terriblement avec ce nouveau corps. Je ne sais même pas si je l’accepte au fond, alors comment savoir si je vais m’y habituer ? En combien de temps ? Et puis, je suis qui, moi, maintenant, avec ce nouveau corps ? Et si, une fois sortie, je continuais à prendre 10 kg !

J’ai pris 10 kg, dit la patiente souffrant d’anorexie ; je n’ai rien perdu, se dit la patiente souffrant de boulimie. Quelle angoisse, quelle horreur.

Le mieux serait que je n’y pense pas. Mais même eux, ils me le rappellent.

Tous ces aliments sur lesquels j’ai si peu de contrôle.

L’hôpital circonscrivait le problème. Un plateau strictement contrôlé par mon médecin et ma diététicienne. Des aliments limités, bien lisibles sur une liste que je cochais, pour « prendre la commande » aidée, et même au fond déresponsabilisée, par la diététicienne. Ce sont ces repères que je vais perdre. Qui me « passera commande » ; « Qui me dira ce que je peux prendre, cuisiner... et manger » !

L’assistance nutritive qui s’en va.

Le médecin me disait toujours : c’est le mélange nutritif mis par la sonde qui te faisait prendre du poids. Elle m’aidait, la sonde et me rassurait.

On vient tout juste de me la retirer et, dans ma tête, c’est comme un « garde-fou » que l’on m’arrache !

La peur que Dame Boulimie ne revienne.

La crise me hante : au début de l’hospitalisation, j’y pensais tout le temps. Le besoin était là, puissant, dévastateur parfois. Petit à petit, il s’est éloigné.

Un peu ! Si peu peut-être. L’hôpital me rassurait, avec son personnel que je pouvais appeler, lorsque l’angoisse montait... et la crise derrière !

Que vais-je faire, toute seule !

La responsabilité de « se faire à manger » qui me tombe dessus.

Je crois que je commence à comprendre. Se faire à manger, faire à manger pour la famille, c’est la première responsabilité de l’adulte. C’est même la plus simple !

Faire les courses, avec ce supermarché qui me terrifie et m’attire à la fois (la boulimique plus encore que l’anorexique restrictive !).

Qui va me dire ce qu’il faut mettre comme matière grasse dans « ma » poêle ! La portion de riz à prendre, qui va « s’étaler » ensuite dans mon assiette ! Les quantités me font si peur : en ai-je trop mis dans l’assiette ? Pas assez mis dans l’assiette ? Entre ma vision déformée de la réalité et ma peur de grossir, toujours présente, où sont mes repères ? J’ai encore besoin qu’on puisse me jurer que « ça ne fait pas grossir », que « je ne vais pas grossir »… 

Le rythme lancinant de la journée d’hôpital qui me rassurait.

Les heures qui passaient, rythmées par la « journée type » du service hospitalier. Au début, je m’ennuyais, puis je me suis glissée dans ce moule où « tout était fait pour moi et ma guérison ».

Je vois bien que ce ne sera pas pareil « dehors » ! Je devrais continuer à penser à ma guérison, au travail, à mon avenir, au regard de l’autre... de tous ces autres.

Ce personnel qui me voulait du bien.

Je m’y étais attachée, à ma façon, à l’aide soignante qui me rassurait d’un sourire, lorsqu’elle me tendait le plateau. Un mot, une attention. Je me rends compte à quel point j’ai besoin que les gens s’intéressent à moi.

Ces gens qui me soignaient me voulaient du bien, c’est sûr. Et maintenant ?

Ce médecin, ce psychologue qui me comprenait !

Au fil des jours, j’avais construit, avec le médecin (ou le (la) psychothérapeute) des liens forts. Ça m’aidait à fortifier ma confiance en moi.

Peut-être même y avait-il un tout petit peu plus ! J’attendais avec tellement d’impatience sa visite.  De cette visite découlaient mes efforts des jours suivants.

Je sais qu’il va me manquer.

Cette bonne mine qui me fait peur.

Je suis terrifiée à l’idée de tous ces gens, famille en tête, qui vont me dire « C’est fou ce que tu as bonne mine ». Moi qui ne supporte pas mon corps, ses rondeurs, ses replis, comment vais-je pouvoir supporter ces propos lénifiants. Je crois déjà qu’ils se moquent de moi !

La pression familiale qui ne va pas comprendre.

Je sors de l’hôpital, j’ai atteint mon poids, je remange et il y aura donc forcément des tas de gens pour dire (ou de toute façon penser) que je suis guérie.

Alors que je me sens si fragile au dedans. Si fragile, de si peu de poids !

Et si je reperds du poids, que vont-ils dire ? Et si je mange moins (c’est ma crainte, ça, de manger  moins), que vont-ils penser ? Toute cette hospitalisation pour rien !

Il y a ce décalage énorme entre le poids que je fais, cette hospitalisation qui a tant duré et ces pensées qui m’obsèdent, le chemin qui me reste à parcourir.

Comme j’aimerais que quelqu’un leur dise que je ne suis pas guérie !

Toutes ces questions auxquelles il me faudra répondre.

Comment c’était, ton hospitalisation ? Que vas-tu faire de ta vie ? Tu peux nous expliquer pourquoi tu ne mangeais pas à la maison, alors que tu réussissais bien à l’hôpital ?

3. L'euphorie de la sortie

Il y a aussi, au moment de la sortie, une certaine euphorie. Dans certains cas, c’est même une euphorie certaine ! C’est de ceci qu’il faut parler.

Tout va bien.

Il y a une espèce d’excitation. C’est un peu comme avant un voyage : je fais ma valise, je m’en vais. Ma maison, mes amis, ma famille : ils m’ont tellement manqué. Et puis je vais enfin  pouvoir me prouver que je suis capable toute seule de faire aussi bien qu’à l’hôpital. Je me sens si forte maintenant…

J’ai réussi un parcours dont jamais je ne me serais cru capable.

Je peux être fière de moi au fond. Je ne m’en serais pas cru capable. Tous ces kilos pris et le médecin, le psychologue, la diététicienne qui m’encourageaient. Ils m’ont donné la satisfaction de faire comme une bonne action, leur faire plaisir. J’en suis heureuse.

Ils m’ont tellement valorisée qu’une chaleur incroyable me vient, quand j’y pense !

C’est géniale la vie !

Je me sens plus forte, plus ouverte, plus souriante.

C’est fou ce que j’ai pu changer. La vie est plus simple, je suis plus ouverte. Il fait beau dans mon âme et tout chante un peu plus. Je me sens plus sereine, d’humeur plus égale.

Je n’ai plus froid, je dors mieux, j’ai plus confiance dans les autres et vais plus vers eux.

J’ai tellement changé !

Tout ceci, c’est à l’hôpital et au personnel que je le dois !

Les projets affluent dans notre tête, nombreux, si nombreux .

J’ai de nouveau des tas de projets en tête. Je vais m’inscrire à un club de sport (!), de danse (!), je vais reprendre mes études, je vais changer ma garde-robe, me faire plaisir...

La vie est belle !

4. Il faut donc expliquer

4.1. A la patiente

Chacun des points ci dessus mériterait qu’on s’y arrête. Il faut « garder » la malade autant de trop d’euphorie que de son angoisse. Il faut l’amener à la sortie, l’y préparer.

Pour ceci, il lui faut des permissions les semaines précédentes, pour qu’elle se lance des défis, tant alimentaires que comportementaux : une sortie au restaurant, une brioche à « 4 heures », la gestion de son temps et de ses repas.

Elle ne pourra pas faire comme les autres, « s’alléger » d’une rigueur certaine vis à vis des repas. Non, elle ne peut pas, elle, sauter, de repas. Non, elle ne peut pas moins manger « parce qu’elle n’a pas faim », « parce qu’elle n’a pas le temps », « parce que ceci... ou cela... ». VIGILANCE oblige.

Il ne faut pas qu'elle se disperse dans la vingtaine de projets qui lui sont venus pendant la 2ème partie de l'hospitalisation. Son seul projet, c'est SA GUÉRISON. Elle doit,  toujours et encore, se fixer des petits objectifs. Enfin, elle ne doit jamais oublier que la maigreur et la rupture de l'équilibre alimentaire alimentent aussi le trouble du comportement alimentaire.

4.2. Aux parents (et conjoint)

Aux parents aussi, il faut expliquer.

Expliquer que la malade n’est pas guérie, tout juste en convalescence, qu’un long chemin reste à faire, que l’hospitalisation n’est qu’un début, une étape sur la route de la guérison.

Expliquer que l’hospitalisation est plutôt comme un stage (de langue, de tennis...), où leur « enfant » a appris la théorie, mais pas vraiment la pratique.

L’hôpital est un lieu de soins, pas un lieu de guérison ! Hélas !

Expliquer qu’il y a des « mots qui tuent » : « Tu as bonne mine », « On va pouvoir enfin te refaire confiance », « Tu as tout pour être heureuse maintenant », « enfin le calvaire est fini »... Ces mots sont ceux qui, loin d’aider, enfoncent le malade ou le font régresser. Qu’on se rassure : ces mots n’ont de pouvoir que limité.

5. Quelques conseils pour aider votre enfant

Le comportement des parents doit évoluer. Ce n’est pas fini, certes, mais c’est cependant autre chose. La malade a compris certaines choses et a pris de la distance par rapport à ses parents. Ceux-ci peuvent ressentir cette évolution comme négative (« mon enfant s’éloigne de moi »).

Il peut y avoir aussi des réactions de rejet de la part de la malade : elle peut en vouloir à ses parents. Il faut pouvoir l’accepter !

Vous serez à côté de votre enfant pour l’aider, ce qui n’est certes pas facile face à son comportement alimentaire : ne rien voir ou lui donner la becquée ? On ne sait pas ce qu’il faut faire. Le bon sens suggère qu’il ne faut ni juger ni banaliser et qu’il y a un temps pour chaque étape.

Ne portez jamais la maladie de votre enfant mais soyez à côté de lui et aidez-le en travaillant sur : 

Le manque de confiance : Étant à la base de sa maladie, essayez de remettre votre enfant en confiance, afin d’établir avec lui une véritable relation. Aidez-le à se reconnaître le droit d’exister, de s’aimer, de croire en lui.

L’écoute de votre enfant : Dans votre relation avec votre enfant, il s’agit non seulement d’entendre sa parole, mais d’en saisir le contenu intellectuel et émotionnel, et de reformuler ensuite ce qui a été dit, afin qu’il se sente entendu et valorisé.

Le jugement : ne jugez pas : Guérir n’est pas une question de volonté. Votre enfant prendra des résolutions pour guérir et puis la maladie reprendra le pilotage et les commandes et dictera ses lois. S’il dissimule, il ne le fait pas exprès : il se sent coupable et cherche par ce comportement à protéger ses parents ! Ne le culpabilisez donc surtout pas, tout comme vous ne devez pas vous sentir responsable et encore moins coupable. Le plus souvent, il n’y a pas de coupable : il n’y a pas de facteur unique à une anorexie mentale ou à une boulimie.

Le repli : A cause de cette culpabilité, l’enfant aura tendance à se replier sur lui-même. Soyez vigilant sur ce repli qui ne fera qu’amplifier le trouble du comportement alimentaire. Aidez le à prendre conscience que ce repli va lui faire perdre ses vraies valeurs. L’équilibre intérieur s’atteint en allant vers les autres, en se servant des autres et de leur regard.