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Anorexie mentale et boulimie
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Oser dans les troubles du comportement alimentaires !

Pr D. RIGAUD - Président d'Autrement

Oser, c’est concevoir que quelque chose est possible et avoir le courage de le faire. On voit bien à quoi ceci se heurte en cas d’anorexie mentale ou de boulimie. Et on voit bien tout ce qu’il faudra bousculer… pour un jour OSER.

Pourquoi ne pas oser manger par exemple ? Est-ce parce que manger est une attitude condamnable ? Effectivement, bien des malades disent « je me sens coupable de manger ». Mais coupable de quoi exactement ? Est-on par exemple coupable de respirer ? De quelle culpabilité s’agit-il ? Car c’est à l’évidence soit un mot trop fort, soit un mot sous-tendu par une pensée cachée.

Manger est une fonction vitale, comme se reproduire, uriner, déféquer, respirer. Mais à la différence de cette dernière, la nature a attaché les autres fonctions à une idée de plaisir : elle a prévu que pour que les humains le fassent, il fallait qu’ils se fassent (un peu) plaisir. Mais ce plaisir n’est pas la fonction principale. D’ailleurs, ce plaisir n’est pas systématique. Ainsi, il arrive que l’on ait du plaisir en mangeant, mais pas souvent et pas tellement ! Implicitement, l’action d’« oser » implique 5 pensées actives :

  1. La pensée « il faut oser » implique qu’il y a un interdit. Cet interdit peut être personnel ou collectif (social par exemple). D’un point de vue social par exemple, manger a toujours été un peu interdit ! Adam et Eve sont coupables de l’avoir fait, la gourmandise est un péché capital. Les gros bouffent trop et tout le monde les jugent trop nuls !
     
  2. Oser implique que la chose à faire est possible : il est rare que l’on ose quelque chose d’impossible. Cette impossibilité peut être morale, sans que nous nous en rendions compte : comment « oser manger » par exemple si une personne proche, aimée, est morte en ne mangeant rien ? Comment oser manger un animal mort (entendez « de la viande ») ?
     
  3. L’idée d’oser implique aussi l’idée de partage : il est au fond plus facile d’oser faire quelque chose à deux ou à trois que tout seul. Or anorexie et boulimie nous laissent bien seuls, bien isolés face aux autres (et non plus avec les autres).
     
  4. L’idée d’oser sous-entend que l’action menée ait un sens. Par exemple, « oser grossir » pour une malade souffrant d’anorexie mentale n’a pas de sens. Il faut donc lui en trouver un : ce n’est pas grossir, mais « combler le déficit pondéral qui nuit à notre relation à l’autre, aux fonctions de notre corps, à nos règles. ».
     
  5. Enfin, oser implique que nous pouvons échouer et que si nous ne réussissons pas, personne ne meurt pour autant ; personne ne nous en veut forcément ; et ceux qui nous en veulent (et il y a toujours des imbéciles quelque part) peuvent être ignorés.

Beaucoup de malades me disent « moi, mon problème, c’est que je n’ai jamais osé dans la vie ». Alors je leur dis « tiens, c’est curieux ce que tu me dis, parce qu’au fond l’anorexie, c’est oser ne pas manger alors que c’est dur d’être à jeun, c’est oser ne pas manger alors que les proches (ceux qui vous aiment) souffrent de te voir ne mangeant pas ; c’est oser dire non à un ami qui t’invite au restaurant ou chez lui, non à un autre ami qui te propose le plat de bœuf bourguignon à une soirée à laquelle il t’a invitée avec plaisir. Qu’en penses-tu ? ». La malade est perplexe… après un temps, elle me répond : « si je comprends bien, ma maladie, c’est ce qui me permets d’enfin oser dire non ? ».
C’est un peu ça : comme l’enfant jeune, de 3-5 ans, qui dit non à sa mère pour s’affirmer.

Car « OSER C’EST S’AFFIRMER ». Mais l’erreur de la malade qui souffre d’anorexie mentale ou de boulimie, c’est de croire qu’oser le « non » soit constructif et structurant. Il faut oser le « oui » pour pouvoir dire non. Oser partager sa victoire contre la maladie avec son médecin, son psychothérapeute, son diététicien, des proches. Oser grimper la côte de poids qui mène vers sa vraie personnalité, celle qui n’est pas entachée de maigreur et de refus de manger. Oser laisser venir l’angoisse « de ne pas faire la crises de boulimie » et de voir ce que ça fait : oui, on n’en meurt pas ; oui, l’angoisse redescend, surtout si on la rejette d’un « et puis après » méprisant. Alors, l’angoisse méprisée, ignorée se vexe… et finit par s’en aller !

Dans l’anorexie mentale et la boulimie, tout semble au début s’y opposer (à oser) : nous manquons de confiance en nous ; nous avons une si piètre estime de nous même ; nous avons tant mis d’estime de soi dans notre maigreur, notre volonté de mincir !

Mais tout ceci peut n’être que la conséquence du trouble alimentaire. Alors, oui, osons dire que nous n’en voulons plus de cette maladie de m…. Car pour oser guérir, Il faut se dire que c’est vraiment un comportement qui nous pourrit la vie. Il faut surtout se dire que guérir est possible : pas de chance, c’est bien possible et statistiquement un(e) malade sur deux guérit TOTALEMENT de son trouble du comportement alimentaire.

Publié en 2010

 


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