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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie mentale et boulimie Obésité et compulsions alimentaires
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Diététique & Nutrition

Compulsions alimentaires


S’il y a bien un trouble méconnu, oublié des livres de médecine et des ouvrages de psychiatrie, ce sont les compulsions alimentaires.

Pour bien des gens, les compulsions alimentaires se situent entre péché de gourmandise et boulimie. Ils se trompent !

On ignore beaucoup de leurs effets sur le caractère, l’humeur et le poids corporel.

On connaît mal le risque de santé qu’elles font courir à qui en est atteint.

1. Les compulsions : ce qu'elles sont ?

Les compulsions correspondent à un besoin irrépressible de manger. On le fait sans faim, au delà du rassasiement. On « mange » (mais est-ce bien manger) des aliments « plaisir » en un temps court. Trop court !

Il y a une notion de quantité : c’est au moins, par exemple, un quart de baguette de pain, ou 100 g de fromage ou un paquet de gâteau …

Il y a une notion de vitesse : la crise dure peu : un paquet de gâteau en un quart d’heure.

Il y a une notion de « trop » : on a le sentiment de perdre le contrôle : c’est trop et trop vite. Mais on cherche à se faire plaisir. Au début, c’est du plaisir ou quelque chose qui y ressemble (le soulagement d’un manque) qui est cherché !

Il y a une notion de rythme : ce n’est pas une prise alimentaire « prévue », « organisée », mais impulsive, compulsive. C’est n’importe quand, le matin ou la nuit, même après le repas ! 

2. Les compulsions : ce qu'elles ne sont pas ?

Ce n’est pas de la boulimie : en cas de boulimie, l’objectif n’est pas de se faire plaisir et la crise se termine en règle par des vomissements. Dans la boulimie, il y a un profond dégoût de soi et une volonté farouche de maigrir (d’où vomissements, abus de laxatifs, hyperactivité physique...).

Ce n’est pas un « gros goûter ». Le goûter est organisé et contrôlé, tant dans son rythme que dans sa quantité. Il obéit à la faim et s’arrête avec elle.

Ce n’est pas du grignotage. Le grignotage est une succession de prises alimentaires de petites quantités d’aliments sur un temps assez long : un paquet de gâteau en une ou deux heures.

Ce n’est pas une petite faim en sortant du boulot, de la gym ou de la piscine.

Et surtout, surtout, ce n’est pas de la gourmandise : combien de gens pensent en regardant un enfant compulsif qu’il « aime bien manger ». On a tord. Les personnes compulsives n’aiment pas « manger » ; elles ne peuvent pas faire autrement que « criser » ! 

3. Les compulsions : quelles causes ?

Les causes sont à la fois nutritionnelles et mentales. On devrait plutôt parler de mécanismes.

Parfois les compulsions alimentaires sont nées d’une mauvaise gestion de son alimentation.

Parfois elles sont la conséquence d’un problème mental.

3.1. Mécanismes nutritionnels

Trente à quarante pour cent des personnes obèses ont des compulsions alimentaires. Contre 5 % chez les personnes de poids normal.

La conclusion en a été lapidaire : c’est parce qu’ils font des compulsions que les gens deviennent obèses ! Le couperet de la loi.

Mais la vérité est ailleurs. C’est parce qu’ils font un régime trop restrictif pour eux que certains finissent par faire des compulsions alimentaires !

Car le régime pour maigrir, surtout s’il est pauvre en protéines (viandes, poissons, blanc d’œuf), favorise la compulsion.

Surtout si on est déjà gros !

Des chiffres ? C’est magique : les deux tiers des gens qui font des compulsions ont commencé par un régime amaigrissant. Seuls trente pour cent disent que leurs compulsions sont responsables d’une prise de poids et que le régime a suivi les premières compulsions. Mais alors, il ne les a pas du tout supprimées. 

3.2. Mécanismes comportementaux

Le mécanisme est implacable. On appelle ceci la restriction cognitive. En d’autres termes, la décision volontaire de se restreindre pour maigrir.

Comment ceci fonctionne-t-il ?

Très simplement : le corps a des besoins d’énergie constants. Il analyse uniquement l’énergie entrante (ce que l’on mange) et très peu ce qu’il y a en réserve (les stocks de graisses par exemple).

Dès que l’énergie qui entre est insuffisante, le corps met en place une stratégie pour combler ce « trou » (tout relatif parfois). Une attention particulière est alors accordée à « tout ce qui se mange ». Tout devient « mangeable » et le plaisir à manger double.

Seule la raison peut contrer ceci. Ni le sensoriel (toute sensation tirée de l’alimentation est alors décuplée) ni le métabolique (la faim augmente avec la restriction) ne le peuvent.

Or on ne mange pas « avec » sa raison (ni plus qu’on ne respire avec d’ailleurs !). 

3.3. Mécanismes mentaux

La raison ne vient « contrer » le système compulsif que si plusieurs éléments sont en place depuis un certain temps (l’enfance ?) :

  • La confiance en soi ;
  • Une image « idéale » de soi ferme, sans faille ni doute : « je ne peux pas être celui-ci » ;
  • Des prises alimentaires sans relation avec l’humeur : il est des gens dont l’alimentation ne varie aucunement avec leur humeur ou leurs émotions (joie, bonheur, angoisse, dépression, colère, excitation). Ils ne mangent pas différemment lorsqu’ils sont tristes ou heureux ;
  • Une gestion bien tempérée de ses émotions ;
  • Une pensée adaptable, c’est à dire « plastique ».

3.4. La pensée dichotomique (manichéenne)

On maigrit mieux et plus durablement si l’on n’a pas une pensée dichotomique. C’est à dire si tout n’est pas ou blanc ou noir, ou bon ou mauvais.

Sinon, ça donne ceci (vous allez vous reconnaître !) : quand on veut maigrir, il y a les aliments qui sont bons à manger, qui sont mauvais pour le régime, et ceux qui sont mauvais à manger et bons pour le régime. On inclut le chocolat et les gâteaux dans les premiers et les légumes verts dans les seconds.

Du coup, seuls les premiers, qui sont dans l’interdit, trouve grâce à nos yeux.

C’est cette pensée qui finit par empoisonner l’esprit, l’emprisonner dans une contradiction vide de sens.

Expliquons-nous : on dit alors : « je grossis... et pourtant, je ne mange rien ». On dit aussi : « un rien me fait grossir ». On dit enfin : « dès que je mange « normalement », je prends 3 kilos (ou six) ». On est même sûr que c’est vrai. Or aucun scientifique n’a pu le mettre en évidence !

Ce qui est vrai, c’est l’impression (c’est à dire la marque dans notre cerveau affamé par le jeûne imposé). Mais la réalité métabolique est différente. Il y a une dépense d’énergie de chaque instant. Donc, si on mange selon ses besoins caloriques, on ne peut pas grossir !

On oublie, dans cette petite phrase (« je grossis... et pourtant, je ne mange rien ») ce qui fait tâche, ce qui est « mal », ce qui n’a pas de vertu métabolique, ce qui n’est pas « caché sous la faim » mais « replié derrière l’émotion » : on fait régime aux repas ou on en saute (je ne mange rien) et on craque sur un pain au chocolat ou un bout de fromage (mais ce n’est pas « manger », puisque c’est coupable donc oublié !).

4. Les compulsions, quelles conséquences ?

Si les compulsions alimentaires se caractérisent par la perte de contrôle, il en résulte obligatoirement une image un peu plus négative de soi.

Surtout si la société autour valorise l’idéal minceur et la maîtrise de soi !

Surtout si le surpoids devient visible au regard de l’autre.

Or si l’angoisse et le manque de confiance favorisent l’impulsivité et la compulsion, ces facteurs vont accroître le besoin de faire une crise.

Une nouvelle crise. Et derrière elle, une autre encore.

Par culpabilité aussi !

Et le cycle recommence.

A force, on grossit et en mangeant « trop » (plus), on accroît la capacité de l’estomac. Et donc le vide créé par le début du repas. En effet, la première bouchée qui entre dans l’estomac (au début du repas ou de la crise) induit un relâchement du muscle gastrique : il s’ouvre pour laisser la place aux aliments qui vont arriver. Et il s’ouvre d’autant plus qu’il sait qu’une grande quantité arrive !

Au fil du temps, certains sujets prennent beaucoup de poids. Pas tous et pas tous de la même façon. Il y a le contexte génétique (familial). Et des gens qui ont plus tendance à prendre du poids que d’autres !

Et l’obésité n’arrange rien, puisque, disent les malades : « Si on en est là malgré tout ce qu’on a pu se dire, tout ce qu’on a pu nous dire, alors maintenant, avec tout ce chemin à parcourir, avec tous ces kilos à perdre... Alors, bof ! ».

5. Les compulsions : comment s'en sortir ?

Un long travail est nécessaire.

Un travail sur soi, sur son image et sur son comportement.

Il va falloir abandonner la stratégie du « à quoi bon ! », travailler sur toute la gamme des pensées (abandonner la pensée dichotomique) et des émotions, faire la part de ce qui revient à la faim et à l’angoisse, au plaisir et à l’ennui.

Il va falloir travailler sur la qualité de ce que l’on mange, c’est à dire le temps, le rythme, la durée, la disponibilité, le souvenir, le plaisir contre la quantité.

Il va falloir y gagner quelque chose et accepter d’y perdre autre chose.

Un vrai chantier, mais très payant à terme !

Publié en 2007