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Anorexie, boulimie, compulsions alimentaires : l'association peut vous aider à voir les choses Autrement

Anorexie mentale et boulimie Obésité et compulsions alimentaires
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Obésité et compulsions alimentaires


1. Obésité et compulsions : un lien dans les deux sens

L’obésité est définie comme un excès de masse grasse associée à un accroissement des problèmes de santé et de mortalité.

Plus concrètement, on la définit grâce à l’indice de masse corporelle, à savoir le poids (en kilos) sur le carré de la taille (en mètre) : au dessus d’un IMC de 30 kg/(m)2, on parle d’obésité.

Les compulsions alimentaires se définissent comme un besoin irrépressible de consommer des aliments, en général « interdits », car « trop caloriques » (selon la personne qui les consomme) en quantité "importante".

Le diagnostic de compulsions alimentaires sévères implique qu’il y ait au moins deux crises par semaine.

Chaque crise donne le sentiment d’avoir un peu (ou beaucoup) perdu le contrôle sur soi. Par opposition au grignotage, la crise dure assez peu de temps (quelques minutes ou dizaines de minutes). Il y a le plus souvent l’idée d’un certain plaisir : la personne éprouve une satisfaction sensorielle à le faire, même si elle sait qu’elle ne sera pas très bien ensuite.

Mais comprenons-nous bien : la consommation de 3 gâteaux ou d’une barre de chocolat n’est pas une compulsion alimentaire pathologique.

Pour parler de compulsions alimentaires pathologiques, et surtout sévères, il faut qu’il y ait la pensée, par la personne qui le fait, que ce comportement est anormal, qu’il n’est pas « bon », « bien ». En d’autres termes, la personne souffre de ce comportement et voudrait ne pas le faire. Il y a donc, associé au trouble du comportement alimentaire, un mal-être, qui, au demeurant, peut être non seulement la conséquence du trouble, mais aussi la « cause ». C’est souvent à cause d’un mal-être que la personne va développer la compulsion alimentaire.

Pour bien des gens, il est évident que des compulsions alimentaires doivent obligatoirement aboutir à l’obésité. Selon ces personnes, un trouble comme celui-ci conduit invariablement à un surpoids et, ensuite, à l’obésité. En fait, ce n’est pas aussi simple.

Tout est en fait une question de « bilan énergétique ». Mais expliquons cette notion.

2. Le bilan énergétique

Le bilan énergétique est la différence entre les entrées (c’est à dire ce que les aliments apportent) et les sorties (c’est à dire les dépenses, ce que le corps brûle).

Quand, sur une période donnée, la somme des entrées est supérieure à la somme des dépenses, la personne prend du poids. Si c’est la somme des « calories » d’une semaine, on calcule par exemple : calories entrées du lundi au dimanche moins les dépenses caloriques de lundi à dimanche ; ensuite, schématiquement, on calcule sept calories pour prendre ou perdre un gramme de poids corporel. Ainsi, si le bilan est positif de 700 calories sur la semaine, la personne prend 100 grammes de masse corporelle.

En fait, c’est plus compliqué que ça : car le bilan n’est pas un bilan « calorique », mais un bilan de « nutriments énergétiques » : l’entrée (E) des protides (P, 4 calories au gramme), glucides (G, 4 calories au gramme) et lipides (L, 9 calories au gramme) doit être égale aux sorties (S) c'est à dire les dépenses du même nutriment : ainsi ([E-S]P)+ ([E-S]G)+ ([E-S]L) doit-il être égal à zéro, pour que le poids corporel ne change pas à terme. Si des calories lipidiques sont remplacées par des calories protéiques, on a tendance à perdre du poids. Si, à l’inverse, des calories glucidiques sont remplacées par des calories lipidiques, on a tendance à prendre du poids.

Donc, si une personne compulsive a de grosses dépenses énergétiques, elle peut ne pas grossir ; de même, si elle s’active physiquement beaucoup et n’a pas trop de compulsions, elle peut rester à poids stable. L’évolution du poids dépend aussi de l’importance « caloriques » et de la fréquence des compulsions.

Ainsi, dans une étude sur la population de Bourgogne, nous avions 8,3 % des gens qui disaient souffrir de compulsions alimentaires au moins deux fois par semaine. Les pourcentages dans chaque groupe d’IMC (maigres, minces, normaux, en surpoids, obèses) était le suivant, suivant qu’il y avait ou non des compulsions alimentaires. On voit ici que 6 % des compulsifs avaient un poids inférieur à la normale et que seuls 13 % étaient obèses.

Tableau 1 : IMC des personnes compulsives

IMC

Avec compulsions
(%)

Sans compulsion
(%)

<18,5

6

0

18,5-19,5

10

12

19,5-25

42

63

25-30

29

20

>30

13

4

L’IMC moyen était de 24,4 kg/’m)2, contre 22,6 kg/’m)2 chez les personnes sans TCA. Bien sûr, le pourcentage de personnes compulsives ayant un surpoids ou une obésité était plus élevé que celui des personnes sans trouble du comportement alimentaire (TCA). Mais, il apparaît que les gros (surpoids et obésité) ne représentent que 42 % des personnes compulsives et que 16 % des compulsifs ont un poids plus bas que la moyenne.

Ceci suggère plusieurs réflexions :

Certaines personnes compulsives doivent avoir des comportements alimentaires adaptatifs : jeûne, restriction aux repas efficaces. Elles étaient respectivement 23 % et 14 % à ne pas prendre tous les jours de déjeuner ou de dîner ; dans respectivement 9 et 4 %, elles n’en prenaient « pratiquement jamais » ou « jamais ». Parmi elles, 8 % étaient tout le temps au régime et 16 % très souvent (contre 2 % et 4 % respectivement chez les personnes sans TCA) ;

D’autres ont des comportements anormaux, délétères pour la santé : ainsi, 29 % des compulsifs disaient se faire vomir de temps à autre ;

Certaines autres doivent avoir des comportements physiques adaptatifs : 12 % des personnes qui se disaient compulsives disaient également avoir une hyperactivité physique élevée ou intense ;

Certaines autres enfin doivent avoir une dépense énergétique naturellement élevée, soit parce qu’ils sont jeunes, soit parce qu’ils sont grands et plutôt musclés. Il est bien évident qu’un homme de 21 ans mesurant 1,85 m peut avoir plus de compulsions sans grossir qu’une femme de 56 ans mesurant 1,56 m ! Car la dépense calorique de base dépend du sexe (elle est plus élevée chez l’homme que chez la femme), de l’âge (elle est plus élevée chez le jeune que chez les sujets plus âgés), et de la taille.

Les relations à l’alimentation des personnes souffrant de compulsions alimentaires marquées sont souvent compliquées : si l’on compare des personnes compulsives à des personnes sans trouble du comportement alimentaire, on voit que manger est plutôt plus angoissant que pour les autres.

Tableau 2 : Relations à l’alimentation des personnes compulsives et de celles sans TCA

Réponses

Je ne mange rien
Et je grossis

Mon poids varie sans
arrêt, c’est à ne rien
y comprendre

Je saute
bien souvent
des repas

Le regard de l’autre
quand je mange m’angoisse

Manger
m’angoisse

Population non compulsive (pourcentages)

 

 

Faux

78

74

76

58

87

Vrai

21

23

20

33

11

Tout à fait vrai

2

2

4

8

2

Population avec compulsions pluri-hebdomadaires (%)

 

 

Faux

69

57

65

36

77

Vrai

23

31

27

46

16

Tout à fait vrai

8

12

8


18

7

A ce stade, on peut dire qu’il n’existe pas de relation simple entre le poids (l’indice de masse corporelle) et la compulsion alimentaire.

D’autres statistiques sont pourtant troublantes. Ainsi, sur une étude portant sur 3680 personnes consultant pour surpoids ou obésité dans un service spécialisé, on trouvait une fréquence élevée de compulsions alimentaires sévères. De même, ce pourcentage était relié à la durée d’obésité : plus celle-ci augmentait et plus le risque de compulsion était grand.

En pourcentage

IMC normal

< 3 ans

3 à 6 ans

Plus de 6 ans

Une crise / semaine

9

15

12

6

Deux crises / semaine

8

12

21

24

3 crises ou plus / semaine

1

2

8

16

Il paraît par ailleurs assez évident, au regard de la littérature scientifique, que les compulsions alimentaires sont assez souvent secondaires aux régimes hypocaloriques suivis : plus le régime est restrictif, monotone, rigide et suivi longtemps, et plus le risque de développer des crises compulsives augmente.

Enfin, il apparaît de plus en plus certain que des composantes mentales (psychologiques) doivent être prises en compte :

  • Ainsi il semble bien que les personnes en surpoids ou obèses dépressives sont plus exposées aux TCA que les personnes non dépressives ;
  • De même, l’anxiété est un facteur de risque certain ;
  • L’impulsivité excessive a également été soulignée comme facteur favorisant. Mais ceci est presque une évidence, puisque les compulsions alimentaires sont par définition un comportement impulsif.

3. Conclusion

Les personnes souffrant de compulsions alimentaires sévères ne sont en surpoids que dans une petite moitié des cas environ.

Elles peuvent contrer leur prise de poids par des conduites alimentaires de restriction ou de privation, les unes saines (restriction raisonnable aux repas, activité physique soutenue) et les autres délétères (vomissements, jeûne…).

Elles ont souvent une mauvaise image des aliments et de l’acte de manger, comme si elles avaient le sentiment qu’on les voyait, lorsqu’elles mangent à table (repas) faire leur crise. Elles sont souvent angoissées et gênées du regard de l’autre.

Il semble bien que ce soit surtout l’obésité et son traitement par des régimes hypocaloriques inappropriés qui sont responsables des compulsions alimentaires et non l’inverse.

Il semble donc bien plus raisonnable de mettre en garde la personne obèse contre le risque de compulsions, et non pas la personne compulsive contre le risque d’obésité. Car il se pourrait bien que la volonté excessive de perdre du poids trop vite (ou trop de poids) soit un facteur de risque d’aggraver les compulsions alimentaires.

Pour en savoir plus

Publié en 2007