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Le rôle de la génétique dans l'obésité


On connaît maintenant avec certitude le rôle des facteurs génétiques dans l’obésité, chez l’enfant comme chez l’adulte. Il est évident pour tout le monde qu’il est des familles d’obèses et des familles de minces.

On a eu tendance, pendant des années, à attribuer l’obésité trouvée dans une famille donnée à des facteurs d’apprentissage et de copie : parce que l’enfant voyait ses parents et frères et sœurs manger trop, il mangeait trop à son tour et grossissait. En fait, cette vision simpliste a été remplacée par une vision plus moderne, plus scientifique, où la part des deux, génétique et environnement, est établie et bien fixée.

1. Les preuves animales

On connaît des rongeurs qui sont « programmés génétiquement pour être obèses ». Il a été parfaitement montré que des rats, des souris ou certains rongeurs « exotiques », comme l’agouti, pouvaient devenir obèse sans manger trop. On a pu isoler des individus qui étaient gros sans manger beaucoup, les faire se reproduire et constater une forte tendance à l’obésité dans leur progéniture. Ainsi a-t-on isolé, chez la souris une famille, appelée ob-ob, et chez le rat une famille appelée fa-fa, d’animaux « génétiquement programmés pour être obèses ». Ces animaux peuvent atteindre à l’âge adulte le triple du poids des animaux de laboratoire standard, en mangeant un tout petit peu moins et en ne bougeant pas moins que leurs cousins normaux : par exemple, les rats fa-fa pèsent adulte 900 g, alors qu’un rat de laboratoire standard pèse 330 g ! On est sûr que ces obésités sont génétiques, puisque les rats grandissent en dehors de l’influence de leurs parents.

On a mis en évidence chez le rat ou la souris des gènes « mutés » (gènes altérés) qui sont associés à une obésité dans quasiment 100 % des cas. Ainsi, des mutations sur le gène de la leptine, une hormone fabriquée par le tissu adipeux, est responsable d’une obésité sévère chez le rat et la souris. Une mutation d’un autre gène est responsable d’une obésité chez un rongeur d’Amérique du sud, l’agouti. On a isolé bien d’autres gènes, responsables d’autres obésité, chez le rat ou la souris. Qu’est-ce à dire ? L’obésité n’est pas unique : il n’y a pas une obésité, mais des obésités.

Ceci amène une première conclusion :
Il n’y a pas qu’un seul gène « prédisposant » à l’obésité chez l’animal. Différents systèmes pro- ou anti-obésité ont été trouvés. Ils ont fait avancer notre connaissance des mécanismes qui favorisent l’obésité. Pour autant, ils n’expliquent pas tout : ni tous les cas d’obésité, ni parfois tout le poids pris.

2. Les preuves chez l'homme

Dans la quasi totalité des obésités de l’homme, les gènes ci-dessus ne jouent qu’un rôle mineur ou ne jouent aucun rôle. Par exemple, le gène muté de la leptine n’explique que moins de 100 cas d’obésité… dans le monde.

Ceci amène la 2ème conclusion :
l’obésité des rongeurs est différente de la nôtre.

3. Chez l'homme, donc, l'obésité peut-elle être génétique ?

La réponse est oui. Le risque de devenir obèse croît considérablement avec le nombre de personnes touchées dans la famille : si un seul des parents et grands-parents est atteint tôt d’obésité vraie, le risque de devenir obèse, pour un enfant donné, est d’environ 8 %. Si deux des parents et grands-parents sont atteints, le risque est multiplié par deux (16 %). Si quatre des parents et grands-parents sont atteints, le risque est de 40 à 65 %. Mais il pourrait s’agir, on l’a dit, de copie de ses parents et frères et sœurs par l’enfant. L’enfant mangerait comme ses parents. En fait, ce risque persiste même si les membres obèses n’ont pas été en contact avec l’enfant obèse (oncles ou tantes éloignées par exemple).

Un autre argument vient de la comparaison des vrais et des faux jumeaux. Si, dans un groupe des vrais jumeaux, l’un est obèse et que l’autre est très souvent obèse, alors que dans le groupe des faux jumeaux, si l’un est obèse, l’autre ne l’est pas aussi souvent, on a une preuve de l’origine génétique. En effet, les vrais jumeaux partagent 100 % de leurs gènes, alors que les faux jumeaux partagent leurs gènes comme n’importe quel frère et sœurs. Et bien, c’est le cas : les vrais jumeaux sont 4 fois plus souvent de même silhouette que les faux jumeaux.

Mais les vrais jumeaux partagent tellement de choses que… Une autre preuve de l’origine génétique de l’obésité vient de la comparaison d’enfants adoptés avec leurs parents biologiques ou adoptifs. Si un enfant ou un adulte adopté obèse ressemble plus à ses parents biologiques qu’à ses parents adoptifs, on peut dire que l’influence des facteurs génétiques est plus grande que celle des facteurs d’environnement. Dans le cas de l’obésité, nous avons la réponse : le suivi d’enfants adoptés dans des pays où l’on connaît les parents biologiques nous montre qu’un enfant adopté né de parents minces a moins de risque de développer une obésité que la population générale. A l’inverse, un enfant adopté né de parents obèses et vivant dans une famille de poids normal est exposé 3 fois plus que la population générale (soit dans 30 % des cas) à l’obésité.

Les chercheurs ont identifié divers gènes qui peuvent expliquer en partie l’obésité chez certains obèses. Mais les études ne vont pas du tout dans le sens d’un facteur qui expliquerait toute l’obésité d'un individu ou d’une famille d’individu. Pire, il est peu probable que les facteurs génétiques expliquent tout l’excès de poids d’une personne obèse.

4. Les conclusions provisoires

Après 20 ans de recherche, nous pouvons tirer quelques conclusions :

  • L’obésité chez l’homme est une maladie multifactorielle chez beaucoup d’individus qui en sont porteurs,
  • L’obésité chez l’homme est un mélange d’inné et d’acquis : on admet que chacun se partage un tiers : un tiers d’inné, un tiers d’acquis… et donc qu’il reste d’autres facteurs à trouver, peut-être dans le comportement
  • L’obésité fait intervenir chez un même individu de multiples facteurs dans des secteurs qui n’ont rien à voir entre eux ni même directement avec la prise alimentaire : faim ou ennui ; appétit ou angoisse de l’avenir ; rassasiement ou besoin de se « faire plaisir sans risque » ; besoin de conformité ou manque d’activité physique…

Le fait de savoir que l’obésité est en partie liée à des facteurs génétiques est un soulagement : les gens dès lors ne sont pas gros, parce qu’ils « bouffent » trop. Au demeurant, on connaît des gens minces qui mangent énormément, voire de façon compulsive et des gens gros qui ne mangent pas beaucoup.

Ceci dit, manger est un comportement appris, qui s’appuie sur une base physiologique gérée par des systèmes complexes. Donc, le rôle du comportement alimentaire est essentiel à prendre en compte. Mais rien ne nous dit qu’une partie de nos comportements n’est pas génétique. Ainsi, chez l’animal, deux herbivores peuvent avoir des comportements très différents face à un carnassier : comportement de fuite chez le cheval, comportement d’agression chez le taureau. Nul doute que ceci est génétique.

5. La gestion du poids : un système complexe

Il faut bien comprendre que le poids corporel est la résultante d’un bilan « entrées-sorties » positif pendant des années. En d’autres termes, si les entrées, c’est à dire les apports alimentaires, sont supérieures aux sorties, c’est à dire à la dépense énergétique pendant longtemps, le poids augmente. Mais, ici, les gens ne sont pas égaux : certaines personnes, face à une surcharge énergétique (calorique), se mettent à brûler plus de calories (leurs dépenses de base augmentent) ; ce « gaspillage » leur évite de trop grossir. D’autres en sont incapables, leur métabolisme ne s’adapte pas et ils grossissent.

On le voit, il peut y avoir deux mécanismes à l’obésité : ceux qui dépensent moins que les autres et grossissent plus et ceux qui mangent plus que les autres et grossissent plus. Ainsi, on connaît des indiens du sud des USA qui vivaient dans le désert, mangeaient très peu et survivaient sans être très maigres. Lorsque la société américaine blanche est arrivée, elle les a poussés à manger plus (hamburgers, sodas…) : actuellement, alors qu’ils ne mangent pas plus que d’autres américains (blancs), on trouve chez eux 85 % d’obèses. Lorsqu’on mesure leur dépense énergétique de repos, on la trouve 10 % plus basse que celle des autres américains.

6. Obésité et dépense énergétique

Chez l’homme, on connaît la dépense énergétique (DE) de repos (DER), la DE post-prandiale (après le repas, DEPP) et la DE liée à l’activité physique (DEAPh). On a identifié des obésités liées à chacun de ces postes :

La DER : certains obèses sont gros parce qu’ils ont une DER basse. Chez certains, c’est congénital, tandis que chez d’autres, c’est lié à la sédentarité ;

La DEPP : chez certains obèses, elle est basse, alors que la DER, elle, est normale. Quans ces gens gros mangent une alimentation trop grasse, ils grossissent plus, parce qu’ils stockent tout ;

La DEAPh : il paraît clair que certains obèses dépensent moins, pour une même activité physique, que des personnes minces ou de poids normal : comme certaines voitures dépensent moins à l’accélération et à poids identique que d’autres. Mais ceci peut être lié à des facteurs génétiques, alors que chez d’autres, c’est par la diminution de l’activité physique que le poids augmente. En d’autres termes, certains obèses grossissent parce que leurs muscles dépensent moins pour une même activité physique, alors que d’autres obèses grossissent parce qu’ils bougent moins que les autres.

7. Obésité et apports

Manger répond à la fois à une demande métabolique (on a faim), hédonique (on se fait plaisir) et comportementale (on gère son ennui, ses émotions…). Autant de raisons différentes de grossir. Certains obèses ne ressentent pas bien le rassasiement, d’autres cherchent absolument le plaisir alimentaire tandis que les derniers « trompent » leur angoisse ou gèrent leur dépression en mangeant.

8. Conclusions

Il existe non pas une mais des obésités chez l’homme (et l’animal) ;

On ne trouvera jamais le gène de l’obésité ;

Il existe des facteurs génétiques à beaucoup d’obésités ;

Ces facteurs n’expliquent pas toute l’obésité. Ils rendent compte d’un tiers des variations de poids ;

Ces facteurs peuvent intéresser soit l’un des postes de la dépense énergétique, soit les apports alimentaires. Donc certains obèses le sont parce que la dépense énergétique est basse ou ne s’adapte pas à une surcharge alimentaire, alors que d’autres sont obèses parce qu’ils mangent trop, quelles qu’en soient les raisons : faim, dépression, plaisir…

Publié en 2007