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| En résumé : la prise alimentaire est sous le contrôle d’un contrôle souple qui s’intègre à la régulation du bilan d’énergie, mais en est en partie indépendante. C’est cette régulation qui permet au poids corporel de ne pas bouger sur des décennies. Mais l’individu peut y échapper (dénutritions, anorexies, obésités). En fait, peu d’éléments de la prise alimentaire sont régulés : l’énergie, le glucose, l’eau et le sodium. Pas les autres nutriments : ni les lipides, ni les protéines, ni les micro-nutriments. Manger obéit à plusieurs missions : se nourrir, se faire plaisir, moduler ses émotions et son humeur et enfin partager au sein du groupe une fonction essentielle et fédératrice (rôle social de l’alimentation). Manger est génétiquement programmé : nous savons manger depuis la petite enfance, sans l’avoir appris. Mais la manière dont nous le faisons est totalement apprise : l’heure des prises alimentaires, les aliments, la préparation de la cuisine, la succession des plats, la température des aliments… Le contrôle, en grande partie situé au niveau de l’hypothalamus, intègre des informations venant de l’extérieur (sensorielles), de l’hypothalamus lui-même, d’autres centres cérébraux (centres sensoriels, « centres de la dépendance et du plaisir ») et de la périphérie, principalement du foie (énergie, nutriments) et du tube digestif (nutriments, volumes et pressions). Une partie de ce contrôle émane du tissu adipeux lui-même. La régulation des apports énergétiques fait appel à de nombreux messagers ; neuromédiateurs (sérotonine, amphétamines-like, opioïdes…), neuropeptides, peptides digestifs, neuromessagers (catécholamines) et hormones (cortisol, insuline, hormones sexuelles). Ce contrôle s’exerce sur les différentes phases nycthémérales : une phase pré-ingestive pendant laquelle l’organisme est préparé à l’entrée digestive des aliments ; une phase ingestive pendant laquelle les expériences passées et le volume gastrique déterminent ensemble la taille du repas ; une phase post-ingestive pendant laquelle l’entrée des nutriments au sein de l’organisme est modulée par le tube digestif ; enfin une phase post-absorptive qui détermine en partie la durée de la période de satiété. Mais ce contrôle, où une large place est faite à l’apprentissage (sensoriel, métabolique, cognitif, mais aussi thymique) peut être partiellement mise en échec par un processus pathologique, soit mental (anorexies), soit physique (sténoses digestives), soit pathologique (maladies inflammatoires ou néoplasiques). |
Le contrôle du poids corporel résulte d’un équilibre entre prise alimentaire (PA) et dépense énergétique. Il s’agit plus d’un contrôle que d’une régulation : l’individu peut y échapper. Il peut ainsi s’interdire de manger ou dépasser sa faim. De nombreux facteurs participent à ce contrôle (Fig. 1). Plusieurs définitions doivent être connues :
1. La faim : état de motivation lié à un manque d’énergie, qui préside à l’initiation de l’ingestion : le sujet dit « il me faut quelque chose à manger ».
2. L’appétit : attrait pour un aliment, que le sujet ait faim ou pas : il dit « je désire manger ceci ». L’appétit est un désir. Il est lié en partie à la faim.
3. Le rassasiement : décroissance de la faim. Il répond aux signaux qui mettent fin à l’ingestion.
4. La satiété : absence de faim, de motivation pour la nourriture. Il s’agit d’une durée.
5. Le goût : il faut distinguer le « goût de » qui est lié aux fonctions sensorielles et le « goût pour » qui est affectif et hédonique.
6. Le dégoût : curieusement, il n’implique pas les mêmes structures que le goût.
Ces différents états physiologiques sont soumis à une régulation complexe. C’est une régulation intégrative, qui fait interagir des facteurs nutritionnels, cognitifs (le savoir, la pensée), comportementaux, émotionnels et environnementaux. Certains sont acquis et d’autres génétiques (Fig. 1). Le niveau des dépenses énergétiques et des réserves en énergie ont un rôle important dans la régulation de la prise alimentaire. L’apport énergétique des heures précédentes influe sur le repas suivant (Fig. 2).
La masse adipeuse est l’objet d’une régulation homéostatique soumise à la cybernétique. Le mécanisme central est dans l’hypothalamus : l’activité des noyaux médio-ventraux diminue la réserve de masse grasse; celle des noyaux hypothalamiques latéraux l’augmente. Ces noyaux unissent les formations cérébrales supérieures à l’innervation digestive, musculaire et graisseuse. Le contrôle de la prise alimentaire fait partie de ce système global.
Mais si manger est un acte « naturel », acquis sans apprentissage (mettre en bouche, mâcher, déglutir), la manière dont on le fait est apprise. Si savoir manger est une fonction vitale programmée génétiquement (le nourrisson sait déjà le faire), la manière ne dépend, elle, que de l’environnement sensoriel, affectif et géographique. Manger répond chez l’homme et les animaux supérieurs à une quadruple fonction de satisfaction:
1. satisfaction énergétique et des besoins de croissance (enfant, adulte ayant maigri) ;
2. satisfaction sensorielle (c’est bon), affective (ça me rapproche des « miens ») et cognitive (je mange pour mon bien (c’est bon pour ma croissance, mes os, ma santé) ;
3. satisfaction émotionnelle, au sens où l’acte de manger ou de ne pas manger module nos humeurs et notre balance « excitation-relaxation » ;.
4. satisfaction sociale. Grâce à la manière dont je mange, je communique avec autrui dans un rapport affectif (manger avec celui qu’on aime) et social (être reconnu par le groupe).
Le contrôle des entrées énergétiques est indiscutable : même chez le petit enfant, la dilution calorique induit l’ingestion d’un volume plus grand. Une pré-charge diminue les apports au repas suivant (Fig. 2). Pourtant, le sujet peut passer outre ce contrôle de façon inconsciente ou consciente.
Ainsi un vrai plaisir, sensoriel, peut-il naître de l’assouvissement de sa faim ; un autre, cognitif, du plaisir donné à autrui, en mangeant « comme les autres » ou « comme je pense qu’il faut être ».
De très nombreuses substances régulatrices sont impliquées dans la prise alimentaire : plus de 30 neuropeptides, hormones ou médiateurs sont connus pour inhiber la prise alimentaire. Pourtant, leur administration chronique chez l’homme ou l’animal ne permet guère de diminuer la prise alimentaire. De même, les substances orexigènes sont peu actives en pratique chez l’homme. D’ailleurs, il est indéniable qu’on peut manger sans faim ni plaisir, par ennui, angoisse ou lutte contre la dépression ou pour « copier » autrui et s’en faire reconnaître. Ceci dépend à la fois des affects et de la cognition (manger « santé » pour les gens qui n’en ont pas besoin).
Peu de gens en fait savent bien reconnaître à quels besoins ils répondent, lorsqu’ils mangent.


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Neuromédiateurs centraux à effet anorexigène * |
Neuromédiateurs centraux à effet orexigène |
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CRH et Urocortine |
Neuropeptide Y |
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Alpha-MSH et POMC |
PP et PYY (polypeptides pancréatiques) |
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Cholécystokinine |
Galanine |
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Neurotensine |
Beta- endorphine |
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Glucagon Like Peptide 1 |
Orexines A et B |
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CART |
AgRP : Protéine Agouti |
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Cytokines : Interleukine 1, TNF |
MCH (Hormone de mélanoconcentration) |
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Cytokines-like : Ciliary neurotrophic factor |
Ghréline |
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Sérotonine (5 HT), Vasopressine |
Dopamine, Noradrénaline |
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Vasopressine |
GHRH |
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GABA |
Situé près des noyaux hypothalamiques, il se subdivise en plusieurs régions. L’une secrète deux agents orexigènes : l’AgRp (Agouti Related peptide) et le neuropeptide Y. La seconde secrète de la pro-opiomélanocortine (POMC) qui donnera l’aMSH, agent anorexigène, sous l’action de la pro convertase 1.
L’aMSH et l’AgRP sont susceptibles d’aller se fixer au niveau des récepteurs de type 3 et 4 (MC3R et MC4R) des mélanocortines dans l’hypothalamus. La leptine adipocytaire va stimuler la secrétion de l’aMSH et inhiber celle du NPY et de l’AgRP. Il en résulte une inhibition de la PA. D’autres récepteurs, comme ceux de la MC4R et des peptides « cannabinoïdes » diminuent la sensation de faim et seraient impliqués dans le contrôle de la PA et du comportement alimentaire : une invalidation de ces récepteurs induit une prise de poids et des crises de boulimie.

On distingue plusieurs phases dans le rythme des prises alimentaires :
1. La phase pré-ingestive,
2. La phase ingestive,
3. La phase postprandiale immédiate (ou postingestive),
4. La phase postabsorptive,
5. PS : La phase de satiété se situe autour de la fin de la phase ingestive.
Lors de la phase pré-ingestive, le cerveau et les organes digestifs (via le nerf vague, ou pneumogastrique) anticipent la PA (6). Le sujet qui sait et voit qu’il va manger, se met à saliver, son estomac et son pancréas exocrine se mettent à sécréter leurs sucs (jusqu’à 20-30 % de la sécrétion maximale possible). L’estomac et l’intestin grêle modifient déjà leur motricité.
Lors de la phase ingestive, le corps est averti de la nourriture qui entre par le volume des ingesta et surtout par les modifications de pression qui en résultent. La pression, négative avant le repas, le reste au tout début, appelant à continuer à manger : c’est l’effet apéritif. Puis la pression augmente doucement jusqu’à un seuil de sensation, d’abord agréable puis désagréable. Si on s’arrête de manger à ce stade, la pression diminue et on peut continuer à manger. C’est pour des raisons de pression intragastrique élevée que certaines personnes sont « petits mangeurs ».